Souhaibou Ouédraogo est désormais ingénieur des travaux en systèmes d’information. Ce brillant étudiant en situation de handicap moteur et de déficience motrice partielle des membres supérieurs, a co-soutenu un mémoire de licence en informatique option ingénierie des systèmes d’information avec un de ses camarades étudiants. Etudiants de l’Ecole Supérieure d’Informatique (ESI) de l’Université Nazi Boni, leurs travaux ont été couronnés par la note de 17/20, faisant de Souhaibou et son camarade des ingénieurs des travaux en systèmes d’information.
Si le mot “résilience” devrait élargir son spectre d’éponymes, le prénom “Souhaibou” pourrait y être bien coté. Certainement pas pour son euphonie mais par la résilience d’un jeune bobolais qui porte ce prénom. Lui, c’est Souhaibou Ouédraogo, un jeune étudiant en situation de handicap. Il a perdu totalement l’usage de ses pieds depuis sa tendre enfance. De l’usage de ses membres supérieurs, il n’en jouit que partiellement.

Au lieu de se résigner, Souhaibou s’est armé d’un courage de lion, d’un moral d’acier et d’une force intérieure herculéenne comme pour traduire l’incarnation de son prénom qui est originellement associé au travail, à l’énergie, à la force d’action et au désir d’accomplir ses objectifs.
Après un parcours du combattant, Souhaibou est aujourd’hui ingénieur des travaux en systèmes d’information
Après un parcours académique de trois années parsemées de gros défis à l’Ecole Supérieure d’Informatique (ESI), Souhaibou Ouédraogo décroche sa licence en informatique option ingénierie des systèmes d’information. Avec un de ses camarades de promotion, Souhaibou a développé une application autour du thème : “Conception et réalisation d’une application de gestion des actes académiques antérieurs et non pris en charge par la plateforme CampusFaso : Cas de l’Ecole Supérieure d’Informatique”.
Par ce thème, Souhaibou et son camarade ont présenté leurs travaux au jury avec une démonstration de l’application qu’ils ont développée. Des travaux jugés pertinents par le jury qui a fait des suggestions pour améliorer l’application que les étudiants souhaitent intégrer aux services de CampusFaso. Le duo reçoit ainsi la note de 17/20 pour leur génie.

C’est un couronnement de trois années de parcours du combattant pour Souhaibou Ouédraogo. “Vivre avec un handicap n’est pas un handicap pour vivre”, lance Souhaibou Ouédraogo à l’issue de sa brillante soutenance aux côtés de son binôme. Par ces propos, Souhaibou lance un message qui veut que le handicap ne soit pas une fatalité pour quiconque. Désormais ingénieur de travaux en systèmes d’information, l’étudiant résilient pense déjà à un parcours de Master dans sa spécialité. Toutefois, il ne ferme pas la porte aux opportunités professionnelles.
Binôme de Souhaibou Ouédraogo, Abdoul Wahabou Koalaga souligne que la collaboration avec souhaibou Ouédraogo a été une riche expérience humaine et académique. Il ne manque pas de louer les qualités intellectuelles du jeune Souhaibou. “Souhaibou est le meilleur binôme que j’ai eu de toute ma vie. Il a beaucoup contribué à la conception de l’application. C’est quelqu’un de formidable. Sur le plan intellectuel, il est très bon. C’est un gars très brillant que j’admire beaucoup”, appréciation de Abdoul Wahabou Koalaga sur Souhaibou.
L’ESI, un bon exemple de l’éducation inclusive
Directrice de l’Ecole Supérieure d’Informatique de l’Université Nazi Boni, Joëlle Compaoré salue l’intérêt du travail de recherche et conception des deux étudiants. Pour elle, l’application développée est directement utilisable par l’administration de l’ESI.

La directrice de l’ESI reconnait par ailleurs le courage de Souhaibou Ouédraogo. Un courage auquel l’ESI n’a pas été insensible. L’école a pris des mesures spéciales pour permettre à l’étudiant en situation de handicap de pouvoir suivre son cursus. “A l’ESI, la salle de cours de la 2è année se trouve à l’étage. Mais comme Souhaibou ne pouvait pas y accéder, on a transformé notre salle de réunion au rez-de-chaussée en salle de cours pour lui permettre de poursuivre sa formation. En 3è année, les cours de l’ESI se passent à Nasso mais on a dû tenir compte de Souhaibou pour trouver une salle sur le site du 22 pour les cours de sa promotion. A partir de ce moment, on commence à avoir des mesures pour créer les conditions pour permettre aux personnes à mobilité réduite de suivre les formations dans les mêmes conditions que les autres”, précise Docteure Joëlle Compaoré sur les efforts d’inclusivité dans la formation académique à l’ESI.

Gustave Traoré est l’ancien directeur d’école de Souhaibou. C’est lui qui a financé les déplacements de l’étudiant de son domicile vers l’université pendant les trois années. Il a engagé un taximan qui était chargé des aller-retours de Souhaibou contre une rémunération mensuelle. Pour ce père adoptif, c’est un soulagement de voir Souhaibou décroché le titre d’ingénieur de travaux en systèmes d’information. C’est en homme comblé qu’il a souhaité le meilleur pour Souhaibou qui caresse de très grandes ambitions.
Abdoulaye Tiénon/Ouest Info
tienonabdoulaye@yahoo.fr




