Dans les marchés de Bobo-Dioulasso, le carton change de mains, mais pas toujours de valeur . Si pour certains, il n’est qu’un emballage, pour d’autres, c’est une marchandise. Au marché central comme au marché de fruits et légumes de Bobo-Dioulasso, des hommes ont fait de la vente de cartons leur principale activité génératrice de revenus. Eux, ce sont Siaka Diabaté, Salam Roamba, Ibrahim Ouédraogo et Boureima Sawadogo. Ouest Info est allé à la rencontre de ces acteurs de la vente du carton dans la matinée du jeudi 24 septembre 2026 pour toucher du doigt les réalités de cette activité.
Assis, les jambes entrecroisées au bord de la voie, lunettes sur le nez, il scrute le moindre mouvement des passants. Septuagénaire, il quitte Colma et fait de la vente de cartons sa principale activité à l’extrémité du marché central de Bobo-Dioulasso.
À côté de lui, des commerçants exposent leurs produits dans des cartons pour la commercialisation. Lui, c’est le carton vide, usé, qu’il expose comme marchandise. Cette activité, il l’exerce depuis plus de 20 ans. Lui, c’est Boureima Sawadogo. « Je suis dans ce métier depuis plus lus de 20 », confie-t-il.

Aujourd’hui, il a du mal à tenir son commerce à cause d’une maladie. Mais il tient néanmoins le coup. « Pour des raisons de santé, je n’arrive plus à bien exercer mon activité de vente de cartons. Je peux faire plus de trois (03) jours sans aller au marché. Mais j’essaie de tenir. Le jour où ça va pour la santé, je me fais déposer par un enfant le matin dès 7h », nous raconte-t-il.
Pourtant, l’homme tirait bien son épingle du jeu à ses débuts dans la vente de cartons. En plus de ne plus être au top de sa forme, le marché n’est aussi plus généreux pour les vendeurs de cartons. La vente de cartons est devenu une activité de survie. « Avant, on tirait de bons revenus de la vente de cartons. Mais aujourd’hui, si j’ai trop eu, c’est 1 000 F CFA par jour. Il y a même des jours où je ne vends rien. Mes clients sont ceux qui achètent les bananes, les mangues durant la période et surtout les voyageurs. C’est pendant la période de ces produits agricoles que nous avons un peu le marché sinon actuellement le marché est lent », explique-t-il d’une voix porteuse de nostalgie.
Sur la source d’approvisionnement de sa marchandise, le septuagénaire y répond sans ambages. « J’achète les cartons avec des jeunes qui me les apportent. Je les revends souvent à 200 F CFA et les plus gros à 500 F CFA », fait-il savoir tout en se remémorant la période où il avait maille à partir avec la Police. « Au début de mon commerce, comme je vendais presque sur le goudron, j’avais des difficultés avec la Police. Mais actuellement ça va, je n’ai aucun souci avec elle», dit-il.
Vente des cartons : banal pour certains, gagne-pain pour d’autres
Au marché des fruits et légumes de Bobo-Dioulasso, Salam Roamba vend des cartons. Septuagénaire, il fait de la vente de cartons son gagne-pain. Lui, est dans le métier il y a près de dix ans. Habitant au secteur 29, le vieux vendeur de cartons a de l’énergie à revendre. Il est physiquement indépendant et se rend à son lieu de travail sur sa moto personnelle. Grâce à cette activité, il dit pouvoir subvenir à ses besoins.

Le business de la vente des cartons n’est pas que l’affaire des personnes âgées à Bobo-Dioulasso. Ibrahim Ouédraogo est de ces jeunes bobolais qui ont fait la vente de cartons leur principale activité génératrice de revenu. Il tient son commerce au marché central de Bobo-Dioulasso.
Son histoire avec la vente de cartons, explique-t-il, est celle d’une reconversion. Avant de se retrouver dans le commerce du carton, il travaillait dans la vente de pièces détachées de motos. Mais les temps devenus difficiles l’ont contraint à changer d’activité. Ainsi, aujourd’hui, il fait de la commercialisation des cartons son gagne-pain. « En vrai, ce travail ne m’apporte pas grand-chose, mais comme je n’ai aucune autre activité, je m’en contente », raconte-t-il.
Néanmoins, cette activité lui permet de subvenir à ses besoins et de conserver son indépendance financière. Comme ses camarades vendeurs de cartons, son revenu dépend largement du prix d’achat des cartons. « Lorsque nous les gagnons moins cher, nous les revendons moins cher. Dans le cas contraire, nous sommes obligés d’augmenter le prix pour avoir un bénéfice», explique-t-il le processus du commerce des cartons.

Siaka Diabaté, lui, est vendeur de cartons depuis sa tendre enfance. Cela fait trente ans, indique-t-il, qu’il exerce ce métier. Ces trente années durant, les cartons sont devenus une partie de son quotidien. Il en tire la principale source de revenus de sa famille. « Je faisais ce métier avec mon papa depuis le bas âge et aujourd’hui, j’exerce seul », raconte-t-il.
Ce choix d’activité parfois négligé est loin d’être un regret pour Siaka Diabaté. Avec la vente de carton, il a pu se marier, s’achète des motos et prends bien en charge sa petite famille.
Même si le carton nourrit son homme, souligne Siaka Diabaté, il ne garantit pas pour autant un revenu régulier. Le marché connaît, selon lui, ses périodes d’abondance et ses moments de ralentissement. Comme ses autres camarades que nous avons rencontrés, il indique la période des fruits notamment celle des mangues, comme une période où le business est bien juteux. « C’est rentable, mais comme tout métier, parfois il y a le marché, parfois non. Et chez nous, c’est la période des fruits que nous nous frottons bien les mains », explique Siaka Diabaté.
Ce dernier dénonce le comportement méprisant de certains clients vis-à-vis des vendeurs de cartons. « Les gens banalisent ce métier. Certains clients nous disent que c’est quelque chose qu’on jette et qui est semblable à des déchets», déplore-t-il.

Loin des railleries autour du business des cartons, Siaka Diabaté entretient un gros rêve d’avenir avec le commerce des cartons. Il envisage une plus grande boutique spécialisée dans la vente des cartons. Un rêve susceptible de créer des emplois et de la valeur ajoutée à ces emballages qui parfois sont assimilés à des déchets.
A Bobo-Dioulasso, les vendeurs de cartons sont des acteurs non négligeable du secteur informel. Derrière chaque vendeur de carton dans cette ville, se dessine le quotidien d’hommes pour qui, vendre ce que d’autres considèrent comme des déchets, n’est pas un simple petit commerce. Mieux, c’est un moyen pour certains de travailler, de subvenir à leurs besoins et de faire vivre des familles.
Ali Djibey, Astride Ouedraogo, Charlène Bargo (Stagiaires)/Ouest Info




