A Manèguè dans la commune rurale de Péni comme partout ailleurs au Burkina, la campagne agricole 2026 bat son plein. Des producteurs de cette localité font face à une sécheresse de saison d’hivernage. Après plusieurs ressemis, ils ont obtenu des plants qui ont du mal à évoluer car les pluies sont encore rares. Entre désarroi et impuissance, des producteurs de Manèguè sont dans la résignation. A la rencontre de certains de ces producteurs le 16 septembre 2026, constat d’une campagne agricole marquée par la rareté des pluies dans cette localité située à une trentaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso.
Au milieu de son champ de maïs aux plants rabougris, le regard hagard, il ne sait plus à quel saint se vouer. De plus de sept hectares de champ emblavé au début de la saison, il ne tient plus qu’à peine trois hectares où survivent de nains plants de maïs. Flétrissement par ci, jaunissement des feuilles basses par là, enroulement des feuilles de certains autres plants, c’est la trame du désolant spectacle de la physionomie d’un champ de maïs à Manèguè, un hameau de culture du village de Koumbadara dans la commune de Péni. Et il lui a fallu semer quatre fois pour se retrouver face à un champ dont la physionomie des plants est loin de lui assurer une bonne campagne agricole.

Lui, c’est Brama Sanou, ce producteur agricole installé à Manèguè. De part et d’autre de la superficie sur laquelle il a mis à l’épreuve sa résilience, des terrains vides sur lesquels les traces des premiers labours de la campagne en cours restent encore visibles. “Je suis un peu âgé mais je n’ai jamais vécu une telle sécheresse en pleine saison d’hivernage. Tous ces terrains vides de part et d’autre sont des espaces que j’exploite chaque année. Cette année, je les avais labourés et semés mais les plants n’ont pas résisté à la sécheresse. J’ai ressemé plusieurs fois sans succès et j’ai fini par laisser tomber. Les plants de maïs que vous voyez sont des rescapés de mes troisièmes ressemis”, raconte Brama Sanou.
Après plusieurs ressemis, la sécheresse persiste dans les champs des producteurs de Manèguè
Brama Sanou n’est pas le seul à vivre le calvaire de la sécheresse de cette saison d’hivernage 2026 à Manèguè. Beaucoup d’autres comme lui, ont fait au moins trois ressemis. C’est le cas de Moussa Sanou, Drissa Sanou, Kalifa Sanou, Adama Sanou, tous producteurs céréaliers de la localité. Le fouet de la sécheresse n’a épargné aucun de ces vétérans de la production agricole.

Kalifa Sanou est le doyen du lot de producteurs que nous avons rencontrés. Il a au moins 50 ans d’expérience dans la production céréalière. Mais il n’a jamais vécu une sécheresse d’une telle intensité en pleine saison d’hivernage. De plus de 10 hectares de production céréalière à son actif, depuis plus d’une décennie, il n’a pu faire pousser qu’un peu plus de trois hectares de maïs, de mil et de sorgho cette année. Cette diminution de sa superficie de production est le fait de la sécheresse qui a fait échouer ses premiers semis. Et de ressemis en ressemis, il s’est retrouvé avec un tiers de sa capacité habituelle de production.
“Nous sommes quasiment à la fin de la campagne agricole et nos plants sont encore à un niveau de début de campagne. J’ai plus de 50 ans de vie dans la production agricole mais je n’ai jamais vécu çà. Les années antérieures, en début septembre, on avait déjà du maïs frais. Mais actuellement en mi-septembre, les plants sont encore tellement petits que les aigles arrivent à cibler mes poussins et venir me les piquer dans mon champ de maïs”, déplore Kalifa Sanou.
Pour ce dernier, la situation est inquiétante. S’il a l’habitude de récolter plusieurs dizaines de sacs de céréale à la fin de chaque campagne, cette année, il espère juste une récolte pour le grenier familiale.
C’est aussi le cas pour Moussa Sanou qui exploitait entre six et sept hectares de céréale et de culture de rente. Cette campagne, il n’a qu’environ deux hectare de mil qui a encore besoin d’au moins deux mois de pluie pour pouvoir porter des épis matures. Face à la sécheresse qui a entrainé des ressemis et retardé la campagne agricole à Manèguè, son seul espoir est de pouvoir obtenir quelques sacs de céréales des plants qui tiennent encore, afin de pouvoir nourrir sa famille.

Pourtant les campagnes agricoles précédentes, lui comme beaucoup d’autres producteurs se faisaient de l’argent avec le surplus de leurs productions. Face aux caprices de la présente campagne ayant causé la fuite de jeunes valides de Manèguè vers les sites d’orpaillages, les producteurs agricoles de la localité n’ont plus que leur foi pour faire face à une probable fin de campagne difficile.
Fuite des jeunes de Manèguè vers l’orpaillage à cause de la sécheresse des champs
Pendant que la poussière des champs de Manèguè nuisait à la germination des graines semés et au développement des cultures déjà sur pied, les jeunes bras valides de la localité quant à eux soulevaient la poussière sur le chemin des sites d’orpaillage.
Quatre des enfants de Brama Sanou y sont allés l’abandonnant seul avec environ trois hectares de plants chétifs et une grande superficie déserte où un simple vent soulève la poussière. Deux des quatre enfants ont été refoulés des sites pour âge trop bas. Les deux autres, piliers de Brama Sanou dans les travaux champêtres sont restés sur un site d’orpaillage.
Un point de chute qui n’est pas du goût d’un Brama impuissant face à la force des arguments des aventuriers. “Sans pluie, nous ne pouvons pas restés. Si nous restons et qu’à la fin de la campagne, on a aucun grain de céréales, qu’allons-nous manger ? Il n’y a aussi pas de point d’eau pérenne pour faire du jardinage”, arguments avancés par les enfants pour obtenir leur ordre de mission auprès de leur père Brama.
Des arguments qui ont forcé la main à un père qui a aucun contre-argument solide pour détourner ses enfants de leur initiative. Il y a au moins deux mois qu’ils sont partis mais Brama digère toujours mal ces départs qui ne sont pas de son goût.
“Je n’ai jamais voulu que mes enfants rejoignent les sites d’orpaillage. Chaque fois que ces idées émergeaient, je trouvais des arguments pour les étouffer. Mais cette année, la sécheresse ne m’a pas donné d’arguments plus solides que les leurs pour les retenir. Je crains vraiment pour eux les risques des sites d’orpaillage. Les gens y vont et reviennent souvent sans argent mais plutôt avec des maladies respiratoires pour les parents qui bradent parfois leurs biens pour pouvoir les soigner. Je n’ai vraiment pas le cœur tranquille depuis que mes enfants y sont aller. Mais avec la sécheresse, je n’ai aucune alternative à leur proposer. Donc je suis obligé d’accepter leur choix malgré moi”, explique Brama d’une voix calme qui camoufle mal son désarroi.
Comme Brama, la plupart des producteurs de Manèguè ont assisté impuissant au départ de leurs enfants pour les sites d’orpaillage à cause de la sécheresse des champs. Ce qui a contribué à faire baisser les superficies initiales de production lors des ressemis car beaucoup de producteurs n’ont plus de bras valides. Une situation qui fait naitre dans l’esprit de certains producteurs le risque de famine à Manèguè à l’issue de la campagne agricole en cours.
Certains producteurs de Manèguè craignent le risque d’une famine
Face à des plants qui espèrent encore au moins deux mois de pluie en plein mi-septembre, des producteurs de Manèguè s’inquiètent déjà de ce que sera leur campagne agricole. Moussa Sanou n’espère rien de ses champs si les pluies n’atteignent pas mi-novembre. Pourtant, souligne-t-il, nous n’avons aucune autre source de revenu qui peut nous permettre d’acheter des céréales au cas où nos champs ne donnent rien. “Nous craignons une famine chez nous cette année”, lance-t-il. Pour lui, l’eau est un gros défi à Manèguè pour oser penser à des cultures de contre-saison. “Nous n’avons même pas accès à l’eau potable, n’en parlons pas d’en avoir pour des besoins de maraichage. Si on avait au moins des sources d’eau pérennes, on pouvait envisager des activités de contre-saison pour faire face à la situation. Mais rien de tout ça. On laisse donc notre sort à Dieu”, se résigne Moussa Sanou au même titre que ses camarades producteurs de la même localité.

Kalifa Sanou lui, enregistrait parfois plus de cent sacs de céréales. Mais pour cette campagne, sa prière est de pouvoir avoir au moins six sacs pour la consommation de sa famille. En deçà de six sacs, il va falloir, en est-il convaincu, envisager d’acheter des céréales à un certain moment de l’année sans quoi la famine risque d’agiter son impitoyable spectre sur sa famille.
Ces producteurs de Manèguè qui expérimentent cette sécheresse de saison d’hivernage ne sont pas des exemples isolés. Des producteurs de certaines autres localités du Burkina vivent la même situation. Et comme pour anticiper sur les conséquences de ce déficit de pluie, le gouvernement a annoncé le 16 septembre 2026 une opération spéciale de forages à prix subventionné au profit des producteurs agropastoraux pour soutenir la campagne de saison sèche 2026-2027.
A Manèguè, un premier forage servirait certainement de source d’eau potable à usage domestique car dans ce hameau de culture, l’eau potable est un luxe. Certains autres forages pourraient ensuite servir des activités de production de saison sèche. En attendant le secours de ces éventuels forages, les habitants de Manèguè n’ont que l’espoir de la grâce du ciel pour sauver leur campagne agricole en cours.
Abdoulaye Tiénon/Ouest Info
tienonabdoulaye@yahoo.fr




