Dans les universités publiques, il n’est pas rare de rencontrer des jeunes mères qui portent des enfants. Si certaines sont souvent accompagnées de nounous qui s’occupent de leurs bébés à l’extérieur, certaines autres pénètrent les amphithéâtres avec leurs enfants. Dans les couloirs de l’Université Nazi Boni, c’est le constat qui est fait. Des étudiantes-mères sont partagées entre obligations académiques et devoir maternel. Au contact de quelques maman-étudiantes, elles se racontent.
Etudiantes-mères ou mamans-étudiantes. C’est ainsi qu’on appelle les étudiantes qui ont des nourrissons dans le milieu universitaire. Entre difficultés de concentration, absences au cours, année blanche, redoublement et mépris, certaines de ces étudiantes jouent la résilience pour tenir le fil de leur cursus universitaire. Mariées ou pas mariées, ces apprenantes partagent quasiment les mêmes réalités dans les couloirs universitaires.
Ardjata Hiétié est mère-étudiante en 1ère année d’Histoire et Archéologie à l’Université Nazi Boni. Pour elle, avoir un nourrisson en tant qu’étudiante est une situation qui demande une bonne organisation et parfois un choix prioritaire. Pour elle, son enfant est sa priorité et passe avant tout. Mais elle fait le sacrifice nécessaire pour ne pas sacrifier non plus ses études.

Elle conjugue son cursus universitaire avec son devoir maternel. Faute de moyens pour s’offrir une nounou, cette double casquette n’est pas sans conséquence. « J’ai fait une année blanche quand j’ai accouché. Je n’ai pas de nounou car mes moyens ne me le permettent pas. J’interromps généralement les cours pour allaiter le bébé. Ce n’est pas facile. Mais la maternité oblige à tout supporter », confie Ardjata Hiétié.
C’est difficile pour cette dernière mais elle trouve aide et assistance auprès de certains de ses camarades étudiants. De petits gestes pour ces derniers mais déterminants pour Ardjata Hiétié qui y puise réconfort, courage et détermination. Tout en remerciant ses camarades, elle invite du même coup les étudiantes à prendre des précautions pour ne pas tomber enceinte ou se marier avant d’avoir achevé leurs études.
Des crèches au sein des campus comme solution pour les mamans-étudiantes
Mamata Sougri-noma Gamsoré est maman-étudiante inscrite à l’Université Nazi Boni. Pour elle, être étudiante-mère est un double défi qui fait appel à un dépassement de soi. « Être étudiante et avoir en même temps un nourrisson c’est synonyme d’être courageuse et avoir un esprit fort. Pour tenir le coup, il faut impérativement une bonne planification », estime Mamata Gamsoré.

En plus de la bonne organisation et de la force morale, le soutien de la famille et des camarades est un important pilier à ne pas négliger pour relever le double défi du devoir maternel et des études. « C’est la famille et mes camarades qui m’encouragent à poursuivre mes études. C’est difficile mais cette confiance de mon entourage à mon égard me pousse à continuer. Je conseille à mes camarades d’attendre la fin des études avant de penser à avoir des enfants », avoue Mamata Gamsoré.
Étudiante est en 2e année de biologie générale à l’Université Nazi Boni, Fatou Barro jongle. Pour elle tout paraît difficile d’être mère et continuer les études. Elle explique cependant que l’enfant n’est pas un frein à ses études. « Sans le courage j’aurais abandonné dès les premiers mois de mon accouchement », lance -t-elle.
Il a fallu que Fatou Barro se construise une carapace pour tenir face aux difficultés. « Tout paraît difficile lorsqu’on est étudiante avec un nourrisson. Par exemple quand l’enfant tombe malade, c’est difficile de le confier à quelqu’un. Je suis obligée de m’absenter pour l’assister. Parfois quand je veux bosser l’enfant pleure. Cela me déconcentre mais je trouve toujours une parade pour me rattraper », Fatou Barro explique sa résilience de vie d’étudiante-mère.
Au détour de nos échanges avec les mamans-étudiantes, elles ont souhaité avoir des crèches au sein des campus universitaires afin de faciliter leur vie car, soulignent-elles, beaucoup d’étudiantes-mères abandonnent les études faute de ce genre de structure pour les accompagner.
Palm Serge /stagiaire (Ouest Info)




