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Burkina Faso : « La dépigmentation des nouveaux-nés, un fléau de plus en plus à la mode », Docteur Auguste Aristide Yaméogo, dermatologue

Se dépigmenter, c’est la voie choisie par certaines personnes pour paraitre claire. Ainsi, elles font recours à des produits cosmétiques ou à des produits injectables. Cette pratique n’est toutefois pas sans conséquences pour celles et ceux qui s’y adonnent. Pour mieux comprendre le phénomène et ses implications, Ouest Info est allé à la rencontre du Dermatologue Docteur Auguste Aristide Yaméogo par ailleurs directeur de la clinique Saint Léopold situé au secteur 17 de Bobo-Dioulasso non loin de la mairie de l’arrondissement 5. Dans une interview accordée à l’équipe de Ouest Info dans la matinée du mardi 24 mars 2026, ce spécialiste des maladies de la peau et des phanères explique la dépigmentation et ses conséquences. Lisez !

Ouest Info : Que doit-on comprendre par dépigmentation ?

Dr Auguste Aristide Yaméogo : De façon simple, la dépigmentation c’est la disparition de la mélanine. La mélanine c’est le pigment qui donne la couleur à la peau.

Ouest Info : Alors, quels sont les types de dépigmentation ?

Dr Auguste Aristide Yaméogo : Il y a plusieurs types de dépigmentations. Mais on peut retenir deux (02) principaux types. Il s’agit notamment de la dépigmentation volontaire et de la dépigmentation involontaire. Elle est volontaire quand une personne décide d’utiliser des produits cosmétiques ou injectables pour éclaircir la peau. La dépigmentation volontaire, chimique ou induite est simplement l’usage de produits éclaircissants qui contiennent des hydroquinones, des corticoïdes ou du mercure.

La dépigmentation est involontaire quand elle est liée à une maladie ou à un déficit. Dans ce cas, on parle de dépigmentation maladie. Comme exemple de dépigmentation maladie, on peut citer le vitiligo qui est une tache blanche qui peut apparaitre sur une personne. La dépigmentation post-inflammatoire et la dartre sont aussi des formes de dépigmentation maladie. Il y a également l’albinisme qui est l’absence de pigment qui se positionne comme une forme fréquente de dépigmentation maladie.

Ouest Info : Quelles sont les conséquences de la dépigmentation ?

Dr Auguste Aristide Yaméogo : Les conséquences de la dépigmentation sont nombreuses. Malheureusement beaucoup de gens ignorent ces conséquences. Il y a les conséquences sur la peau, les risques médicaux, la sensibilité aux rayons du soleil et les conséquences psychologiques et sociales.

En effet, la dépigmentation entraîne un amincissement et une fragilité de la peau. Il y a également les vergetures, les taches irrégulières, les acnés, un retard de cicatrisation en cas de blessure ouverte.

Sur le plan médical, la dépigmentation peut entraîner des infections cutanées, des allergies, certains cancers de la peau, des problèmes rénaux et certains troubles hormonaux comme des troubles de règles, des troubles de diabète et des problèmes de conception.

Avec l’action du soleil, la dépigmentation provoque un vieillissement prématuré de la peau. Sur les plans psychologique et social, la dépigmentation peut être la cause d’une perte confiance en soi, aggravée par le regard de la société.

Ouest Info : Est-ce qu’une personne dépigmentée peut-elle retrouver son teint initial ?

Dr Auguste Aristide Yaméogo : Tout dépend du niveau d’agressivité de la dépigmentation. Plus les produits utilisés sont agressifs, plus les conséquences sont importantes. Au stade où la dépigmentation atteint la profondeur de la peau, elle devient irréversible. Mais si vous commencez la dépigmentation et que vous arrêtez à temps, votre peau peut retrouver son teint initial.

Ouest Info : Est-ce que la dépigmentation peut-elle avoir des conséquences sur une grossesse ?

Dr Auguste Aristide Yaméogo : Certains produits dépigmentant peuvent avoir des répercussions directes sur la grossesse notamment des risques fœtaux, sur le développement de l’enfant et des conséquences surtout neurologiques sur le bébé. Spécifiquement sur le bébé, la dépigmentation peut entraîner un retard de croissance. L’enfant peut être né avec un retard mental ou une malformation.

Ouest Info : Y a-t-il des complications liées à la dépigmentation lors d’accouchement ?

Dr Auguste Aristide Yaméogo : Oui il y a un risque indirect. Lors de l’accouchement, il y a un risque de déchirement lié à la fragilité de la peau avec un retard de cicatrisation. L’enfant peut naître avec un retard de croissance, un faible poids de naissance préjudiciable au développement de l’enfant.

Ouest Info : En dehors des adultes, est-ce qu’il y a des cas où des enfants sont dépigmentés ?

Dr Auguste Aristide Yaméogo : Il faut noter que la dépigmentation des nouveaux nés est un fléau de plus en plus à la mode. Cette forme de dépigmentation est préjudiciable à l’enfant à long terme. Elle est pratiquée soit avant l’accouchement ou après l’accouchement. Les conséquences sont identiques à celles liées à la dépigmentation durant la grossesse. Du bas âge de l’enfant, les conséquences sont moins perceptibles. Mais avec le temps, l’enfant subira toutes les répercussions comme le retard mental, des problèmes de conception.  Tout comme la dépigmentation de façon générale, la dépigmentation des enfants est irréversible si les produits utilisés sont agressifs.

 Ouest Info : En tant que spécialiste de la peau, est-ce que vous recevez des gens qui viennent vous consulter pour des conséquences de la dépigmentation ?

 Dr Auguste Aristide Yaméogo : Tous les jours y’a des gens qui viennent nous consulter pour des questions de dépigmentation. Nous essayons de les conscientiser sur les conséquences possibles de telles pratiques. Il y a des gens qui pleurent dans nos bureaux lorsqu’on leur dit que leurs cas sont devenus irréversibles. Certaines femmes viennent discrètement nous consulter pour des conséquences de la dépigmentation sur leurs bébés.

‎Ouest Info : En tant que dermatologue, quels conseils avez-vous à donner à ceux qui sont tentés par la dépigmentation ?

Dr Auguste Aristide Yaméogo : Chacun doit aimer son teint tel que la nature l’a voulu. Se dire que tel qu’on est, on a une belle peau.  Ce dont la peau a besoin, c’est de soins et d’entretien et non de la dépigmentation. Quand on s’adonne à la dépigmentation, dans l’immédiat, elle répond à l’éclat recherché. Mais à long terme, elle réserve toujours des conséquences fâcheuses. En plus de la sensibilisation, nous pensons aussi qu’une répression de la vente des produits illicites pourrait réduire le fléau.

‎Serge Palm &Jean Baptiste Ye (Stagiaires) Ouest Info

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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