Moustapha Rabo fait partie de ces jeunes burkinabè qui sont convaincus que le salut de la jeunesse se trouve dans l’entrepreneuriat. Cependant, regrette-t-il le manque d’actions concrètes de la part de l’Etat pour « réellement accompagner les jeunes qui osent ».
Jeune entrepreneur exerçant dans les TIC depuis 2009, Moustapha Rabo crée en 2016, une entreprise : Global Technologie. Celle-ci exerce dans la maintenance informatique, la fourniture de matériel informatique, la conception et d’autres biens et services.
Quand on lui demande comment se porte Global Technologie, la réponse du jeune entrepreneur ne se fait pas entendre : « elle va très mal ».
Et des arguments, il n’en manque pas pour expliquer cet état de santé de son entreprise. « C’est connu de tous. Au Burkina Faso, le plus gros client du secteur privé, c’est l’Etat. Et les marchés de l’Etat comme vous le savez, il est difficile et même très difficile pour un jeune d’en bénéficier quand bien-même il remplit les conditions» regrette-t-il.
L’entrepreneuriat, une solution à l’employabilité des jeunes ?
Moustapha Rabo est convaincu que l’entrepreneuriat peut être une solution au problème d’emploi que rencontre nombre de jeunes burkinabè si celui-ci est bien accompagné par les pouvoirs publics.

« Tout le monde ne peut pas entreprendre. Il faut que certains jeunes créent des entreprises qui vont recruter d’autres jeunes. C’est ainsi qu’on pourra lutter efficacement contre le chômage des jeunes. Mais aucun entrepreneur ne va prendre le risque de recruter pour augmenter ses charges quand il n’est pas sûr de pouvoir honorer ses engagements. Quand y a les marchés, l’entreprise se porte bien. Et quand elle se porte bien, elle ne peut que recruter d’autres compétences pour agrandir son champ d’actions. Déjà qu’on est acculé par les impôts, les cotisations CNSS et autres, on ne peut se permettre d’augmenter encore nos charges au risque de fermer portes » s’est-il expliqué.
Pour lui, seule une réelle politique d’accompagnement des jeunes entrepreneurs peut permettre à ces derniers de jouer pleinement leurs rôles dans la lutte contre le chômage des jeunes au Burkina Faso. Et cela passe entre autres selon lui, par la possibilité des jeunes qui remplissent les conditions à décrocher des marchés publics. « Un seul bon marché public peut permettre à un jeune ambitieux de consolider son entreprise » s’est-il convaincu.
« Malheureusement, on a comme l’impression que les marchés publics sont la chasse-gardée de certaines personnes. Vous comprenez maintenant pourquoi les jeunes préfèrent la fonction publique ! », déplore le jeune entrepreneur qui, tout de même reste confiant.
Et les fonds d’appui aux jeunes ?
Si pour accompagner les jeunes porteurs de projets d’entreprises l’Etat burkinabè a mis en place des mécanismes, Moustapha Rabo ne croit pas trop en la pertinence de ces fonds, surtout, dans leurs formes actuelles.
« Ces fonds peuvent bien aider. Mais telles que les financements se font, j’en doute fort. Imaginez-vous un instant, n jeune porteur de projet d’entreprise montent son dossier avec un budget d’environ 10 millions FCFA. Et enfin de compte, on lui dit que son dossier est bon, mais finalement, on lui donne moins de 2 millions. Que voulez-vous qu’il fasse avec ? Certains préfèrent prendre acheter une moto ou faire autre chose en lieu et place de son entreprise. Après, c’est pour dire qu’on accompagne les jeunes mais sur le terrain on ne voit rien. Dans les banques aussi, les conditions sont telles qu’il est difficile pour un jeune de bénéficier d’un crédit. C’est pour éviter cela que nombre de jeunes ont opté pour la fonction publique » a-t-il dépeint la situation.

Aussi, certains faits selon lui, amènent certains jeunes à se méfier de ces fonds. « Ça nous est déjà arrivé. Vous montez correctement votre dossier. Il n’est pas retenu pour financement. Et après, vous voyez quelqu’un d’autre qui le met en œuvre » a-t-il dénoncé.
Toutefois, ne crache-t-il pas sur l’entrepreneuriat, surtout sa capacité à résorber le problème d’emploi des jeunes. Encore faut-il selon lui, qu’il y ait une « véritable politique d’accompagnement des jeunes porteurs de projets d’entreprises ».
MB/Ouest-info.net