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Agriculture au Burkina : « Le vrai problème sera résolu lorsque les diplômés entreront dans l’agriculture »

Le Burkina Faso investit ces dernières années dans le développement de l’agriculture. À travers le pays, des jeunes s’adonnent de plus en plus à cette activité. Mieux, certains d’entre eux se distinguent par leur engagement à défendre et à promouvoir un changement de paradigme dans les pratiques agricoles. Dans les milieux agropastoraux, un nom est bien connu pour un combat pour une révolution agricole. Détermination, engagement, sensibilisation et formation sont autant d’éléments qui caractérisent son parcours et lui permettent d’avoir un impact positif auprès de la jeunesse burkinabè. Pour certains, il est devenu un modèle dans le domaine de l’agriculture. Lui, c’est Ali Bako alias « Le Génie de Dassa ». Diplômé en génie civil, producteur agricole et créateur de contenus dans le domaine agricole, il forme et sensibilise les jeunes sur les opportunités qu’offre l’agriculture. Le Génie de Dassa s’est confié au micro de Ouest Info dans la soirée du lundi 14 septembre 2026. Lisez !  

Ouest Info : Vous avez un grand intérêt pour tout ce qui touche à l’agriculture. Vous formez, vous sensibilisez et vous luttez même pour la cause des agriculteurs. D’où vous vient cette passion pour l’agriculture ?

Ali Bako : Ma passion pour l’agriculture vient de mon père et de ma mère, qui sont tous les deux agriculteurs. C’est aussi du fait que, comme on aime le dire, « la terre ne ment pas ». Pour moi, pour mériter les bonnes grâces que la nature nous offre, il faut véritablement avoir cette passion pour la terre.

Ouest Info : La campagne agricole a déjà commencé, pour ne pas dire qu’elle tire à sa fin. Pourtant, les agriculteurs font état d’une rareté des pluies. Quelle est la situation ?

Ali Bako : La situation est intenable. C’est très difficile pour nous qui exploitons de grandes superficies. J’ai labouré 20 hectares chez moi, à Dassa. Actuellement, presque la totalité des semences est confrontée à cette situation inexplicable. Il faut avoir le moral au top pour tenir, sinon c’est très difficile pour nous.

Ouest Info : En pareilles circonstances, comment arrivez-vous à tirer votre épingle du jeu ?

Ali Bako : Nous avons creusé des puits. Malheureusement, les deux sont liés. S’il ne pleut pas, il n’y a pas d’eau dans les puits. Heureusement pour moi, mon champ n’est pas loin du marigot. On essaie donc de combler le vide avec cela. Quand il n’y a pas d’eau dans les puits, nous utilisons l’eau du marigot. Et cela entraîne des dépenses supplémentaires, notamment avec la motopompe et le carburant.

Ouest Info : Très souvent, vous recommandez l’utilisation des forages. Pourquoi ?

Ali Bako : Pour moi, les forages sont adaptés à l’irrigation en cas de sécheresse, parce que le forage permet d’accéder à une nappe souterraine. Il est donc adapté pour pallier un déficit de pluie. Le problème avec les forages, c’est que toutes les localités du Burkina Faso ne disposent pas nécessairement de bonnes nappes souterraines.

Ouest Info : Est-ce qu’un agriculteur burkinabè moyen peut s’offrir un forage ?

Ali Bako : Non. Et c’est d’ailleurs mon combat de tous les jours. Je suis aussi entrepreneur, donc je connais le coût d’un forage. C’est dans ce sens que j’invite le gouvernement à subventionner le prix des forages pour les agriculteurs, afin de permettre aux acteurs de produire en grande quantité. Un forage de 80 mètres peut coûter 1,3 million de FCFA, sans l’équipement.

Ouest Info : Quel regard portez-vous sur la campagne agricole en cours ?

Ali Bako : J’ai parcouru plusieurs localités du Burkina Faso et, malheureusement, la rareté des pluies se ressent sur le terrain. De Nando à Nayala, en passant par Dédougou et Tenkodogo, la situation est similaire.

Ouest Info : À cette allure, est-ce qu’il faut craindre une certaine flambée des prix des denrées alimentaires ?

Ali Bako : Déjà, certains étaient découragés. Avec la rareté des pluies, il pourrait y avoir une baisse de la production. Et une baisse de la production pourrait engendrer une hausse des prix.

Ouest Info : Vu cette situation, que préconisez-vous pour sauver la situation ?

Ali Bako : Il faut accélérer pour rattraper la saison sèche avec l’eau des marigots et des forages. Il faut accentuer les efforts sur la campagne sèche.

Ouest Info : On reconnaît aussi le Génie de Dassa pour sa production, notamment l’ail, le gingembre et l’oignon. Expliquez-nous pourquoi vous privilégiez ces productions ?

Ali Bako : L’ail, l’oignon et le gingembre sont des productions qui permettent aux producteurs de les conserver assez longtemps. Ce sont aussi des productions qui peuvent être très rentables. En grande quantité, l’ail est importé de Chine. Et ça crie partout qu’il n’y a pas de travail. Que tu sois littéraire ou scientifique, tu peux produire de l’ail, du gingembre ou de l’oignon. Ces cultures de rente, si la jeunesse s’y met, peuvent contribuer à résoudre la question du chômage. Présentement, la tonne de gingembre se vend à 300 000 FCFA.

Ouest Info : Quel est votre regard sur l’agriculture burkinabè ?

Ali Bako : J’aimerais d’abord féliciter les autorités qui font beaucoup d’efforts dans la vulgarisation de l’agriculture, de l’élevage et de l’agropastoral en général. Mais je souhaiterais qu’on traite la question de l’agriculture avec les vrais acteurs. Si on arrive à traiter le sujet avec eux, on va éviter les erreurs du passé. Sinon, l’agriculture burkinabè est sur la bonne voie.

Ouest Info : De nombreux jeunes s’intéressent moins à l’agriculture au Burkina. Certains pensent même que c’est lorsqu’on échoue qu’on va dans l’agriculture. Quel est votre commentaire ?

Ali Bako : Je pense que c’est seulement l’ignorance qui fait que des gens tiennent ces propos. Et ce problème date de l’enfance. À l’école primaire, on nous faisait comprendre que si tu échoues, tu vas venir cultiver, comme si c’était une punition. Cela est resté dans la mentalité de certains. Certains jeunes ont même des difficultés avec leurs parents parce que, très souvent, pour certains parents, il est inconcevable de voir leur enfant retourner au champ. Il y a aussi des politiques qui ont découragé des jeunes. Lorsque tu produis, c’est sur la base d’un investissement. Mais lorsque les prix de certains produits sont fixés sans tenir compte de l’investissement du producteur, cela peut le décourager.

Ouest Info : Si on laisse les producteurs fixer les prix, est-ce qu’il n’y aura pas de spéculations ?

Ali Bako : Absolument. C’est là qu’intervient le gouvernement. Il devrait organiser les producteurs, les sensibiliser et organiser les agriculteurs en coopératives. Ces coopératives peuvent faire des boutiques dans les quartiers et les villages pour contribuer à contrôler les prix. En réalité, ce sont les intermédiaires qui augmentent les prix et non les producteurs.

Ouest Info : Mais quel est la responsabilité de l’agriculteur dans cette situation puisque tout part de lui ?

Ali Bako : C’est en s’organisant en coopératives. Je pense qu’on va résoudre le problème de l’agriculture burkinabè lorsque les diplômés vont entrer dans l’agriculture. À ce moment-là, ils vont davantage porter la voix des agriculteurs.

Ouest Info : Aujourd’hui, qu’est-ce qui explique selon le désintérêt des jeunes surtout les diplômés pour l’agriculture ?

Ali Bako : Tu sais pourquoi les jeunes s’adonnent à l’orpaillage ? Parce qu’ils voient certains orpailleurs avec de belles voitures. Si les jeunes agriculteurs avaient de belles voitures, ces jeunes allaient aussi s’intéresser à l’agriculture.

Ouest Info : Vous parlez des diplômés, mais il y a des diplômés qui font déjà l’agriculture, notamment les agronomes. En quoi sont-ils différents ?

Ali Bako : Que vaut un agronome sans un champ ? Moi, je n’appelle pas agronome quelqu’un qui n’a pas de champ. Beaucoup de ces agronomes, quand ils finissent leurs études, préfèrent aller travailler dans la fonction publique plutôt que d’aller labourer un champ.

Ouest Info : Comment voyez-vous l’agriculture burkinabè dans dix ans ?

Ali Bako : Dans dix ans, si on ne fait pas attention, ce sont les Chinois qui vont nous nourrir. Mais, heureusement pour nous, le président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, et le ministre d’État, ministre de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources Animales et Halieutiques, Ismaël Sombié, font un excellent travail dans le domaine de l’agriculture. Puisse cela demeurer !

Ouest Info : Quel message souhaitez-vous lancer à l’endroit des autorités, des acteurs de l’agriculture et surtout à la jeunesse ?

Ali Bako : Pour les acteurs, il faut que nous nous unissions, que nous nous concertions et que nous ayons une seule et même voix. À l’endroit des autorités, je souhaite véritablement qu’elles multiplient les concertations avec les vrais acteurs et qu’elles les écoutent sans intermédiaires. Pour la jeunesse, je lui dis de ne pas fuir l’agriculture, car je suis sûr que le Capitaine Ibrahim Traoré et le ministre Ismaël Sombié ont de bons projets pour la jeunesse dans l’agropastoral.

Ouest Info : Merci d’avoir partagé votre expérience dans le domaine de l’agriculture avec nos abonnés.

Interview realisée par Ali Djibey/ Ouest Info

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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