La décision du ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation de mettre un terme aux activités du projet Target Malaria au Burkina Faso continue de susciter des réactions.
L’Académie Nationale des Sciences, des Arts et des Lettres (ANSAL-BF) a, dans une note du 28 août 2025 adressée à ses membres, exprimé à la fois sa surprise et son inquiétude face à une mesure qu’elle juge insuffisamment expliquée.
« Une décision sans explication claire«
Le 22 août dernier, par voie de presse, le public apprenait que toutes les activités du projet Target Malaria étaient arrêtées sur le territoire national. Une annonce « lourde de conséquences pour un programme scientifique qui suscite déjà de vifs débats, tant sur le plan sanitaire qu’écologique ».
Dans sa réaction, l’ANSAL-BF dit prendre acte de cette décision mais regrette l’absence d’éléments nouveaux justifiant une telle rupture. « À ce jour, l’Académie ne dispose d’aucune information sur les motivations soutenant ces décisions », souligne le Secrétaire perpétuel, le Pr Hamidou Tioro, tout en rappelant que les recommandations de l’institution reposaient sur des preuves scientifiques recueillies lors d’une mission sur le terrain en juillet 2024.
Un projet qui divise depuis plusieurs années
Target Malaria est un projet de recherche international qui vise à réduire la population de moustiques responsables de la transmission du paludisme, notamment grâce à l’utilisation d’outils de modification génétique.
Si certains y voient une innovation majeure dans la lutte contre une maladie qui tue chaque année des milliers de personnes au Burkina Faso, d’autres dénoncent les risques environnementaux et éthiques liés à l’introduction d’organismes génétiquement modifiés dans la nature.
Déjà en août 2024, « l’ANSAL-BF avait publié un appel fondé sur des preuves scientifiques plaidant pour la prudence, mais sans pour autant recommander l’arrêt pur et simple du projet ». Pour l’institution, rien ne semble avoir changé depuis lors.
Un appel à la cohésion scientifique
Dans sa note, l’Académie interpelle directement ses membres : toute nouvelle information scientifique susceptible de justifier une révision de sa position doit être transmise au Bureau.
Elle insiste également sur la nécessité d’éviter des prises de position individuelles contraires aux principes de collégialité qui régissent l’institution. « Le Bureau ne ménagera aucun effort pour œuvrer aux côtés des parties prenantes », assure le Pr Tioro, qui appelle à maintenir le dialogue autour de ce dossier sensible.
Entre science et société, un débat loin d’être clos
La suspension du projet Target Malaria relance ainsi les interrogations sur l’avenir des recherches innovantes au Burkina Faso et sur la manière dont décisions politiques et données scientifiques doivent s’articuler. Entre espoirs de percée médicale et craintes d’effets irréversibles sur les écosystèmes, le débat reste entier.
Notons que l’ANSAL-BF est une Autorité scientifique indépendante et pérenne de haut niveau, dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière. Son but est de mobiliser tous les savoirs pour contribuer à promouvoir le développement socioéconomique du Burkina Faso par les sciences, les lettres, les arts et la culture.
Jack Koné/Ouest Info