Ouvert depuis 1990, le Musée communal Sogossira Sanon de Bobo-Dioulasso est un espace de conservation, de promotion et de transmission d’un pan du patrimoine culturel burkinabè. Depuis sa création, il offre aux visiteurs une immersion dans la richesse et la diversité des cultures de l’Ouest du Burkina Faso à travers ses collections, ses expositions et ses différentes activités. Ilassa Salgo est le chargé des expositions du musée, par ailleurs chef du service de la promotion du tourisme de la commune de Bobo-Dioulasso. Dans cet entretien accordé à Ouest Info le mardi 04 août 2026, il revient sur la place du musée communal Sogossira Sanon, ses spécificités, l’enrichissement de ses collections, les défis auxquels il est confronté ainsi que les perspectives pour un musée à la hauteur des attentes du moment. Première partie de l’interview à lire…
Ouest Info : Pourriez-vous nous présenter le Musée communal Sogossira Sanon ?
Ilassa Salgo : Le Musée communal Sogossira Sanon a officiellement ouvert ses portes en 1990. L’idée de sa création remonte à la période révolutionnaire sous le Président Thomas Sankara. Il est le fruit des efforts conjoints des communautés Bobo, Peulh et Sénoufo, avec l’appui du ministère en charge de la Culture de cette époque. L’objectif était de disposer d’un espace permettant aux populations de se ressourcer et de promouvoir la richesse culturelle de l’Ouest du Burkina Faso. C’est un musée ethnographique qui présente différents aspects de la vie des communautés à travers des objets du quotidien, des objets de culte, des œuvres d’art, des habitats traditionnels et des espaces liés aux pratiques culturelles et spirituelles.
Ouest Info : Au-delà de sa mission de conservation du patrimoine culturel, qu’est ce qui fait la particularité du musée communal Sogossira Sanon ?
Ilassa Salgo : Le musée collecte, conserve, promeut et valorise le patrimoine culturel ainsi que la mémoire collective des communautés du Burkina Faso dans son ensemble et de l’Ouest en particulier. En plus de contribuer à la sensibilisation du public et à la transmission des valeurs sociales, culturelles et morales qui fondent la cohésion des communautés, le musée permet aux jeunes générations de mieux connaître leur histoire, leur identité et leurs traditions. En plus des salles d’exposition, il dispose d’espaces mettant en valeur les habitats traditionnels, les lieux sacrés et des éléments représentatifs des cultures locales. Le site bénéficie également d’un environnement naturel particulier avec la présence de la rivière Houet qui traverse le périmètre du musée. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir plusieurs aspects du patrimoine matériel et immatériel des communautés et l’histoire des peuples de l’Ouest du Burkina Faso.
Ouest Info : Continuez-vous à faire des collections pour enrichir votre musée ou vos collections sont-elles figées ?
Ilassa Salgo : Le musée dispose de deux grandes salles d’exposition. La première est consacrée aux expositions temporaires qui sont régulièrement renouvelées afin de permettre au public de découvrir de nouvelles œuvres, notamment des tableaux, des sculptures et des créations artistiques contemporaines. La seconde salle accueille des expositions permanentes composées d’objets liés à la culture des communautés. Les thèmes évoluent en fonction des besoins, de l’actualité et des objectifs pédagogiques du musée. Donc les collections continuent d’être enrichies.
Ouest Info : Y a-t-il des collections ou des expositions qui vous tiennent particulièrement à cœur ? Si oui, lesquelles et pourquoi ?
Ilassa Salgo : Toutes les expositions occupent une place importante au sein du musée. Chacune est conçue et exposée avec un objectif précis, lié à l’éducation, à la transmission des connaissances, au développement et au renforcement de la cohésion sociale. Les visiteurs n’ont pas tous les mêmes centres d’intérêt. C’est pourquoi le musée veille à proposer une diversité d’expositions afin que chaque personne puisse s’enrichir en connaissance, en savoir-faire et en savoir-être.
Ouest Info : Quels sont les principaux défis auxquels votre musée est actuellement confronté ?
Ilassa Salgo : Comme tous les musées, nous sommes confrontés à plusieurs défis. La collecte, la conservation, la promotion et la valorisation du patrimoine nécessitent d’importants moyens financiers, matériels, techniques et humains. Aussi, le bâtiment qui abrite actuellement le musée date de plusieurs décennies et nécessite des travaux réguliers d’entretien et d’aménagement. Ensuite, nous faisons face à des menaces qui pèsent sur la préservation du patrimoine culturel notamment le trafic illicite des biens culturels, l’insécurité, les déplacements de populations, les incendies ou encore les inondations. Tous ces phénomènes peuvent entraîner la disparition d’éléments importants de notre héritage culturel. Nous devons également disposer de moyens techniques et matériels suffisants pour intégrer des innovations et des outils numériques dans nos activités.
Ouest Info : Comment voyez-vous l’évolution des musées en général et du musée Sogossira Sanon en particulier, dans les prochaines années avec l’impact du numérique ?
Ilassa Salgo : Je suis optimiste quant à l’avenir des musées. Pendant longtemps, ils étaient perçus comme des lieux réservés à une certaine catégorie de personnes ou aux visiteurs étrangers. Aujourd’hui, nous constatons que les Burkinabè eux-mêmes fréquentent davantage les musées. Au Musée communal Sogossira Sanon, près de 88 % des visiteurs sont des nationaux. Le numérique joue désormais un rôle incontournable. Il intervient dans la communication, la conservation des collections et l’éducation. Plusieurs musées s’engagent dans la numérisation de leurs collections et développent des outils permettant des visites virtuelles. Le numérique peut également rendre les visites plus interactives. Grâce à des écrans et à des supports audiovisuels, il est possible de montrer aux visiteurs comment certains objets étaient utilisés dans leur contexte d’origine. Cela contribue à rendre les expositions plus vivantes et plus accessibles.
Suite de l’interview à lire bientôt…
Interview réalisée par Ackim Traoré et Marina Ouedraogo (stagiaire)




