Les petits métiers qui comptent dans la balance du secteur informel à Bobo-Dioulasso sont nombreux. De ce lot, on compte les travailleurs ambulants de la coupe des ongles. Ce petit gagne-pain occupe des jeunes qui viennent pour la plupart de pays de la sous-région. Négligé au niveau local, cette pratique relève pourtant d’un savoir-faire qui nourrit son homme. Une équipe de Ouest Info est allée à la rencontre de quelques coupeurs d’ongles ambulants dans la journée du mardi 20 octobre 2026. Débrouillardise, dextérité, risques sanitaires, récit d’une immersion dans l’univers des « clink-clink », ces coupeurs d’ongles ambulants à Bobo-Dioulasso.
« Kin kin kin, clink clink, clink kin kin ! » C’est la sonnette d’appel pour signaler leur présence et attirer l’attention des clients. Dans les marchés et les ruelles de Bobo-Dioulasso, il n’est pas rare d’entendre ces sons stridents, émis par ces travailleurs ambulants. Toujours d’un pas rapide, ils sillonnent les rues de la ville à la recherche de clients.
Sacs en bandoulière, des ciseaux métalliques à la main, ils transportent leur matériel de travail. Certains disposent d’une dizaine de paires de ciseaux, d’un liquide moussant, d’un chiffon en mousse et d’une serviette . C’est avec cet équipement qu’ils exercent leur métier. Eux, ce sont ce sont ces coupeurs d’ongles ambulants qui arpentent quotidiennement les rues et sillonnent les marchés de Bobo-Dioulasso pour proposer leur service de pédicure-manicure traditionnelle.
Il est 10 h au marché central de Bobo-Dioulasso. À peine garés, nous entendons les fameux « clink-clink ». Comme une boussole, le tintement nous guide. À grands pas, nous suivons le son et parvenons à rattraper l’un d’eux. Il transpire à grosses gouttes, signe de l’effort fourni pour sillonner les artères du marché. Lui, c’est Abidine Baliou, coupeur d’ongles ambulant.
Pour mieux comprendre son travail, l’un des membres de notre équipe se prête à l’exercice en se mettant dans la peau d’un client. Objectif, tester pour mieux appécier le savoir-faire de Abidine. Ce dernier dégage tout de suite un espace pour laisser son talent assouvir notre curiosité. Abidine met son client circonstanciel en position assise sur une pierre trônant sur les lieux. Il commence par les orteils. Avant tout, il y applique un liquide moussant, puis avec dextérité, les parties indésirables des ongles tombent les unes après les autres. Ses gestes sont précis et rapides. Il nous fait vivre en quelques minutes, la dimension de son savoir-faire.
Pour Abidine, chaque outil a son utilité. Les gros ciseaux servent à couper les ongles durs, tandis que les plus petits permettent de racler les extrémités et le dessus des ongles. « En plus des ciseaux, il y a le liquide moussant qui sert à nettoyer les ongles avant la coupe. Les ciseaux sont limés avec un caillou noir pour rester bien affûtés », explique Abdine Baliou.
Des prix accessibles pour attirer les clients
Après Abdine Baliou, nous rencontrons Issa Sadou un peu plus loin toujours aux alentours du marché central. Lui, il vient de terminer une coupe sur un client. Il estime qu’il y a des gens qui privilégient leurs services en raison des tarifs moins élevés que ceux des salons spécialisés dans la pédicure-manicure. « Les deux pieds, je les fais à 100 F CFA, et les deux mains, c’est également 100 F CFA », précise-t-il.
Après Issa Sadou, nous décidons de quitter l’environnement du marché central. Nous voici bientôt au marché de fruits et légumes de Bobo-Dioulasso. A cet endroit, nous ne tardons pas à percevoir un autre coupeur d’ongles à l’œuvre. Il s’appelle Alhassane Soumaïla. Avant de s’ouvrir à nous sur son savoir-faire, nous avons le loisir d’apprécier son talent sur les orteils d’un client. Nous avons simplement eu l’impression qu’il sort de la même école que ses camarades Abidine et Issa. La précision dans le maniement et la taille des ongles relèvent à la limite, d’un art. Il n’est portant pas artiste. La coupe des ongles est juste son gagne-pain et il ne s’en plaint pas.
Ses recettes journalières atteignent parfois des sommes intéressantes. « Mes recettes journalières varient. Je gagne généralement entre 5 000 et 7 000 F CFA. Mais il y a des fois où je gagne moins », confie Alhassane Soumaïla pour qui la coupe des ongles est un métier comme tout autre.
La dextérité face aux risques de blessure
Derrière la rapidité des gestes et l’apparente facilité de la coupe se pose la question des risques de blessure. Sur ce point, Alhassane rassure. Il affirme avoir acquis une certaine maîtrise du métier et insiste sur l’expérience nécessaire pour l’exercer.« Ce travail, on ne peut pas se lever du jour au lendemain et commencer à l’exercer. On peut dire que c’est presque inné. Comme vous pouvez le constater, ce sont majoritairement des jeunes Nigériens qui le font. Je n’ai jamais blessé quelqu’un », assure Alhassane.
Si les coupeurs d’ongles ambulants mettent en avant leur savoir-faire et l’accessibilité de leurs tarifs, la question de l’hygiène des instruments reste posée. Aux inquétudes sur les risques que pourraient présenter leurs instruments de travail, les travailleurs des ongles que nous avons rencontré, se veulent confiants. Ils brandissent le nettoyage et la désinfection des outils après chaque utilisation.
À Bobo-Dioulasso, Abdine, Issa et Alhassane, derrière ce « clink-clink » ne sont qu’un échantillon de ces jeunes qui gagnent leur pain quotidien grâce à la coupure des ongles. Une activité apparemment marginalisée mais qui a sa place dans l’économie informelle. C’est à croire qu’ « il n’y a pas de sot métier, il n’y a que des sottes gens ».
Ali Djibey, Charlène Bargo(stagiaires)/Ouest Info




