À Belleville, dans la commune de Bobo-Dioulasso, des dizaines de femmes gagnent leur vie en récupérant des déchets recyclables. Malgré les odeurs nauséabondes, les risques de blessures et les préjugés, elles poursuivent chaque jour cette activité qui leur permet de subvenir aux besoins de leurs familles. Immersion dans le quotidien de ces travailleuses de l’ombre dans l’après-midi du 31 juillet 2026 par une équipe de Ouest Info !
Ce vendredi-là, le soleil est au zénith. Des silhouettes sillonnent les montagnes d’ordures du dépotoir de Belleville. Munies de sacs, de bassines ou d’outils métalliques pour la fouille, des femmes fouinent les gros tas d’immondices à la recherche de sachets plastiques, de ferraille et d’autres matériaux recyclables. Ici au dépotoir de Belleville, les odeurs, la poussière et la fumée font partie du quotidien de ces femmes.

Pour ces travailleuses, chaque déchet représente une possibilité de gagner quelques francs pour nourrir leur famille et payer la scolarité des enfants. Elles, ce sont ces femmes qui vivent du dépotoir de Belleville.
Une activité choisie pour vivre dignement
Depuis 2018, Sata Karambiri fréquente quotidiennement le dépotoir. Pour elle, cette activité est bien plus qu’un simple travail. C’est un moyen d’assurer son autonomie financière. « Je travaille ici depuis 2018. Avant, je quittais le secteur 21 pour venir jusqu’au dépotoir. Aujourd’hui, grâce à ce travail, je loue une maison dans les environs. Ce n’est pas facile, mais cela nous permet de vivre dignement », confie-t-elle.

À travers la récupération de déchets recyclables, Sata Karambiri affirme avoir pu améliorer progressivement ses conditions de vie sans dépendre d’une quelconque aide. Le même sentiment anime Salimata Zerbo, qui tire de cette activité les ressources nécessaires pour faire vivre sa famille. « Quand le travail marche bien, je peux rentrer avec 2 500 à 4 000 FCFA. Grâce à cet argent, je paie la scolarité de mes enfants, j’épargne et je couvre nos besoins quotidiens », témoigne-t-elle.
Au-delà de l’aspect économique, ces femmes disent avoir retrouvé une certaine autonomie grâce à cette activité, malgré les conditions particulièrement éprouvantes dans lesquelles elles exercent ce travail.
Entre stigmatisation et difficultés quotidiennes

Si le travail est pénible, les récupératrices de sachets recyclables doivent également vivre avec le regard souvent négatif d’une partie du voisinage. « Une fois, des personnes ont mis le feu au dépotoir pour nous empêcher de travailler. D’autres veulent simplement nous chasser d’ici. Il y a aussi le regard méprisant du voisinage », raconte Salimata Zerbo.
Pour Sali Ye, veuve et mère de famille, le dépotoir représente la seule alternative après avoir abandonné une formation en couture faute de moyens financiers. « Mon mari est décédé. Je travaille ici depuis dix ans pour nourrir mes enfants et payer leur école. Les gens parlent, mais ils ne peuvent pas s’occuper de nous. Nous sommes ici pour chercher notre pain quotidien », explique-t-elle.

Un métier à hauts risques
Chaque journée expose ces femmes à de nombreux dangers. Morceaux de verre, pointes rouillées, objets métalliques tranchants et déchets potentiellement contaminés rendent leur travail particulièrement risqué. « Les gants nous protègent, mais ils nous empêchent de bien saisir les déchets. Nous préférons souvent travailler à mains nues. À la fin de la journée, nous nous lavons soigneusement les mains avant de rentrer. Nous sommes confrontés aux morceaux de verre, pointes rouillées, objets métalliques tranchants. Les blessures sont fréquentes », explique Sata Karambiri.
En récupérant chaque jour des plastiques, des métaux et d’autres matières valorisables, ces femmes contribuent à alimenter la filière du recyclage. Leur travail participe à la réduction des déchets dans la ville.

Du reste, derrière chaque sachet plastique, chaque morceau de métal ou chaque objet récupéré se cache une histoire de courage, de résilience et de dignité. Au dépotoir de Belleville, les déchets ne sont pas seulement des rebuts mais ils représentent, pour ces femmes, un moyen de subsistance et l’espoir d’offrir un avenir meilleur à leurs familles.
Akim Traoré et Ali Djibey (Stagiaire) / Ouest Info




