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Saponification traditionnelle à Bobo : Laye ou l’homme qui mousse le savon au milieu des femmes

La saponification traditionnelle est une activité vieille de plusieurs décennies à Bobo-Dioulasso. Le monopole de ce gagne-pain est quasiment détenu par des femmes. Laye de son vrai nom Abdramane Sanou est un des rares hommes qui s’investissent pleinement dans cette activité génératrice de revenus qui a une coloration féminine. Il en a fait sa principale source de revenus depuis maintenant près de deux décennies. Entre manque, mauvaise qualité de la matière première et surenchères successives autour des prix, Abdramane Sanou fait montre de résilience pour perpétuer le métier qu’il a hérité de sa défunte mère.

Laye. C’est comme ça que tout son entourage l’appelle. Mais derrière ce petit prénom de quatre lettres se cache l’image d’un homme qui se distingue par son courage. De son vrai nom Abdramane Sanou, Laye est le deuxième enfant d’une fratrie de huit (08) enfants. Il grandit dans le giron d’une mère faisant partie des pionnières de la saponification traditionnelle à Bobo-Dioulasso.

A moins de vingt (20) ans, il abandonne l’école et embrasse un commerce adossé à l’activité de sa mère. Il commence à commercialiser les matières premières de la saponification traditionnelle notamment les déchets de transformation des grains de coton, la soude caustique, les plastique et les cartons de commercialisation du savon traditionnellement produit dans la ville de Bobo-Dioulasso. Très vite le jeune homme d’alors, par l’entremise des relations de sa mère, prospère.

Généreux et altruiste, Abdramane Sanou prend ainsi son envol et se fait un puissant réseau d’écoulement des matières premières du savon noir traditionnel dans la ville de Bobo-Dioulasso. Mais l’activité de saponification prend très vite de l’ampleur et ses concurrents se multiplient. Pour combler le manque à gagner créé par la concurrence, il décide de se lancer dans la fabrication artisanale du savon aux côtés de sa mère. Il réussit le coup car il est déjà bien connu dans le milieu. Produisant dans la même cour familiale, sa collaboration avec sa mère est loin d’être de la concurrence. Mieux, Laye profite des relations et des moyens de production de sa mère car les employés de cette dernière lui donnaient parfois des coups de main. A l’époque, la matière première était disponible, accessible et de bonne qualité. Tout allait donc bien pour Laye jusqu’à ce qu’il perde sa mère en février 2014 un peu juste après le décès de son père.

Laye entre ses boules de savon

Par la force des choses, Laye devient chef de famille. Il décide avec ses frères et sœurs de perpétuer l’activité de leur défunte mère. Une manière pour eux d’honorer sa mémoire. Les choses commencent à bien fonctionner. Mais la production cotonnière connait une baisse inattendue en 2016 avec l’abandon de la culture du coton transgénique et le refus de certains producteurs de produire le coton conventionnel. Le prix de la matière première issue de la transformation des grains de coton connait alors une hausse. Laye est face à une crise que sa jeune expérience a du mal à surmonter.

Laye face à une équation à multiple inconnus

Face à la flambée des prix, Laye essaie de tenir avec les ressources disponibles. Il est ramené à la réalité par les coûts de production. Certains de ses concurrents avaient eu le flair de stocker conséquemment la matière première la campagne d’avant. Il est à l’épreuve d’une concurrence acharnée.  Entre abandonner l’activité et résister, l’homme a du mal à se décider. Il finit par une décision. Il entreprend des mesures pour faire face à la crise afin de perpétuer l’œuvre de sa défunte mère. Il réduit considérablement le nombre de travailleurs et s’intègre lui-même à l’effectif. Tant bien que mal, il essaie de tenir avec l’espoir d’une baisse des prix des matières premières les prochaines campagnes. Mais les saisons se suivent et la production cotonnière ne fait que chuter et la matière première devient de plus en plus rare.

Laye a du mal à joindre les deux bouts. En 2020, il intègre sa femme à l’effectif de son personnel et se cherche un petit job pour pouvoir compenser les pertes enregistrées dans la saponification. Il obtient un contrat avec une société de placement qui le déploie dans une multinationale où il travaille huit (08) heures par jour. Quand il rentre de ce job, il continue travailler dans sa savonnerie souvent jusqu’à des heures tardives. Abdramane utilisait son salaire pour se procurer de la matière première. Il pouvait souvent tout perdre car avec son absence à cause de son nouveau job, certains de ses travailleurs inexpérimentés pouvaient faire un mauvais mélange. Et tout est gâté.

Mais rien n’entame la volonté de l’homme de perpétuer l’activité qui lui a tout donné. Dur comme fer, il reste droit dans ses bottes. Il parvient à faire un peu d’économie qui lui permet de se relancer à partir d’octobre 2022. Il démissionne de son job et se consacre désormais à l’activité qu’il maitrise le mieux. Peu à peu, Laye reconstruit l’empire dont il a hérité de sa défunte mère et qui était sur le point de s’effondrer.

Témoignages sur Laye

Sur Laye, ses proches ont beaucoup à dire. Tous sont unanimes que c’est un gros travailleur, humaniste et gentil. Comme défaut apparent, ils lui reconnaissent la colère facile mais pas du tout rancunier. Bibata Traoré est sa femme. Leur couple dure près d’une décennie. Elle lui prête main forte pour pouvoir relever l’activité qui était en agonie. « Pour ce qui est de mon mari, il travaille sans souvent se reposer. Et quand il est très fatigué, il devient nerveux. Le métier de saponification est pénible et tatillon. Et c’est difficile pour un homme de pouvoir l’exercer. C’est pourquoi c’est une activité où les hommes sont rares. Ce n’était vraiment pas mon souhait que mon mari exerce ce métier car c’est une activité qui n’est plus rentable comme avant. Mais je n’ai pas le choix puisqu’il est né et grandi dans ça et il y tient beaucoup. Pour le reste, c’est un bon mari. C’est ce qui fait qu’on arrive à travailler ensemble sans grande difficulté », nous confie Bibata Traoré, l’épouse de Laye.

Rasmata Birba travaille avec ce dernier il y a maintenant plus de deux (02) ans. Elle souligne qu’avec son patron, les bisbilles ne manquent jamais. « Laye a la colère facile et n’admet pas la contradiction. Mais ce qui est intéressant avec lui, c’est qu’il ne se fâche jamais plus d’une minute. Sa colère est très passagère. Mais c’est toujours comme ça dans toute entreprise. Nous lui donnons souvent raison car la plupart du temps, ce sont ses intérêts qu’il défend. Sa particularité est qu’il ne donne pas que des ordres, il travaille avec nous. Au-delà de tout, il faut savoir que c’est un homme généreux. Moi particulièrement je viens de loin pour travailler chez lui. Il me donne souvent l’argent pour mon carburant et me donne aussi à manger. Or rien de tout ça ne fait partie de notre contrat », témoigne Rasmata Birba qui met au compte du bon côté social de Laye sa proximité avec les enfants qui viennent toujours le racketter à son lieu de travail.

Abdramane Sanou, un des rares hommes à vivre de la saponification traditionnelle

A propos de Laye, les témoignages de ses proches et des autres employés fusent mais sont quasiment les mêmes que ceux de Bibata Traoré et Rasmata Birba. Ainsi Abdramane Sanou tient la barque de son activité et tente d’avancer malgré la multiplication des difficultés. Sorti expérimenter des différentes crises qu’il a traversées dans la saponification, Laye nourrit de grandes ambitions. « Je souhaite un jour me procurer un vaste terrain dans les zones périphériques de la ville de Bobo-Dioulasso afin de mieux faire mon activité et l’agrandir. Je ne peux plus abandonner la fabrication du savon car c’est ce que je sais mieux faire de ma vie. Je pourrais peut-être à la faveur du temps, associé à la saponification le commerce que je sais aussi bien faire. Ça me permettra de faire face aux crises. », fait savoir Abdramane Sanou qui affiche un regard optimiste sur l’avenir de son secteur d’activité. « Je suis confiant que l’avenir est prometteur. Je sais que quand la crise sécuritaire va finir, il y aura une relance de la production cotonnière et le prix de la matière première va baisser. En ce moment, on pourra très bien s’en sortir car en temps normal, la saponification est une activité très lucrative. C’est pourquoi je tiens le coup. Je suis sûr que demain sera meilleur », Laye en est-il convaincu.

Du reste, le parcours de Laye et son optimisme triomphant sur le désespoir sont inspirants. Homme dans un métier qui a épousé l’image de la femme à Bobo-Dioulasso, Laye et sa résilience face aux péripéties peuvent être un cas d’école à capitaliser pour les entrepreneurs en devenir. Choisir son métier sans appréhension est une prouesse et pouvoir résister à ses crises est un leadership. Laye l’a démontré à l’image de la résilience du roseau qui plie et replie sous l’effet de la tempête mais qui ne rompt pas.

Abdoulaye Tiénon /Ouest Info  

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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