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Bobo-Dioulasso : Ces hommes qui s’invitent dans les métiers de la beauté

Les tresses féminines, le tissage, le make-up, la manucure ou encore la pédicure sont longtemps vu comme des activités féminines. Aujourd’hui, ces activités accueillent de plus en plus d’hommes qui choisissent d’en faire leur métier. Dans leurs espaces de travail, ces hommes manient ciseaux, pinceaux et autres outils avec dextérité. Une présence masculine qui témoigne d’une évolution des choix professionnels dans des métiers considérés comme des métiers de femme. Qui sont ces hommes qui ont fait ce choix et comment vivent-ils leur métier au quotidien ? Dans la matinée du mardi 22 septembre 2026, Ouest Info est allé à la rencontre de quelques uns à Bobo-Dioulasso.

Il est 10 heures quand nous entrons dans un salon de beauté situé au secteur 30 de Bobo-Dioulasso. De loin, on entend des voix féminines. Une fois à l’intérieur, l’ambiance est palpable.  Parmi des femmes, un homme est debout et visiblement occupé à faire des locks sur la tête d’une femme. Cet homme, c’est le boss du coin. Avec assurance, ses mains passent d’un outil à l’autre. Pendant ce temps, la cliente, confortablement installée, suit attentivement le travail. Sur les tables voisines, produits de beauté, pinceaux et accessoires d’onglerie occupent l’espace.

Dans cet univers longtemps associé aux femmes, il s’est fait une place. Lui, c’est David Nanema alias ‘’Davidas Coiffure’’. Pour lui, la coiffure est avant tout une passion. Il exerce ce métier, précise-t-il, depuis plus de dix ans. Son histoire avec la coiffure remonte à son enfance, alors qu’il était encore en classe de CP1. « J’ai commencé avec une nièce qui avait déjà son salon de coiffure. Je partais l’assister les jours où je n’avais pas cours. C’est là que tout a commencé », raconte-t-il.

À ‘’Davidas Coiffure’’, plusieurs prestations sont proposées. David Nanema explique qu’il ne fait pas uniquement de la coiffure. Il réalise également des locks, des tissages, du make-up, ainsi que des prestations de manucure et de pédicure.

David Nanema exerce comme métier la coiffure féminine au secteur 30 de Bobo-Dioulasso

Si cette activité lui permet de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, elle n’est toutefois pas exempte de difficultés. Le regard de la société constitue, selon lui, des obstacles auxquels il a dû faire face. « Je me sens à l’aise dans ce métier. J’arrive à subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille et j’emploie aussi des jeunes filles. Mais il y a certains hommes qui estiment que si leurs copines viennent se coiffer dans des salons dont les propriétaires sont des hommes, c’est souvent pour leur faire la cour. Certains refusent même que leurs compagnes y viennent. Pourtant, nous ne faisons que notre travail », explique David Nanema.

À Sarfalao, Souleymane Congo a lui aussi choisi la coiffure féminine comme activité professionnelle. Il dit avoir embrassé ce métier dès son enfance. Pendant ses temps libres, notamment lorsqu’il n’avait pas cours, il se rendait dans un salon proche de sa cour familiale pour faire ses premiers pas dans la coiffure féminine.

Au fil des années, cette expérience s’est transformée en passion. Aujourd’hui, il exerce comme coiffeur professionnel de femme depuis plus de six ans. « Au fur et à mesure, j’ai développé une certaine passion pour ce métier. Les week-ends, quand je ne partais pas à l’école, je profitais pour travailler dans un salon qui était près de chez moi. Quand l’école n’a pas marché, j’ai décidé de me lancer dans ce métier », raconte Souleymane Congo.

Pour lui, la relation avec les clientes repose avant tout sur l’accueil et la qualité des prestations et non par le simple fait d’être un homme. Il assure avoir progressivement gagné leur confiance grâce à son savoir-faire.« Nombreuses sont celles qui viennent avec le doute. Mais une fois au salon, l’accueil, notre sympathie, l’ambiance et la qualité de la coiffure qu’on leur offre les surprennent à la fin. Malgré que nous sommes des hommes, elles nous font confiance grâce à notre maîtrise des différents modèles », nous confie-t-il d’un air satisfait.

Au-delà de la coiffure, d’autres hommes s’investissent également dans des activités liées aux soins et à l’esthétique. Au secteur 21 de Bobo-Dioulasso, Yacouba Traoré exerce comme tatoueur. Il pratique ce métier depuis 2017. Dans son salon, il propose également des prestations de pose de faux cils, de manucure et de pédicure. Comme Souleymane et David, Yacouba dit avoir été confronté aux stéréotypes en raison de son choix professionnel. Les débuts, se souvient-il, n’ont pas été faciles. « Le début n’a pas été facile avec les rumeurs et les critiques qui fusaient de partout. Mais au fil du temps, les gens ont compris et ont commencé à admirer le travail », explique-t-il.

Yacouba Traoré exerce le métier de tatoueur et se dit fier car il arrive à tirer son épingle du jeu

Malgré ces difficultés, Yacouba Traoré ne regrette pas son choix. Si c’était à recommencer, il choisirait le même parcours professionnel. Pour lui, il n’existe pas de métier réservé exclusivement aux hommes ou aux femmes. L’essentiel, estime-t-il, est de pouvoir vivre dignement de son travail et de subvenir à ses besoins ainsi qu’à ceux de sa famille. « Si tu choisis un travail et que ça t’aide à être indépendant, et grâce à ce travail tu ne quémandes pas, je pense que c’est le plus important. Au début, les gens vont parler, ils vont te critiquer, te juger, mais ce ne sont pas eux qui vont payer tes factures ou subvenir à tes besoins et à ceux de ta famille. Donc, le plus important pour moi, c’est que j’arrive à gagner ma vie dignement dans ce métier. Et je suis fier de ça », avoue Yacouba avec fierté.

À Bobo-Dioulasso, derrière les ciseaux, les pinceaux, les aiguilles et les autres outils de beauté, ces hommes construisent leur vie avec des métiers réputés être ceux de femmes. Entre passion, apprentissage et regard de la société, ils poursuivent leur activité, convaincus que le savoir-faire et la qualité du travail peuvent, au fil du temps, briser les stéreotypes et les préjugés.

Ali Djibey, Fatimata Barro ( Stagiaires)/ Ouest Info

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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