La charrette à traction asine a pendant longtemps servi de moyen utilitaire à Bobo-Dioulasso. Mais depuis le foisonnement des moyens motorisés, elle a perdu de sa superbe. Neanmoins, certains continuent d’utiliser la charrette comme principale source de revenus dans la ville de Sya. Ainsi, l’économie informelle locale compte toujours avec ce moyen utilitaire traditionnelle. Une équipe de Ouest Info est allée à la rencontre de quelques charretiers de la capitale économique du Burkina Faso dans la matinée du vendredi 23 octobre 2026.
Il est 11h ce vendredi matin. Un septuagénaire avance doucement mais sûrement avec sa charrette. D’une main, il tient le licol qui lui permet de diriger son âne. De l’autre main, il tient une petite chicote. Assis sur un côté de la charrette, les jambes ballantes, il se dirige vers un petit tas d’immondices amoncélé derrière une clôture. Au fur et à mesure qu’il s’approchait, nous apercevons le fond d’une charrette légèrement chargée de cartons. Sur le visage du charretier, une perle de sueur glisse de son front jusqu’à son menton, laissant une trace sur ses joues.
À nos civilités, il répond poliment avant de stopper la trajectoire de l’âne au niveau de sa cible, non plutôt du tas d’ordures plein de cartons. Il commence à charger les cartons usés dans sa charrette. Nous lui prêtons main-forte. En quelques minutes, nous vivons son expérience quotidienne. Pendant que nous sommes à la tâche à ses côtés, nous échangeons en même temps avec le vieux en « off » sur la place de la charrette face à la modernité. Une fois le chargement terminé, il se prête à notre micro. Lui, c’est Hamadé Ouédraogo, charretier à Bobo-Dioulasso.
Il exerce cette activité depuis 2008. À l’aide de sa charrette, il contribue à sa manière à l’assainissement de la ville par le ramassage de différentes sortes d’objets usés, notamment des ordures contenues dans de gros ou de petits sacs, des sachets, des seaux et des cartons. Sa collecte d’ordure est ciblée. Il s’intéresse aux objets recyclages qu’il vend aux structures de valorisation d’objets usés.
Ainsi, la charrette présente un avantage considérable pour le vieux qui transporte ses moissons journalières sans difficulté, sans dépense et sans pollution environnementale. Mieux, il aide l’environnement à respirer. Tout en se rendant utile à l’assainissement de la ville et à la protection de l’environnement, Hamadé Ouédraogo gagne sa vie dans sa routine quotidienne. « Ce que je fais est bénéfique, car il me permet de prendre soin de moi et de ma famille », avoue-t-il d’un air fier. Pour nous convaincre que l’utilisation de la charrette lui est bénéfique, il nous fait une confidence. « Je dispose d’un tricycle mais je l’ai garé après l’avoir expérimenté. J’ai constaté que je dépensais plus que je ne gagnais. C’est pourquoi j’ai repris l’âne. J’ai acquis cet âne que vous voyez après qu’on m’ait volé le précédent », nous confie Hamadé Ouédraogo. Il renchérit avec conviction qu’« avec la charrette, on peut faire plusieurs choses. On peut transporter des ordures, du sable, du bois et bien d’autres choses sans avoir à dépenser ne serait-ce que pour le carburant».
Trois charrettes, le gagne-pain d’une famille
À quelques pas de là où nous avons rencontré Hamadé Ouédraogo, nous rencontrons Kathérine Sanou, une jeune dame qui exerce l’activité de charretière à Bobo-Dioulasso. Elle ne s’en sert que pour des besoins domestiques. « Ça fait longtemps que je travaille avec la charrette. Cela nous aide beaucoup à la maison. On transporte du bois, des bidons d’eau pour l’usage domestique, nos cultures comme le mil, le maïs, l’arachide, des marchandises et bien d’autres choses », explique-t-elle.
Contrairement au vieux Hamadé qui reste attaché à l’usage de la charrette à traction asine, Kathérine Sanou quant à elle caresse le rêve de se procurer un tricycle pour ses besoins. Pour elle, il est important de s’adapter à l’évolution du temps.
Roukiatou Ouédraogo est une autre charretière rencontrée dans la ville de Bobo-Dioulasso. Comme le vieux Hamadé, elle a fait de la charrette sa principale source de revenus. Elle se charge de l’enlèvement des ordures de certains ménages moyennant de l’argent chaque fin du mois. Elle assure en quelque sorte l’intérim d’une activité développé par son père décédé il y a un mois. Sa mère qui avait pris la relève est actuellement clouée par la maladie.
Avec trois charrettes, elle assure le business familial avec ses deux frères en attendant le rétablissement de leur mère. « Quand nous ramassons les ordures, c’est à la fin du mois qu’on nous paie. Le prix dépend de la distance. Ça varie entre 1 000 et 1 500 F CFA. C’est une activité qui était gérée par notre défunt père. Nous assurons la continuité en attendant que notre mère malade se rétablisse», précise-t-elle.
En moins d’un à la direction du petit business familial, Roukiatou vit les difficultés de l’activité. Elle fait déjà face aux soins vétérinaires des ânes qui tombent fréquemment malade. « Aujourd’hui par exemple, il y a un de nos ânes que nous n’avons pas mobilisés parce qu’il est malade. Si sa maladie persiste, il va falloir trouver des fonds pour l’amener chez un vétérinaire », fait savoir la jeune fille.
Hamadé Ouédraogo, Kathérine Sanou et Roukiatou Ouédraogo sont des bobolais qui donnent encore à la charrette à traction asine sa raison d’être dans la ville de Bobo-Dioulasso. Comme eux, beaucoup d’autres bobolais trouvent toujours leurs comptes avec cet engin utilitaire traditionnel en voie de disparition.
Mais en attendant, la charrette accrochée à l’âne, bien que relégué au second plan, contribue à sa manière à l’économie informelle, à l’assainissement de la ville de Bobo-Dioulasso et ce, avec zéro émission de gaz à effet de serre.
Ali Djibey, Charlène Bargo (stagiaires) et Akim Traoré/ Ouest Info




