À Bobo-Dioulasso, la vente de friperies est un commerce de longue date qui fait vivre de nombreux acteurs. Depuis une dizaine d’années cependant, la valorisation des tissus locaux a conquis une part du marché. Koko Dunda, Faso Danfani ou encore Bogolan s’imposent progressivement dans les habitudes vestimentaires des Burkinabè.
Au contact des commerçants, les avis divergent. Certains estiment que ces deux activités sont complémentaires, tandis que d’autres pensent que les friperies freinent le développement du marché des pagnes locaux.
Le « Yougou-yougou », un commerce bien ancré
« Yougou-yougou ». C’est ainsi que l’on désigne couramment les vêtements d’occasion importés à Bobo-Dioulasso et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
Ces habits séduisent une large clientèle sur les marchés, notamment en raison de leurs prix accessibles et de leur disponibilité immédiate.

Mamadou Koné, vendeur de friperie installé à Farakan, estime qu’il n’existe pas de véritable concurrence entre friperies et pagnes locaux. Selon lui, chaque produit à sa clientèle. « Chacun peut s’acheter un vêtement chez moi, car tout est à moindre coût. Grâce à la friperie, tout le monde peut s’habiller sans difficulté », confie-t-il.
Même son de cloche chez Sidiki Dao, vendeur au marché central de Bobo. Pour lui, la concurrence est saine. « Le marché est actuellement morose, mais on ne peut pas dire que c’est à cause des pagnes locaux », soutient-il.

Installé au petit marché de Farakan depuis plus de dix ans, Mamadou Guira considère que le succès du Yougou-yougou repose sur une habitude de consommation bien ancrée. Il voit les pagnes locaux non pas comme des concurrents, mais comme des produits complémentaires. « Les vendeurs de pagnes locaux ne peuvent pas satisfaire toute la demande. À mon avis, les friperies complètent le consommer local », affirme-t-il.
Les pagnes locaux face à la pression du marché
Du côté des vendeurs de tissus traditionnels, le discours est différent. Adama Souri, commerçant de Faso Danfani, de Koko Dunda et de Bogolan, reconnaît la liberté de choix des consommateurs, tout en appelant à privilégier le pagne local pour promouvoir l’artisanat burkinabè. Selon lui, les friperies constituent bel et bien des produits concurrents.
Safiatou Dao, fabricante et vendeuse de Faso Danfani et de Koko Dunda, estime que la friperie représente un manque à gagner pour les acteurs des tissus locaux. « Nous fabriquons le pagne local que nous mettons sur le marché. S’il n’existait pas de friperie, le marché serait meilleur et cela profiterait à toute la nation », affirme-t-elle.

Pour la jeune commerçante, la promotion des produits issus de l’artisanat local pourrait créer une véritable chaîne de valeur et renforcer le savoir-faire burkinabè. Elle appelle les autorités à protéger davantage le marché des pagnes locaux. « Si les friperies étaient interdites, le consommer local dans le domaine vestimentaire pourrait émerger davantage. Les vendeurs de friperies pourraient même se reconvertir dans la vente de pagnes locaux », suggère-t-elle.

Brigitte Sanon, vendeuse de Koko Dunda au marché central de Bobo, partage cette analyse. Selon elle, le marché des friperies ralentit l’écoulement des pagnes locaux. « Beaucoup de producteurs rencontrent des difficultés à vendre leurs produits. Cela est en partie dû à l’influence des friperies sur le marché de l’habillement », déplore-t-elle.
Une économie informelle dynamique
Qu’il s’agisse de friperies ou de pagnes locaux, ces deux activités contribuent pleinement à l’économie informelle de Bobo-Dioulasso.
Entre pouvoir d’achat des consommateurs et promotion du savoir-faire local, le débat reste ouvert. Concurrence réelle ou simple cohabitation commerciale, le Yougou-yougou et les tissus locaux continuent, chacun à leur manière, d’habiller les Bobolais.
Serge Palm/stagiaire (Ouest Info)




