Dans la ville de Bobo-Dioulasso, la prolifération des champs en pleine zone d’habitation est chose courante en saison d’hivernage. Ce phénomène prend de plus en plus d’ampleur dans la ville surtout dans les zones périphériques. Avec la propagation de la dengue dans cette zone du pays, des bobolais vivent et supportent ces pratiques qui favorisent le développement des moustiques.
Du secteur 18 au secteur 24 en passant par Sarfalao et du secteur 31 à Belleville en passant par Dogona et le secteur 22, rares sont les quartiers que l’on peut parcourir sans croiser de petits champs de maïs, d’oseille, de gombo, d’arachide et autres. Si certains de ces champs sont faits dans des espaces verts et terrains non encore mis en valeur, certains autres se trouvent nez à nez avec des maisons d’habitation.
Le plus étonnant, c’est le fait que certains propriétaires ne sont pas riverains de ces petits champs. Ils improvisent parfois des moustiquaires en serre pour épargner leurs plantes de la divagation des animaux. Il est souvent à se demander si certaines moustiquaires encore utilisables ne passent pas dans ces pratiques.
Ces petits espaces souvent confinés en pleine agglomération servent de lieux où se déversent des eaux usées qui sont favorables aux nids de moustiques. Ces pratiques qui semblent contraires aux consignes des professionnels et des autorités de la santé publique en cette période de dengue, croisent dans la plupart du temps le silence et la passivité du voisinage au nom de la cohésion et du vivre ensemble.
En effet, pendant notre tournée dans la ville, il nous a été difficile d’avoir une réaction assumée par rapport à cette situation. Tous ceux que nous avons pu approcher ont refusé de se prêter à notre micro sur le sujet. Pourtant la plupart d’entre eux ont exprimé en off leur mécontentement face à la situation. « Nous ne sommes pas contents de ce qui se passe mais nous ne pouvons rien dire. Comme c’est le voisinage, si on dénonce, ça va porter un coup au bon voisinage. Sinon, nous sommes conscients que c’est dangereux pour tout le monde ici surtout avec la dengue. Hormis la dengue, un malfrat peut se camoufler sous ces hautes plantes protégées par des moustiquaires pour commettre son forfait », nous fait savoir le riverain d’un petit champ de maïs érigé devant la cour familiale d’un de ses voisins au secteur 17.

Ailleurs comme à Belleville par exemple, ce sont les espaces verts non encore exploités qui sont érigés en champ de hautes plantes comme le maïs. Beaucoup de ces espaces verts sont entourés par des maisons d’habitation. Approchés, la plupart des riverains disent ignorer les propriétaires de ces champs. Ils disent être conscients que ce sont des nids de maladies et de bandits. Mais Certains soutiennent être venus trouver que des gens y cultivaient déjà. Ce qu’ils souhaitent comme solution, c’est une mise en valeur de ces espaces pour qu’il n’y ait plus d’espaces à transformer en champs dans leur environnement.
Du côté de l’ancienne carrière transformée en dépotoir dans le même quartier, un riverain qui a souhaité garder l’anonymat affirme que des démarches ont été engagées auprès des autorités municipales à une certaine époque pour d’abord déguerpir le dépotoir qui favorisent les cultures autour. Mais ces démarches, dit-il, n’ont pas prospérées. « Avec le dépotoir, il est difficile de contrôler les mouvements sur l’espace. Tu ne peux pas voir quelqu’un en train de racler ou de nettoyer autour du dépotoir et puis aller le chasser puisque nous trouvons le dépotoir plus dangereux que les champs », explique ce riverain qui lance un appel aux services de la mairie de l’arrondissement 7 pour que le dépotoir soit déguerpi avant d’interdire les cultures sur cet espace entouré par des maisons d’habitation.
En attendant des mesures contre ces pratiques à Bobo-Dioulasso, certains propriétaires de champ justifient leur action par le besoin d’exploiter leur cadre de vie pour économiser un peu d’argent sur la popote et sur le besoin de produits frais en saison d’hivernage. Si certains d’entre eux sont conscients des dangers de leurs pratiques sur eux-mêmes et sur leurs voisinages, certains autres feignent d’ignorer les risques et dangers de leurs actions.
Abdoulaye Tiénon/Ouest Info




