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Cherté de l’huile alimentaire sur le marché : La SN-Citec « n’a pourtant pas augmenté ses prix »

Le 20 juin 2022, le gouvernement a, dans un arrêté, fixé le prix du litre de l’huile alimentaire produite par la SN-Citec à 1 000 FCFA. Cette décision faisait suite à une augmentation incontrôlée du prix de ce produit de première consommation sur le marché. Or la principale unité de production nationale d’huile alimentaire SN-Citec maintenait le prix de son huile de marque Savor à 1 000 FCFA. Deux mois après la fixation de ce prix par le gouvernement, le litre d’huile sur le marché coûte toujours entre 1 400 FCFA et 1 500 FCFA. A la SN-Citec, une équipe de Ouest Info a pu constater que le prix fixé par le gouvernement est respecté par la société. Mais pourquoi le gouvernement ne contrôle pas le prix sur le marché ? Plutôt, il se défend.

A l’annonce du prix de l’huile alimentaire Savor à 1 000 FCFA par le gouvernement le 20 juin dernier, les consommateurs ont poussé un ouf de soulagement. Un soulagement qui sera de très courte durée car les prix ne diminueront quasiment pas sur le marché. En effet, à cette époque, le litre de cette huile se vendait à 1 600 FCFA sur le marché alors qu’il n’y avait pas d’augmentation de prix au niveau de la SN-Citec qui produit l’huile Savor.

Depuis la fixation du prix, à Bobo-Dioulasso, le prix dans la plupart des boutiques et sur le marché de manière générale est passé de 1600 FCFA à 1400 FCFA. L’écart d’avec le prix du gouvernement est de 400 FCFA. Ainsi, le bidon de cinq (05) litres se vend à 7 250 FCFA et celui de 20 litres entre 27 750 FCFA et 28 000 FCFA au lieu de 5 250 FCFA pour l’un et 20 000 FCFA pour l’autre.

Un tour sur le marché nous a permis de toucher du doigt la réalité de prix de ce produit. Seulement quelques supermarchés comme Cap Faso, Marina Market, les alimentations du Groupe SOBUCOP respectent le prix fixé par le gouvernement.

Dans ces lieux de vente, le produit se fait aussi rare car aussitôt ravitaillés aussitôt finies. De certaines indiscrétions, certains véreux partaient se servir en quantité dans ces boutiques avec l’intention de revendre plus cher aux consommateurs. Chose que nous n’avons pas pu vérifier. Mais ce qui renforce cette thèse, c’est le fait qu’il n’est pas possible pour un client de payer plus d’un bidon à la fois. Malgré cela, l’huile Savor se fait rare dans ces alimentations.

Les prix de la SN-Citec sont conformes aux prix du gouvernement

Un tour à la SN-Citec a permis de comprendre que le problème du non-respect des prix de ses produits sur le marché se trouve ailleurs. Selon le directeur général de la société, Ibrahim Traoré, la SN-Citec n’a pas augmenté le prix de ses produits. Le prix est toujours le même auquel elle livre aux grossistes. « La SN-Citec est une société citoyenne. Elle s’est toujours souciée du bien-être des consommateurs. Elle a donc toujours joué son rôle d’acteur majeur dans la production d’huile alimentaire en se conformant aux prix et aux normes. Avant même que le gouvernement ne fixe le prix, la SN-Citec appliquait déjà ce prix », explique Ibrahim Traoré.

Les prix de la SN-Citec sont conformes aux prix du gouvernement selon son directeur général, Ibrahim Traoré

Ce dernier déplore cependant le fait que la société n’arrive pas à couvrir la demande nationale en consommation d’huile alimentaire. Cela ne s’explique pas par une incapacité de l’industrie à produire l’huile mais le problème se trouve dans la disponibilité de la matière première. « Aujourd’hui, la SN-Citec a une capacité de production de 22 millions de litres d’huile par an pour 120 000 tonnes de graine de coton. Ce qui représente le tiers de la demande nationale. Mais nous n’arrivons qu’à produire seulement 11 millions de litres d’huile. Ce qui veut dire que nous n’exploitons pas toutes nos capacités de production. Et cela est dû à un problème d’accès à la graine de coton », le directeur général justifie-t-il le manque des produits SN-Citec sur le marché.

Ibrahim Traoré estime que c’est ce manque à gagner qui entraine certainement le non-respect du prix de l’huile sur le marché. Pour ce faire, il invite le gouvernement à assainir le processus de distribution de la graine de coton pour que la SN-Citec puisse satisfaire davantage la demande nationale en huile alimentaire de qualité. Ibrahim Traoré rassure qu’avec la disponibilité de la matière première, la SN-Citec pourrait augmenter au fur et à mesure ses capacités pour pouvoir couvrir un jour la demande nationale.

Le gouvernement se défend du non-respect des prix fixés

En séjour à Bobo-Dioulasso, le ministre du développement industriel, du commerce, de l’artisanat et des petites et moyennes entreprises, Abdoulaye Tall s’est rendu à la SN-Citec. Il a d’abord visité l’usine de production avant de s’entretenir avec la direction générale de la société. A l’issue de cet exercice, le ministre a salué les efforts de la SN-Citec qu’il a qualifié de « doyenne des unités industrielles burkinabè ». Abdoulaye Tall a ainsi constaté l’effectivité des prix du gouvernement au sein de cette société.

Sur le non-respect de ces prix sur le marché, le ministre n’a pas manqué de se justifier. Il a indexé l’importation de l’huile alimentaire liée à l’insuffisance de la production nationale pour satisfaire la demande nationale. « Il y a inflation parce que nous importons. Nous importons parce que la production nationale n’est pas suffisante or on a des capacités non exploitées. On a des capacités non exploitées parce qu’il y a insuffisance de graine. C’est cette insuffisance qui nous conduit à l’importation. Or avec les différentes crises, l’offre est limitée à l’étranger. Et c’est ce qui explique la hausse des prix sur le marché », justifie le ministre Abdoulaye Tall.

Par ailleurs, il a rassuré de ce que des efforts sont faits par le gouvernement pour inverser cette tendance. Pour lui la subvention des intrants coton à hauteur de 72,8 milliards de FCFA par le gouvernement pour la présente campagne cotonnière s’inscrit dans une dynamique de relance de la filière. L’objectif est, dit-il, d’améliorer les rendements afin de rendre disponible la graine de coton pour les unités de transformation notamment la SN-Citec. Il a aussi promis d’assainir le processus de distribution de la graine comme le souhaite le directeur général de la SN-Citec, Ibrahim Traoré. Le ministre du développement industriel est sûr que si la graine est disponible, les unités de transformation avec la SN-Citec en tête pourront relever le défi d’une production suffisante pour la consommation nationale.

Le ministre en charge du commerce, Abdoulaye Tall ne manque pas d’arguments pour justifier cet état de fait
Quand l’UAS justifie le non-respect des prix sur le marché par la non-implication des syndicats

En assemblée générale avec ses structures de base à Bobo-Dioulasso le 13 août 2022, l’Unité d’action syndicale (UAS) a dénoncé le non-respect des prix des produits de première consommation comme l’huile, fixés par le gouvernement. Porte-parole de l’UAS, Olivier Guy Ouédraogo a souligné une sorte de mépris du gouvernement à l’égard des syndicats.

Pour lui, le non-respect des prix des produits qu’il a fixé tient au fait que les syndicats ont été exclus lors des concertations qui ont abouti à la fixation de ces prix. « Les syndicats qui sont membres du cadre tripartite de concertation ont été délibérément exclus des rencontres sur la fixation des prix des produits de grande consommation. Tout le monde fait le constat qu’en l’absence de mesures d’accompagnement, les prix décidés et annoncés ne sont nullement respectés », a déclaré le porte-parole de l’UAS, Olivier Guy Ouédraogo pour expliquer le non-respect des prix des produits comme l’huile alimentaire sur le marché.

Quand le consommateur est troublé entre les prix du gouvernement et la réalité des prix du marché

Face au déphasage entre les prix fixés par le gouvernement et la réalité des prix du marché, le consommateur est troublé et parfois agacé. A Bobo-Dioulasso par exemple, hormis les quelques alimentations où les prix sont conformes, les prix autour du litre d’huile alimentaire Savor produite par la SN-Citec sont disparates sur le marché. Ces prix évoluent entre 1350 FCFA et 1450 FCFA le litre. Le consommateur se retrouve parfois tiraillé entre ces prix qui se présentent comme ‘’A chaque commerçant son prix’’.

« En tant que consommateurs, nous sommes troublés. Le gouvernement fixe son prix et les commerçants aussi ont leurs prix. Parfois on a des problèmes avec les commerçants sur le prix du litre d’huile Savor. Le gouvernement a fixé le prix à 1 000 FCFA et les commerçants vendent le litre autour de 15 00 FCFA. C’est une situation déconcertante. Et le gouvernement ne communique pas pour nous situer sur ce qui ne va pas. Il faut donc que ce gouvernement soit sérieux dans ses prises de décisions », s’indigne Drissa Sanou face aux prix incontrôlés de l’huile Savor sur le marché.

Aïcha Rabo est ménagère. Elle digère mal cette situation qui l’embarrasse. Elle soutient que c’est en fonction du prix officiellement annoncé que son chef de ménage planifie les dépenses avec elle. Ce qui ne manque pas de créer selon elle des grincements de dents. Elle souhaite que le gouvernement clarifie la situation du prix du litre d’huile pour que tous les consommateurs soient bien situés.

Adeline Kaboré quant à elle parvient souvent à s’approvisionner dans les alimentations où les prix sont normaux. Elle invite le gouvernement à mettre en place des boutiques témoins à défaut de pouvoir contrôler les prix sur le marché. « Si des boutiques témoins s’ajoutent aux alimentations qui respectent les prix fixés, ça pourra amener les autres commerçants à s’aligner. Sinon ce qu’on vit n’est pas normal. On paie le même produit à des prix différents comme si on n’était pas dans le même pays. Il faut que le gouvernement donne de l’autorité à ses décisions », propose-t-elle au gouvernement.

En attendant, au gouvernement son prix de litre d’huile et aux commerçants leurs prix. Tant pis pour les consommateurs.

Abdoulaye Tiénon

La rédaction
La rédaction
Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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