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Bobo-Dioulasso : les « wotorotigui » résistent à la concurrence des tricycles

Dans les marchés, devant les compagnies de transport ou dans les lieux de chargement, ils sont toujours aux aguets. Dès qu’un bagage ou un colis se présente, ils sont là. Ce geste routinier, c’est leur quotidien. Pour eux,  il n’y a pas de sot métier, mais de sottes gens ! Eux, ce sont Amadou Kindo, Amadou Sahadou dit Sambo, Moussa Sidibé, Hassan Gouro et Kourouba Traoré. Leur outil de travail, c’est le pousse-pousse communément appelé ‘’wotoro’’ à Bobo-Dioulasso. Dans la matinée du mardi 15 septembre 2026, Ouest Info est allé à la rencontre de quelques ‘’wotorotigui’’.

Il est 11 heures au marché des fruits et légumes de Bobo-Dioulasso. Le soleil est ardent. En parcourant les allées, un jeune homme attire notre attention. Il pousse son ‘’wotoro’’, à la recherche d’un potentiel client. Nous nous dirigeons vers lui. À mesure que nous avançons, les appels des vendeuses se multiplient. Elles nous prennent pour de potentiels clients. Accroché à sa recherche de clientèle, le jeune homme avance sous le chaud soleil. Nous l’interpellons. Il s’arrête.

Au premier abord, il nous prend pour des clients. Après quelques échanges, il est mis au courant de l’objet de notre présence. Sans hésiter, il s’ouvre à nous.Vêtu d’un habit laissant ses bras à découvert, les nerfs apparents sous l’effort, le visage couvert de sueur, Amadou Kindo exerce comme ‘’wotorotigui’’ au marché des fruits et légumes de Bobo-Dioulasso.

Chaque matin à 6 heures tapantes, il est sur place, nous confie-t-il. Son activité consiste à transporter des marchandises de l’intérieur du marché vers l’extérieur. Un quotidien marqué par la concurrence d’autres acteurs, notamment les tricycles. « Avec les tricycles, le marché se fait de plus en plus rare. Il y a des jours où il y a le marché et des jours où il n’y en a pas. Avant, ça allait. Actuellement, on se contente de transporter des sacs d’arachides, des oranges, des patates dans le marché », explique-t-il.

Malgré cette concurrence, le jeune homme tente de tirer son épingle du jeu. « En fonction du poids et du nombre de marchandises, le prix peut varier de 100 à 500 FCFA et nous pouvons faire un gain journalier allant de 4 000 à 5 000 FCFA. Nous arrivons à nous en sortir avec le peu que nous avons », se satisfait-il.

« Il n’y a pas de sot métier »

Un peu plus loin toujours à l’intérieur du marché, un groupe de jeunes attire notre attention. Nous nous approchons d’eux. À notre premier ‘’bonjour’’, ils ne réagissent pas car absorbés par leur conversation. Après une deuxième civilité, ils coupent leur conversation avant de nous répondre presqu’en chœur. Et c’est Moussa Sidibé qui focalise son attention sur notre cause.

Amadou Kindo, wotorotigui au marché de fruits et légumes de Bobo-Dioulasso

Contrairement à son collègue Amadou Kindo, lui n’exerce cette activité que la nuit. Pendant que ses camarades travaillent durant la journée, lui se repose, avant de prendre son ‘’wotoro’’ une fois la tombée de la nuit. « Je ne travaille que les nuits. La journée, je me repose. Pour moi, il n’y a pas de sot métier. Tant qu’un garçon a la santé, il doit éviter la paresse et travailler s’il y a du travail », laisse-t-il entende.

Entre débrouille et résilience

Quelques pas plus loin, nous tombons sur un autre groupe plus jeune que le précédent. Originaires du Mali et affectés par l’insécurité, ces jeunes disent avoir choisi de travailler plutôt que de rester inactifs.

Pour Hassan Gouro, l’un d’entre eux, cette activité leur permet de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles. « On loue les ‘’wotoro’’. Dans la journée, nous pouvons avoir 2 000 ou 3 000 FCFA », explique-t-il, le regard fixé au sol.

Pendant que nous échangeons avec Hassan Gouro et ses compagnons sous le soleil ardent, Kourouba Traoré s’arrête, pousse-pousse à la main, et prête une oreille attentive à la conversation. Visiblement intéressé, il décide à son tour de se confier à notre micro.

Il explique avoir choisi ce travail pour ne pas rester sans activité et pouvoir subvenir à ses besoins. Pour lui, le métier nourrit son homme puisqu’il lui permet de gagner au moins 2 000 FCFA par jour.

La principale difficulté, selon lui, vient parfois des clients. « Les femmes ne sont pas compréhensives et veulent toujours une réduction. Il y a une concurrence entre ceux qui exercent ce métier, car si tu gagnes beaucoup de marchés, cela suscite de la jalousie autour de toi », dit-il.

Contrairement aux autres que nous avons croisé, Kourouba Traoré est quant à lui propriétaire du ‘’wotoro’’.Pour lui, la concurrence avec les tricycles reste limitée. « Nous, nous opérons à l’intérieur ou à quelques mètres du marché, tandis que les tricycles peuvent aller à des kilomètres », estime-t-il.

Au grand marché, même combat

Au grand marché de Bobo-Dioulasso, la situation est similaire. De loin, on aperçoit des wotorotigui entrer et sortir du marché. D’autres restent assis sur leurs pousse-pousse, dans l’attente de clients.

Amadou Sahadou dit Sambo, wotorotigui au marché central de Bobo-Dioulasso

Assis sur son wotoro, un sexagénaire attend. Son regard hagard témoigne d’une longue attente sans client. Lui, c’est Amadou Sahadou dit Sambo, originaire de Dori. Il exerce cette activité depuis plus de 20 ans. « C’est ce que je fais depuis longtemps comme activité. Le marché n’est pas trop. Mais on essaie de tenir bon pour joindre les deux bouts et subvenir à nos besoins et à ceux de nos familles », explique-t-il, laissant transparaître sa détermination à poursuivre son activité malgré les difficultés.

À Bobo-Dioulasso, les tricycles ont progressivement gagné du terrain, mais les wotorotigui n’ont pas pour autant rangé leurs pousse-pousse. De marché en marché, sous le soleil ou dans la fraîcheur de la nuit, ils continuent de pousser, d’attendre et de négocier quelques voyages de transport de marchandises.

Pour eux, chaque colis transporté est une journée qui avance, chaque client une occasion de tenir jusqu’au lendemain. Derrière ces pousse-pousse se dessine ainsi une même volonté : celle de ne pas attendre que le travail vienne à eux, mais de continuer à le chercher à la force de leur muscle qui se conjugue avec la résistance métallique du wotoro pour satisfaire des clients au quotidien.

Ali Djibey, Astride Ouedraogo, Charlène Bargo (stagiaires) / Ouest Info

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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