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Rastafarisme: « Être rasta, c’est bien plus que porter des dreadlocks »

À Bobo-Dioulasso, des rastas ne se reconnaissent pas tous à leurs longues dreadlocks. Certains portent cette coiffure, d’autres ont les cheveux courts, voire rasés. Dans les milieux artistiques, éducatifs ou dans la mode, ils sont présents avec des styles vestimentaires parfois marqués par les couleurs vertes, jaune et rouge. Derrière cette apparence se cachent toutefois des convictions, une philosophie de vie et une identité culturelle. Pour certains, être rasta se résume aux cheveux longs. Pourtant, ceux qui revendiquent cette appartenance défendent une autre conception de leur identité, fondée sur la paix, le respect, la dignité et la liberté de pensée. Plongée dans l’univers des rastas à Bobo-Dioulasso, partage d’expérience d’une philosophie de vie qui va au-delà des cheveux.

 « Jah », « Babylone », « Rastafari », « One Love ». Ce sont des mots courants dans le lexique des adeptes du mouvement rastafari. À leur apparence, certains se distinguent par de longues dreadlocks qui redescendent sur les épaules ou dans le dos. Parfois couvertes d’un bonnet ample, appelé « tam », aux couleurs rouges, jaune et vert. Des bracelets sous la forme de la carte de l’Afrique ou des colliers de perles et des vêtements amples font partie de leur style vestimentaire. Mais tous ne se reconnaissent pas nécessairement à ces signes extérieurs. Certains revendiquent cette identité sans porter de dreadlocks. C’est notamment le cas de RH Moulaye du groupe musical Afrikan’da, qui est rasta sans dreadloks mais avec la tête toujours rasée.

Le rastafarisme, ce n’est pas seulement des dreadlocks

Porter des dreadlocks ne signifie pas forcément être rasta. C’est l’une des premières précisions que tient à faire Fidèle Dabiré alias Delfy, dès l’entame de son propos. Pour l’artiste slameur, être rastafari relève avant tout d’une culture, de valeurs profondes et d’une philosophie de vie. « L’apparence physique ne suffit donc pas à définir l’appartenance à ce mouvement. Certaines personnes portent des dreadlocks sans partager les convictions rastas, tandis que d’autres peuvent vivre pleinement cette culture sans avoir les cheveux longs », explique-t-il.

Fidèle Dabiré alias Delfy, artiste slameur à Bobo-Dioulasso

Pour Delfy, les fondements de cette philosophie reposent sur la spiritualité, l’intégrité, la droiture, le respect, la transparence et le refus de la tricherie. « Il s’agit de préserver sa dignité, de garder les mains propres et de ne pas nuire à autrui. Une manière de vivre qui privilégie les convictions personnelles et les valeurs saines plutôt que le suivisme », soutient-il.

Une perception que partage RH Moulaye, pour qui le mot rasta renvoie à une réalité bien plus profonde que le simple port des dreadlocks. Il estime d’ailleurs qu’il existe une confusion autour de cette identité, aussi bien chez les personnes qui ne sont pas rastas que chez certains qui revendiquent cette appartenance sans toujours en maîtriser les contours. « Porter des dreads, c’est une chose, être rasta, c’est une autre chose, vivre la culture rasta, c’est une autre chose », souligne-t-il.

Pour lui, le rastafarisme est un mouvement de prise de conscience à dimension spirituelle, qui repose sur la paix, la cohésion sociale et le respect de la nature. Il évoque également l’attachement des rastas à l’histoire de l’empereur éthiopien Hailé Sélassié Ier, dont le nom de naissance, Ras Tafari, est à l’origine du terme rastafari. Une référence importante, selon lui, pour comprendre les fondements historiques et spirituels de cette culture.

Le rastafarisme : Une identité culturelle

Au-delà des convictions, l’identité rasta se manifeste également à travers des choix vestimentaires et des symboles culturels. Les couleurs verte, jaune et rouge occupent une place importante dans cet univers. Pour RH Moulaye, elles traduisent à la fois son appartenance au mouvement rastafari et son attachement à l’Afrique.

Chez Delfy, le choix vestimentaire répond aussi à une recherche de confort et à une certaine liberté vis-à-vis des diktats extérieurs. Les rastas privilégient généralement, selon lui, des vêtements amples et confortables, parfois inspirés des traditions locales.

RH Moulaye, Aristide slameur du groupe african’Da

Pour le slameur RH Moulaye, elles portent une signification symbolique et historique liée à la crinière du lion de la tribu de Juda. « Elles renvoient également, dans sa lecture du mouvement, à une revendication identitaire et au retour aux origines africaines, symbolisé par la terre de Zion. Il distingue par ailleurs différentes sensibilités au sein du mouvement, notamment les Bobo Ashanti et les Rastas Roots, qui n’ont pas nécessairement la même manière de porter les dreadlocks », nous confie-t-il.

Toutefois, il déplore que beaucoup de personnes réduisent cette identité à une simple coiffure, sans chercher à en comprendre les fondements. Il insiste également sur le fait que le rastafarisme ne saurait être systématiquement associé à la consommation de cannabis ou d’alcool. « Tous les rastas ne sont pas des fumeurs », rappelle-t-il. Il affirme connaître des personnes qui ne fument pas et ne boivent pas, mais qui vivent pleinement cette culture.

Des préjugés qui persistent dans la société

Si les convictions et l’identité culturelle constituent le socle de leur appartenance, le regard de la société demeure une autre réalité à laquelle ces rastas de Bobo-Dioulasso disent être confrontés. Pendant longtemps, les personnes portant des cheveux longs ou des dreadlocks ont été, pour la plupart, pour eux, assimilées à des délinquants ou à des individus peu recommandables.

Selon Delfy, les mentalités commencent progressivement à évoluer car souligne-t-il, des intellectuels, des cadres, des chefs d’entreprise et des artistes portent aujourd’hui des dreadlocks, démontrant que la coiffure ne détermine ni les capacités intellectuelles ni la moralité d’une personne. Il souhaite que les gens dépassent les apparences et apprennent à connaître les individus avant de les juger.

Jezy Kankelen, Artiste rasta à Bobo-Dioulasso

Issa Koné alias Jezy Kankelen, partage cet avis. Il estime que les rastas sont souvent considérés comme des personnes à part dans la société. Il affirme avoir lui-même été confronté à plusieurs situations de marginalisation, allant jusqu’à constater que certains enfants prenaient leurs distances à sa vue. Pourtant, selon lui, le rasta est avant tout un être inoffensif, travailleur et toujours à la recherche de la paix.

Pour RH Moylaye, ces préjugés peuvent avoir des conséquences bien au-delà des simples regards désapprobateurs. Selon lui, Ils peuvent constituer un frein à l’insertion professionnelle. Il estime que certains rastas rencontrent des difficultés dans les milieux institutionnels en raison de leur apparence. « Dans le milieu institutionnel, il est rare de voir un rasta », déplore-t-il, évoquant des situations où des personnes sont invitées à se couper les cheveux avant d’accéder à certains services ou espaces professionnels.

L’artiste du groupe Afrikan’Da estime que cette perception contribue à enfermer les rastas dans le milieu artistique, où leur apparence semble davantage tolérée. Pourtant, il cite l’exemple de professionnels qui portent des dreadlocks tout en exerçant leur métier avec compétence et sérieux. Pour lui, les aptitudes et les qualités humaines devraient primer sur l’apparence physique notamment sur des cheuveux. « Ne confondez pas ce qui est sur ma tête et ce qui est dans ma tête », rappelle-t-il, reprenant une formule qu’il apprécie particulièrement.

Face à ces perceptions, RH Moulaye, Delfy, Jezy Kankelen appellent à une meilleure compréhension de la culture rastafari. Pour Delfy, il est important de ne pas juger les personnes hâtivement sur leur apparence, mais plutôt de prendre le temps de les connaître, d’aller vers elles et de découvrir leurs convictions.

À Bobo-Dioulasso,  RH Moulaye, Delfy et Jezy Kankelen  revendiquent ainsi une identité qui ne se limite ni à une coiffure ni à un style vestimentaire. Entre convictions personnelles, références culturelles et préjugés sociaux, ils défendent une autre manière d’être et de vivre.

Ali Djibey ( Stagiaire) / Ouest Info

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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