‘’Liane goyine’’ en français, ‘’zaban’’ en dioula ou ‘’weda’’ en mooré, ce fruit forestier non ligneux bat son plein à Bobo-Dioulasso. À chaque saison, un commerce se développe autour de ce fruit. Installées aux abords des voies, devant les concessions, dans les marchés et yaars, les femmes s’adonnent à la vente de ce fruit de saison. Une équipe de Ouest Info est allée à la rencontre de ces femmes le jeudi 10 juillet 2025 pour toucher du doigt la réalité de ce petit business saisonnier non négligeable dans le secteur informel.
C’est la période des lianes à Bobo-Dioulasso. Difficile de faire un tour en ville ou dans un marché sans apercevoir des tas de lianes en vente. Au marché des fruits et légumes de Bobo-Dioulasso, le constat est palpable. Les lianes, dans des sacs, entassées ou dans de petits seaux sont exposées tout le long des allées par des vendeuses. Téné Toé est l’une de ces vendeuses.
Abordée, elle nous met en attente le temps de s’occuper de clients de lianes qui se succèdent à son commerce. Difficile donc pour elle de marquer une pause. Au bout de quelques minutes d’attente, notre interviewé du jour se libère. Après les salutations d’usage, nous comprenons que Téné Toé est vendeuse de lianes depuis sept (07) ans maintenant.

Elle parcourt des centaines de kilomètres à la recherche de lianes pour satisfaire sa clientèle. « Nous nous approvisionnons dans les environs de Dédougou, de Banfora, de Niangoloko et dans les petits villages comme Badara. Nous achetons avec ceux qui cueillent directement les lianes en brousse. Une fois en ville, nous les mettons en tas et dans les seaux pour revendre. Le prix du seau varie. Souvent, nous le vendons à 1000 FCFA, 750 FCFA ou même 500 FCFA. Je vends en gros et en détail.Pour les revendeurs, je les laisse trier dans le gros tas et après on fait le compte. Cette année, le marché est morose. Mais par jour, je peux vendre 5 000 à 15 000 FCFA en fonction de l’affluence », détaille Téné Toé.
Pour elle, le commerce des lianes est juste pour un temps car, précise-t-elle, « c’est un fruit saisonnier. Il est impossible d’en avoir tout le temps. Généralement on en trouve en fin de saison sèche jusqu’au début de la saison pluvieuse. Après cette période, nous ne pouvons plus en trouver et nous retournons à nos activités habituelles ».
A quelques jets de pierres de Téné Toé, nous rencontrons Aïssata Soura, également vendeuse de lianes depuis quatre (04) ans. Dans les échanges, elle nous apprend qu’elle s’approvisionne dans les zones de Dédougou, Bekui, et Kamako.

Pour Aïssata Soura, les difficultés ne manquent pas dans cette activité. « Je suis obligée d’appeler les gens qui font la cueillette des lianes avant d’y aller. Sinon c’est difficile d’en avoir souvent. Et quand on arrive à en avoir, le transport et l’emballage constituent aussi un autre problème. Avant c’était 750 FCFA le sac. Mais maintenant c’est 1200 FCFA et plus. Les lianes s’écrasent souvent sur la route ou pourrissent après avoir été battues par la pluie. Le marché est également morose. Normalement à cette période nous devrions vendre le seau à 1500 FCFA. Mais nous sommes obligées de le vendre à 1000 FCFA », Aïssata Soura explique les difficultés qu’elle rencontre dans la vente des lianes.
Alima Konaté est une revendeuse de lianes dans un petit marché de Bobo-Dioulasso. Chaque matin, elle vient s’approvisionner au marché des fruits et légumes de la ville. Selon elle, les prix sont un peu élevés par rapport aux années antérieures mais tire, dit-elle, son épingle du jeu. « Depuis le début du mois de mai, j’ai commencé à vendre les lianes. Je m’approvisionne ici chaque matin. Les prix ne sont pas les mêmes par rapport aux années antérieures mais on ne se plaint pas. Je peux payer pour 1000 FCFA et me faire des bénéfices. Je vends les plus grosses lianes à 50 FCFA l’unité et les plus petites à 25 FCFA. Les enfants adorent ce fruit et j’arrive à tirer mon épingle du jeu », confie Alima Konaté.
La liane, un fruit prisé par les bobolais
La liane, divisée en deux, contient des graines enrobées de pulpe jaune orangé très moelleuse, juteuse, acidulée et sucrée. C’est l’un des fruits les plus appréciés par de nombreuses familles bobolaises. Car, sucer simplement ou transformer en jus, la liane semble contenir de multiples vertus nutritives à en croire dame Ouattara, une consommatrice de lianes.
« C’est un fruit naturel qui est beaucoup prisé par ma famille et moi aussi j’en consomme. A chaque saison, je ne manque pas d’en acheter. Nous suçons directement et nous transformons également en jus. Ce fruit contient également beaucoup de vitamines selon les spécialistes », en est-elle convaincue.
Tout comme dame Ouattara, la famille de Fatoumata Diawara consomme régulièrement les lianes. « Mes enfants adorent les lianes. Donc pendant la période, j’en achète pour en faire du jus pour la famille. C’est pourquoi je suis là d’ailleurs. C’est un très bon fruit qui a beaucoup de vertus. Mais actuellement la saison est en train de finir. Et c’est dommage », dit-elle avec un sourire qui cache mal son mécontentement.

Transformées en jus ou consommer directement en suçant, les lianes sont des fruits sauvages qui contentent des bobolais qui en raffolent. Cette consommation crée autour de ces fruits un business saisonnier florissant à Bobo-Dioulasso et dans les localités voisines.
En attendant que des producteurs s’intéressent à la culture de cette plante non ligneuse, les cueilleurs, vendeurs et consommateurs se contentent pour le moment de celles gracieusement offertes par la nature.
Leïla Korotimi Koté et Aïchata Ouattara (Stagiaire)/Ouest Info




