L’herbe communément appelée fourrage est source d’importants revenus pour des bobolais. En effet, il y a de ces hommes aux abords des rues qui s’adonnent à son commerce. Partout dans la ville ils sont présent et ils en ont fait leur gagne-pain. Ces commerçants dont certains tirent bien leur épingle du jeu, éprouvent des difficultés à avoir de la matière à vendre en saison sèche. Une équipe de ouest info a fait le tour de quelques sites de vente de fourrage où clients et vendeurs discutent les prix le soir tombé.
Il est 17h26 mn ce lundi sur le carrefour de la pharmacie Hayatt situé au secteur 29 de Bobo-Dioulasso à quelques encablures du lycée national. Côté est du carrefour, des herbes vertes, des feuilles de patate, des feuilles d’arachide fraiches jonchent par tas le trottoir.
D’autres stocks attendent dans des sacs entreposés dans des tricycles. Ce n’est pas le résultat d’un défrichage ou de la fin d’une récolte. C’est plutôt du fourrage qui attend des clients.
Pendant que certains vendeurs discutent les prix avec leurs clients, d’autres ajustent leurs marchandises dans l’attente de leurs clients du jour. Assis à même le sol face à son commerce, les bras croisés autour des genoux, Solo Boussoum attend ses fidèles clients pendant que son voisin anonyme, nouveau vendeur d’herbes, a le menton soutenu par le poing. Son souci, comment trouver des clients en tant que nouveau dans le milieu.
Au fur et à mesure que les minutes s’égrènent, les clients à pieds, à vélo, à moto ou à voiture marquent des arrêts pour se faire ravitailler. Certains d’entre eux se sont fidélisés à des vendeurs sur place.
Pour eux, la vente du fourrage est une activité non négligeable. Elle permet, soutiennent-ils, de pratiquer l’élevage de manière responsable en milieu urbain. « J’habite jusqu’à Bolomakoté. J’achète tous les soirs de l’herbe pour mes moutons. Ce lieu est attrayant car on y trouve toute sorte d’herbes. Je profite pour faire mes achats quand je reviens du travail. Chaque jour j’achète pour 500 fcfa et je pense que le prix est abordable. Nous payons les herbes pour nos animaux pour éviter qu’ils divaguent comme on le voit partout dans la ville », soutient Ismaël Ouédraogo, un fidèle client des lieux.

Angèle Bognana est une fidèle cliente qui habite au quartier Belle-Ville. Cela fait plus d’une année qu’elle se ravitaille chaque deux ou trois jours en feuilles de patate douce pour ses lapins. « Je suis venue chercher des feuilles de patate douce pour mes lapins. Je paye entre 200 fcfa et 250 fcfa chaque fois que je viens pour me ravitailler. Cette ration peut durer au moins deux jours. Je trouve que le prix est très abordable. Ce sont les aliments préférés de mes lapins. Je félicite ces vendeurs qui partent chaque jour en brousse pour nous en ramener », se satisfait-elle de la qualité et de la quantité de feuilles mises à sa disposition pour ses animaux.
Arouna Koné est venu se ravitailler en herbes pour les moutons de sa mère. Le coffre de sa voiture bien plein, ce client explique pourquoi, il se procure en si grande quantité. « Je suis venu me ravitailler pour les moutons de ma mère. Je ne suis pas à Bobo. Mais chaque fois que je viens, je me procure en grande quantité car les moutons de la maman sont nombreux. Pour ce faire, je ne paye pas avec les détaillants. Quand je viens, j’attends les grossistes qui viennent de la brousse pour prendre directement avec eux. Sinon avec le nombre de moutons que nous disposons, on ne peut pas s’en sortir si on paye avec les détaillants », Arouna Koné avant de saluer cette activité qui permet d’élever en ville sans laisser les animaux divaguer.
La vente des herbes, une activité qui nourrit son homme
La vente d’herbes constitue une activité économique rentable pour les acteurs. Cette activité se présente comme une chaine de valeur qui occupe un important nombre de personnes. En en effet, les vendeurs du fourrage se font livrer pour la plupart par des gens qui vont le chercher loin de la ville. Là-bas, il y a parfois des gens qui paient de l’argent aux propriétaires de champs pour pouvoir faucher l’herbe ou pour avoir les feuilles de leurs récoltes. Et à leur tour, il revende ce qu’ils fauchent à ceux qui viennent de la ville pour se ravitailler et ainsi de suite.
Par contre certains autres vendeurs de la ville font eux-mêmes toute la chaine pour espérer faire beaucoup plus de bénéfices. C’est le cas de Inoussa Saba, un homme à la soixantaine bien sonnée. Chaque jour, il parcourt une dizaine de kilomètre à vélo pour espérer avoir entre 2000 fcfa et 3000 fcfa. « En saison pluvieuse l’herbe fraiche est partout et se vend à bon prix. Mais après la saison surtout à partir du mois de janvier c’est difficile d’en avoir. Nous nous rendons à vélo à Nasso (ndlr situé à une quinzaine de kilomètres de Bobo) pour enlever les herbes et venir vendre. Quand je reviens, je fais des tas que je revends à 50 fcfa l’unité. Je peux gagner entre 2000 fcfa et 3000 fcfa par jour. C’est le seul travail que je fais pour subvenir à mes besoins et nourrir ma famille », le vieux Inoussa Saba explique-t-il son périple quotidien.
Tout comme lui, ce sont de nombreux chefs de familles qui tirent leur revenu du commerce de fourrage. Ousmane Tiama, la cinquantaine bien sonnée est lui aussi commerçant d’herbes à Bobo-Dioulasso. Il vend des feuilles de patate douce, des feuilles d’arachide et des tiges de maïs. « Je vends uniquement les feuilles de patate douce, les feuilles d’arachide et les tiges de maïs. Nous partons avec un tricycle pour enlever ces herbes dans la commune de Bama (ndlr située à une vingtaine de kilomètres de Bobo). Nous vendons les tas de nos feuilles à 50 fcfa l’unité. Dans la journée, je peux gagner plus de 5000 fcfa s’il y a le marché. Cette somme me permet de prendre en charge ma famille et payer les frais de scolarité de mes enfants », fait savoir le quinquagénaire avant de souligner ce qu’il rencontre souvent comme difficulté.
« L’une des difficultés que nous rencontrons est lorsqu’on ne trouve pas nos herbes préférées pour nos clients, nous décidons d’acheter les simples herbes fraiches pour revendre et pouvoir payer les frais de location des tricycles. La location journalière de ces engins tourne entre 3000 fcfa à 4000 fcfa », précise Ousmane Tiama.

Cette activité est rentable. C’est l’avis de Adama Drabo, un autre vendeur de fourrage basé sur le boulevard de l’indépendance à côté du petit marché de Farakan. « Je suis un cultivateur. Chaque année après la saison pluvieuse, je viens ici pour vendre les herbes. Avec ma moto, je pars à Nasso ou dans des localités voisines pour enlever ces herbes afin d’apporter quelque chose à mes clients chaque soir. Je peux gagner plus de 4000 fcfa. C’est avec cet argent que je gère ma popote et mes autres besoins », indique-t-il
Adama Drabo n’est pas le seul à se satisfaire des revenus que procure la vente des herbes. Salam Ouédraogo, adolescent, est du même avis que lui. « Nous vendons uniquement les feuilles de patate douce. A défaut de ça, nous cherchons d’autres types d’herbes. Quand c’est les feuilles de patate nous pouvons faire des recettes de 15 000 fcfa par jour. Mais si c’est les herbes ordinaires, nous pouvons avoir autour de 3 000 fcfa. Vraiment, on peut dire que l’activité est rentable. Mon père utilise l’argent pour nos besoins en famille », nous confie Salam Ouédraogo.
Malgré que la vente du fourrage soit une activité rentable, la saison sèche de l’année se présente comme une période de vaches maigres pour les vendeurs. Les herbes deviennent rares et le coût de revient les amène à augmenter les prix. De 50 fcfa le tas en saison de pluie, le même tas passe à 100, 150 ou 200 fcfa aux périodes les plus chaudes de l’année. Pour être résilient, certains vendeurs sèchent les feuilles d’arachide, de haricot et autres types d’herbes pour pouvoir affronter cette période de manque d’herbes et de feuilles fraiches.
Après immersion dans le milieu du ‘’business’’ des feuilles pour animaux à Bobo-Dioulasso, l’on peut retenir que c’est une activité qui prolifère et nourrit son homme. Des propriétaires des champs où sont fauchées les herbes aux clients éleveurs en passant par les faucheurs, les transporteurs et les vendeurs, c’est toute une chaine de valeur qui est constituée avec cette activité.
En attendant qu’ils soient pris en compte dans la politique de réalisation d’infrastructures dans la commune, les vendeurs d’herbes se contentent des trottoirs des principales artères d’une ville où les routes sont étroites et parfois dégradées.
Ousmane kindo /stagiaire ouest info




