Avoir un diplôme en poche ne signifie plus forcément avoir la porte ouverte à une carrière dans la fonction publique. À Bobo-Dioulasso, certains diplômés font face à l’attente, parfois longue, d’un recrutement dans la fonction publique. Pendant que certains continuent d’espérer un concours de la fonction publique, d’autres ont choisi de prendre leur destin professionnel en main. Commerce, restauration, aviculture, onglerie sont entre autres des activités génératrices de revenus qui absorbent beaucoup de jeunes diplômés qui n’ont pas eu la chance d’intégrer la fonction publique. Ils entreprennent, parfois loin de leur domaine de formation pour créer leurs propres revenus pour ne pas rester improductifs. Ouest Info est allé à la rencontre de quelques-uns de ces jeunes qui ont décidé de ne pas attendre l’État avant d’être utiles à la nation.
Grâce aux concours de recrutement, un certain nombre de diplômés intègrent chaque année la fonction publique à Bobo-Dioulasso. Mais malgré ces efforts d’absorption des jeunes diplômés par l’État, nombreux sont ceux qui restent encore sans emploi. Pour certains d’entre eux, la fonction publique semble la principale, voire l’unique perspective professionnelle après les études.
D’autres, en revanche, ont choisi une autre voie précisément celle de l’entrepreneuriat. À Bobo-Dioulasso, Sonia, Djenifer, Rachid et Wend Panga font partie de ces jeunes diplômés qui ont décidé de créer leurs propres activités pour subvenir à leurs besoins.
De la communication à la restauration, Sonia Bicaba sur le chemin de son autonomisation

Après l’obtention de sa licence en communication des organisations, Sonia Bicaba s’est lancée dans la vente de nourriture en ligne. Saucisses, frites, aloco et poulets constituent les principaux produits de son commerce en ligne.
L’idée est née, selon elle, progressivement avec les moyens du bord. Pour Sonia, il s’agissait de créer une source de revenus et d’être autonome. « J’ai commencé progressivement, avec les moyens dont je disposais. L’objectif était de créer une petite activité qui puisse me permettre d’avoir mes propres revenus. Il faut noter que je ne voulais pas non plus tout le temps fatiguer mon papa pour des petits besoins. Il en faisait déjà beaucoup pour ma scolarité, qui lui coûtait une certaine somme », explique-t-elle.
Pour la jeune diplômée, attendre un recrutement de l’État n’est pas une solution. Ce qui a guidé son choix d’entreprendre. « J’ai compris qu’attendre uniquement un concours ou un emploi de l’État pouvait prendre beaucoup de temps. J’ai donc préféré commencer quelque chose par moi-même afin de ne pas rester sans activité.Cette activité me permet d’être indépendante et de développer progressivement mon propre projet », déclare-t-elle.
« on m’a appelé pour me dire que je devais payer au Trésor pour la plaque que j’ai mise en haut »

Comme Sonia, Rachid Coulibaly a lui aussi choisi de ne pas attendre un éventuel recrutement dans la fonction publique. Titulaire d’un Master en écosystème, santé et société, il s’est orienté vers la vente de téléphones et d’accessoires. Aujourd’hui, son activité, selon lui, ne lui permet pas seulement de travailler pour son propre compte. Elle fait également de lui, précise-t-il, un créateur d’emploi. « Vu la situation, j’ai décidé de ne pas attendre l’État et de me lancer dans la vente des téléphones et accessoires. Parce que si je devais attendre l’État, je n’allais pas avoir mon propre business », nous confie-t-il.
Pour Rachid Coulibaly, l’État ne peut pas tout faire. Il souhaite donc que des conditions propices soient créées pour alléger les charges qui pèsent sur les jeunes entrepreneurs. « L’État ne peut pas tout faire. Néanmoins, il peut essayer de voir les taxes et impôts parce que chaque fois, tu as quelque chose à payer. Même récemment, on m’a appelé pour me dire que je devais payer au Trésor pour la plaque que j’ai mise en haut. On m’a dit que c’était de la publicité, alors que c’est ça qui permet d’attirer les clients souvent. Mais on se débrouille comme on peut », laisse entendre d’un air triste Rachid Coulibaly.
Quand la passion se tranforme en activité génératrice de revenus
Si certains diplômés se tournent vers le commerce, d’autres choisissent des secteurs qui correspondent davantage à leurs passions. C’est le cas de Outhniel Wend Panga Banissi.

Après une licence en gestion des projets, il s’est orienté vers l’aviculture. Pour lui, cette activité est avant tout une passion qu’il souhaite développer davantage, plutôt que de rester dans l’attente d’un concours de recrutement dans la fonction publique.
Son souhait aujourd’hui est d’agrandir son projet. À travers son expérience, il encourage également les jeunes à s’intéresser davantage à l’entrepreneuriat. Selon lui, entreprendre constitue aujourd’hui l’un des moyens de créer sa propre opportunité et de mieux s’en sortir. Le salaire, dit-il, à lui seul, ne suffit pas toujours à améliorer durablement les conditions de vie. « L’entrepreneuriat peut permettre de générer des revenus, mais aussi de créer des emplois pour d’autres personnes », indique-t-il.
De la communication à l’onglerie
Chez Djenifer Yeré, le choix entrepreneurial s’est également imposé comme une manière de rester active. Jeune diplômée en communication pour le développement, elle exerce aujourd’hui l’activité de prothésiste ongulaire.
Loin de rester dans l’attente d’un concours ou d’un éventuel emploi, elle a choisi de valoriser une compétence qu’elle possède déjà. « Je ne voulais pas rester sans rien faire en attendant un concours ou un éventuel emploi. Je me suis dit que même si je souhaite avoir un emploi stable plus tard, je pouvais déjà créer quelque chose par moi-même. L’onglerie me permet de valoriser une compétence que j’ai et surtout d’être active et indépendante », Djenifer raconte-t-elle les raisons de son choix pour l’entrepreneuriat.

Sonia, Djenifer, Rachid et Wend Panga ne sont qu’un échantillon de ces jeunes diplômés qui, plutôt que d’attendre une opportunité, ont choisi de commencer par en créer. Leurs activités ne correspondent pas toujours à leurs domaines de formation, mais elles leur permettent de rester actifs, de générer des revenus et, pour certains, de créer des emplois.
Ali Djibey (stagiaire)/ Ouest Info




