L’oignon est un condiment fréquent et prisé dans des habitudes alimentaires des ménages. Dans des mets locaux comme dans l’attiéké, ce condiment sert d’ingrédient dans la préparation de nombreux plats. À Bobo-Dioulasso, il constitue aussi une marchandise au cœur des activités de nombreux commerçant(e)s au marché des fruits et légumes. Mais, ces derniers temps, les oignons importés est visibles en quantité sur ce marché local. Une situation qui, selon certains acteurs, influe sur le coût de ce produit qui semble élevé auprès des consommateurs. Le lundi 19 octobre 2026, une équipe de Ouest Info est allée à la rencontre de quelques commerçants d’oignons au marché des fruits et légumes de Bobo-Dioulasso.
Assis sur un banc, masque de protection contre la poussière soigneusement porté, il se morfond dans l’attente de potentiels clients. De loin, des sacs rouges en filets superposés attirent notre attention. Nous nous dirigeons vers lui. L’aspect des sacs nous fait tout de suite constater que qu’il s’agit d’un commerçant d’oignon. Au premier contact avec cet homme, il pensait avoir affaire à des clients. A peine il a répondu à nos civilités quand il commence à nous présenter ses oignons aux sacs estampilés de marque d’entreprises étrangères spécialisées dans l’exportation et le commerce international d’oignons.
En commerçant expérimenté, il constate que nos questions ne sont pas celles de ses clients habituels. Un coup d’œil indiscret et il aperçoit nos outils de collecte. Il devient réticent. Après être rassuré par nos explications, il s’ouvre à nous sur certains détails de son commerce. Lui, c’est Saïdou Ouédraogo, vendeur d’oignons au marché des fruits et légumes de Bobo-Dioulasso.
Sur les sacs qu’il nous présente, des étiquettes indiquent une provenance étrangère des produits. Sans embages, il nous donne les raisons de cet état de fait dans un contexte politique qui prône le « ‘consommer local‘ ». Pour lui, l’importation de l’oignon est loin d’être une défiance vis-à-vis de la production nationale. Dans son explication, l’oignon vendu actuellement sur le marché local provient en grande partie des pays comme le Maroc, l’Égypte et la Hollande.
Pour se dédouaner de la situation, il ne manque pas d’arguments. L’oignon produit localement, dit-il, se fait rare sur le marché. Un état de fait qu’il explique par la période qui n’est pas encore celle de l’oignon burkinabè qui apparait généralement, sur sa foi, en mois de mars. « Actuellement, presque tous les oignons que vous voyez sont importés. L’oignon blanc vient de la Hollande, tandis que l’oignon rouge vient du Maroc et de l’Égypte », confie-t-il.
Producteur d’oignons lui-même, Saïdou Ouédraogo se consacre actuellement à la vente des variétés importées, en attendant la disponibilité de sa propre production. Sur son étal, le sac de 25 kg est vendu entre 17 500 F CFA et 18000 F CFA.
Comme Saïdou Ouédraogo, Hamadé Ouédraogo est un autre vendeur d’oignon rencontré au marché des fruits et légumes de Bobo-Dioulasso. Il confirme le fait que l’oignon local n’est pas disponible sur le marché. Sans alternative pour le seul commerce qu’il maitrise, il se résout à commercialiser lui-aussi des oignons importés. Selon lui, l’offre nationale actuelle ne permet pas de répondre à la demande sur le marché. « Cette année, il n’y a pas eu assez de stocks. En plus de cela, les frais de douane ont augmenté. Tout cela fait que l’oignon est cher », a laissé entendre Hamadé Ouédraogo .
« Nous achetons parfois le sac à 18 000, 18 500, voire 20 000 FCFA »
L’importation des oignons expliquent les prix pratiqués par les différents acteurs de la chaîne commerciale de ce produit de consommation. Si les sacs de 25 kg sont proposés entre 17 000 et 20 000 FCFA chez les grossistes, les détaillants appliquent à leur tour des prix plus élevés pour pouvoir tirer leur épingle du jeu. Ce qui explique la hausse du prix de l’oignon sur le marché local selon les vendeurs. Une réalité qui se répercute sur le pouvoir d’achat des consommateurs.
Bibata Korbeogo est une commerçante qui vend de l’oignon en détail. Installée à l’intérieur du marché des fruits et légumes, elle dénonce la hausse du prix des oignons qui impacte négativement son commerce. « Le prix des oignons a vraiment augmenté. Nous achetons parfois le sac à 18 000, 18 500 voire 20 000 F CFA. Si on doit revendre, il faut qu’on tienne compte du coût de revient. Et actuellement, l’oignon du Burkina est rare.Ce qui nous oblige à acheter et à revendre l’oignon importé à des coûts relativement élevés », explique-t-elle.
A un jet de pierre de l’étal de Bibata Korbeogo se trouve installée Aminata Sawadogo, une autre vendeuse détaillante d’oignon. Pour écouler sa marchandise et rentabiliser, elle dit proposer parfois l’oignon à 100 FCFA l’unité ou trois oignons moyens à 200 F CFA. Une stratégie, qui, selon elle, ne lui garantit pas toujours une marge bénéficiaire. « Par rapport aux années antérieures, le prix des oignons a augmenté cette année. Il n’y a pas d’oignons au Burkina actuellement. Ce qui fait que nous vendons ceux importés de l’Égypte et de la Hollande. Le prix de gros du sac de 25 kg varie entre 17 500 et 18 000 F CFA. Souvent, certains clients refusent d’acheter. Je suis alors obligée de baisser le prix. Donc je ne gagne pas toujours de bénéfice », foi de Aminata Sawadogo.
Maïmouna Koné, quant à elle, évoque les difficultés liées à la hausse du prix des oignons sur le marché local. Pour elle, la rareté de l’oignon local sur le marché et le recours aux produits importés contribuent à renchérir les coûts d’approvisionnement . « Cette année, le prix des oignons, a vraiment augmenté. Le sac de 25 kg coûte 18 000 F CFA ou plus. Depuis que l’oignon du Burkina est indisponible, nous nous sommes résolues à vendre l’oignon blanc de la Hollande et l’oignon rouge de l’Égypte. Ce qui fait que l’oignon est cher », explique-t-elle. Pour cette dernière, le problème de l’oignon local est un problème de conservation.
En manque de techniques de conservation sur de longues durée, précise Maïmouna Koné, les acteurs ont du mal à faire d’importants stocks pour toute l’année. Sinon, elle et ses camarades vendeuses reconnaissent que l’oignon burkinabè est de bien meilleure qualité que ceux importés. Mais à l’impossible, nul n’est tenu, sont-elles tentées de dire en attendant de belles perspectives pour une production nationale suffisante et présente sur les marchés locaux toute l’année.
Ali Djibey, Charlène Bargo (stagiaires)/Ouest Info




