spot_img
spot_img

Troubles mentaux : « 35,5% de la population Burkinabè touchée »

À force de travailler sans relâche, de faire face aux responsabilités familiales, professionnelles et sociales, certaines personnes vivent quotidiennement sous pression, parfois au détriment de leur santé mentale. Derrière les sourires et les apparences de joie de vivre peuvent se cacher des souffrances profondes et silencieuses. Stress, anxiété, difficultés familiales, pression sociale ou professionnelle sont autant de facteurs susceptibles d’affecter l’équilibre psychologique. Dans la matinée du vendredi 14 août 2026, une équipe de Ouest Info est allée à la rencontre de Natacha Eliou Sangaré, psychiatre, afin de mieux comprendre les causes des troubles mentaux, les signes qui doivent alerter et l’importance d’une prise en charge adaptée. Lisez !

Ouest Info : Comment définissez-vous la santé mentale ?

Natacha Eliou Sangaré : Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la santé mentale est un état de bien-être dans lequel une personne parvient à faire face au stress normal de la vie, à réaliser son potentiel, à bien apprendre, à bien travailler et à contribuer à la vie de sa communauté. En d’autres termes, la santé mentale renvoie à la capacité de résilience d’une personne face au stress quotidien. Cette capacité lui permet de s’épanouir et d’être utile dans son milieu de vie.

Ouest Info : Qui peut être considéré comme une personne atteinte d’un trouble mental ?

Natacha Eliou Sangaré : Une personne atteinte d’un trouble mental est celle qui présente un trouble affectant ses capacités de réflexion, ses pensées, ses émotions ou son comportement, au point de l’empêcher de réaliser son potentiel et d’être productive.

Ouest Info : Quels sont les principaux problèmes de santé mentale que vous rencontrez ?

Natacha Eliou Sangaré : Les problèmes de santé mentale peuvent être regroupés en cinq grandes catégories. Il y a d’abord les troubles anxieux, qui peuvent survenir à la suite d’une peur ou se manifester par une peur persistante. Ils peuvent également être liés au vécu d’un événement traumatique, notamment les situations de conflit, le fait de vivre dans une zone à forts défis sécuritaires, les accidents ou encore les inondations. Ces situations peuvent parfois entraîner un état de stress aigu ou un état de stress post-traumatique.

Viennent ensuite les troubles de l’humeur, caractérisés par une humeur triste ou exaltée, avec parfois une alternance entre les deux, comme dans le cas du trouble bipolaire.

Les psychoses constituent une autre catégorie. Elles se manifestent notamment par une déformation de la perception de la réalité, comme dans certaines psychoses aiguës ou la schizophrénie. Enfin, les troubles de la personnalité constituent la cinquième catégorie.

Ouest Info : Quelles sont les spécificités selon les tranches d’âge ?

Natacha Eliou Sangaré : Chez l’enfant, on peut notamment observer des troubles neurodéveloppementaux, avec des difficultés ou retards de langage, des difficultés d’écriture ou encore de l’hyperactivité. Les enfants peuvent également présenter des états de stress liés aux violences ou aux sévices.

Chez l’adolescent, les addictions aux substances psychoactives, notamment l’alcool, la cigarette et certains médicaments détournés de leur usage, sont fréquentes. On retrouve également les addictions comportementales aux jeux, au sexe, aux réseaux sociaux ou au téléphone. Les difficultés d’acceptation de soi et de sa morphologie ainsi que les troubles des conduites alimentaires peuvent également être observés.

Chez l’adulte, les addictions et les problèmes conjugaux figurent parmi les difficultés rencontrées. Chez les personnes âgées, des troubles du comportement peuvent notamment apparaître.

Ouest Info : Disposez-vous de statistiques récentes sur la santé mentale au Burkina Faso ?

Natacha Eliou Sangaré : Une étude réalisée en 2014, puis une autre en 2021 au Burkina Faso, rapportaient respectivement une prévalence de 41 % puis de 33,5 % de troubles mentaux dans la population générale.

Les troubles seraient plus fréquents chez les femmes, avec environ 46 %, contre environ 35 % chez les hommes. Il est également rapporté que près de la moitié de la population burkinabè a moins de 15 ans et qu’un adolescent sur quatre souffre de dépression.

Il existe par ailleurs des études portant sur la prévalence des troubles mentaux chez certains profils professionnels, notamment les travailleurs de la santé, les étudiants en médecine et les orpailleurs, ainsi que chez les personnes déplacées internes dans certaines villes ou régions du pays.

Ouest Info : Et à Bobo-Dioulasso ?

Natacha Eliou Sangaré : Sur le plan local, les données récentes et exhaustives sur la prévalence des troubles mentaux à Bobo-Dioulasso restent difficiles à documenter. Cependant, malgré les conceptions culturelles très marquées de la maladie mentale, qui ont fait l’objet de plusieurs études par le passé, les services de psychiatrie de la ville enregistrent des consultations régulières et en hausse au fil des années.

Ouest Info : Quels sont les facteurs qui favorisent les troubles de la santé mentale ?

Natacha Eliou Sangaré : Il existe plusieurs facteurs. Sur le plan psychologique, on peut citer les traumatismes vécus pendant l’enfance ou à tout autre âge, les sévices corporels, les difficultés relationnelles, les ruptures brutales, les conflits conjugaux ou encore le divorce des parents.

À cela s’ajoutent des facteurs socio-économiques, notamment la pauvreté, la précarité, le chômage, la pression familiale, le stress professionnel et le licenciement. Il existe également des facteurs environnementaux, biologiques et génétiques.

Ouest Info : Quels sont les signes qui doivent alerter une personne ou son entourage et l’amener à consulter un professionnel de santé mentale ?

Natacha Eliou Sangaré : Plusieurs signes doivent attirer l’attention. Il peut s’agir d’un changement de comportement, de difficultés à réaliser son potentiel ou à apporter sa contribution à la communauté. Les changements d’humeur qui persistent dans le temps doivent également alerter : tristesse, pleurs inexpliqués, irritabilité, intolérance à la frustration ou encore euphorie.

L’isolement social constitue également un signe important. Il peut se traduire par un retrait brutal ou progressif de la famille, des retards ou des absences fréquentes au travail, une perte de motivation ou une diminution du rendement.

La tenue de propos incohérents, inadaptés au contexte ou insensés doit également interpeller. Enfin, les idées suicidaires, les idées de mort ou la planification d’un acte suicidaire nécessitent une attention immédiate.

Ouest Info : Existe-t-il des structures spécialisées pour les personnes souffrant de troubles mentaux ?

Natacha Eliou Sangaré : La ville de Bobo-Dioulasso dispose de plusieurs structures sanitaires publiques et privées pour le diagnostic et la prise en charge des troubles mentaux. On peut notamment citer le CMA de Dô, le CMA de Dafra, le service de psychiatrie du CHUSS ainsi que le service de psychiatrie-psychologie du CHU-Pala. Il existe également des structures associatives et communautaires qui œuvrent à la réinsertion socioprofessionnelle des personnes concernées.

Ouest Info : Quels conseils adressez-vous aux populations afin de préserver leur santé mentale et quel message souhaitez-vous transmettre à ceux qui traversent une période de détresse psychologique ?

Natacha Eliou Sangaré : Chacun est invité à développer une bonne hygiène de vie, qui passe notamment par une bonne organisation et une planification quotidienne permettant d’équilibrer travail, repos, sport et loisirs.

Il est également important, en tenant compte de son budget, d’avoir une alimentation saine et équilibrée et de privilégier des loisirs sains. Il faut notamment éviter la consommation de substances psychoactives afin de prévenir les addictions. Il est aussi important d’apprendre à interagir avec les autres.

À ceux qui traversent une période de détresse psychologique, je voudrais dire que leur souffrance est réelle, mais qu’elle n’est ni une fatalité, ni une faiblesse, encore moins une malédiction. Ils ne sont pas seuls à traverser cette épreuve.

Demander de l’aide et se rendre dans un service de psychiatrie constitue un premier pas vers le soulagement. Ces structures publiques existent à Bobo-Dioulasso pour écouter, accompagner et soigner sans jugement. Il n’y a pas de santé sans santé mentale.

Interview Réalisée par Ali Djibey /Ouest Info

La rédaction
La rédaction
Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Captcha verification failed!
Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!

spot_img

Autres Articles

Tournoi Inter-villages de Darsalamy : Les rideaux sont tombés sur la 11è édition

La finale de la 11ᵉ édition du Tournoi Inter-villages s’est disputée le samedi 15 août 2026 à Gongonwé-Gare, un quartier de Darsalamy. Organisée par...

Burkina/2è région militaire : Une trentaine de blessés de guerre à l’école de l’entrepreneuriat avicole

La deuxième région militaire en collaboration avec la ferme NEEMA BALO, a initié une formation en entrepreneuriat avicole au profit des soldats blessés au...

Autres Articles