Le tradipraticien est une personne reconnue par la collectivité capable de diagnostiquer et de soigner des maladies à base de plantes et de feuilles médicinales. A Bobo-Dioulasso, Moussa Sanou dit « Moussa flatigui » ou « Moussa le pédiatre » fait la fierté des habitants de cette ville. Au marché de « flalogo » (marché de médicament traditionnel) ou marché de feuilles médicinales, situé au quartier Diarradougou ; il a bâti une entreprise autour de la médecine traditionnelle. C’est un acteur de santé publique reconnu au-delà de Bobo-Dioulasso. Il soigne hommes, femmes et enfants. Moussa flatigui a un remède pour tout souffrant et c’est ce qui fait sa renommée. Mais il est surtout doué dans le traitement des maladies infantiles. Il prévient aussi les maladies des enfants. Cette activité constitue une source de revenus pour le tradipraticien et bien d’autres acteurs.
Il est 7h00 ce lundi 05 septembre 2022 lorsqu’une équipe de Ouest Info arrive à « flalogo » à Diarradougou, lieu de consultation et de soins de Moussa « flatigui ». A l’entrée du marché, de gauche à droite, il y a des hangars de vente de feuilles, d’écorces et de racines.
A cette heure déjà, il y a une longue file d’attente de malades venus pour consulter et se soigner chez « Moussa flatigui ». Yacouba Sanou, petit-fils de « Moussa flatigui » est le premier à arriver sur le site. Il met en place on dispositif et commence les consultations.
En effet, chaque consultation débute par une série de questions pour diagnostiquer la maladie du patient. Les patients adultes expliquent leurs maux tandis que les enfants se font aider par leurs parents.
Le nom ou la description de la maladie suffit au jeune tradipraticien pour savoir quel traitement donner aux patients. La première patiente est une femme, venue soigner son enfant malade du paludisme. Pour remédier au mal, Yacouba a mis dans un canari des feuilles, des écorces, des racines.

Ce traitement est à boire et à se laver matin et soir pendant dix (10) jours. « Je suis venu avec mon enfant pour une consultation et ce n’est pas ma première fois. J’avais l’habitude de l’amener à l’hôpital mais le mal persistait. C’est en ce moment que j’ai entendu parler des compétences de « Moussa flatigui » et effectivement il a pu soigner mon enfant. Depuis lors je viens chez lui, que mon enfant soit malade ou pas », témoigne Adjaratou Bayilou.
« Moussa flatigui » a réussi à établir une relation de confiance avec ses clients malades ou bien portant qui viennent se faire consulter. Les patients préfèrent les médicaments de Moussa qu’aller à l’hôpital car selon eux ses médicaments sont plus efficaces. « Mon enfant faisait fréquemment la diarrhée. J’ai été à maintes reprises à l’hôpital et je n’ai pas trouvé de solution. Mais une fois chez « Moussa flatigui » il a retrouvé la santé. Depuis lors, il est devenu le médecin de mon enfant. Je suis même épaté de sa capacité à connaitre le nom de chaque plante et de pouvoir les associer » a confié Kpimeyang Méda.
Le savoir de Moussa, un héritage ancestral
Moussa Sanou traite plusieurs types de maladies notamment le paludisme, le diabète, les hémorroïdes, l’ulcère. Si cet érudit de la médecine traditionnelle a su bâtir son empire dans ce domaine, c’est grâce à sa fine connaissance des maladies infantiles. Les maladies infantiles n’ont plus de secret pour lui. C’est ce qui lui a valu le nom de ‘’Moussa le pédiatre’’.
Ainsi il traite la diarrhée, la dentition, la malnutrition, l’anémie et bien d’autres. « Nous soignons tout type de maladies infantiles. Mais quand nous ne savons pas de quoi souffre un enfant, nous le dirigeons vers les services de santé moderne pour savoir de quoi il souffre. Nous travaillons en collaboration avec la médecine moderne » fait savoir Yacouba Sanou.
Plus qu’un tradipraticien « Moussa flatigui » est un enseignant et a su transmettre son savoir et son savoir-faire à ses fils et petits-fils. Pour Yacouba Sanou, petit-fils de « Moussa flatigui », la médecine traditionnelle se transmet dans la famille Sanou de génération en génération et ce, depuis plusieurs décennies.
C’est en ayant bien enseigné sa descendance qu’il leur a laissé la place de Diarradougou et s’est retrouvé aujourd’hui à Kôkô un quartier de Bobo-Dioulasso. Moussa et ses petits-fils sont au travail chaque jour sauf les dimanches soir.
La médecine traditionnelle nourrit son homme
La médecine traditionnelle est une activité génératrice de revenus pour le tradipraticien et pour les autres activités liés à cela. En effet « Moussa flatigui » peut traiter par jour 120 à 140 patients. Avec ce nombre élevé de patients, il est obligé de distribuer des tickets pour pouvoir mieux gérer l’ordre d’arrivée.

L’activité de Moussa est également un profit pour les vendeuses de feuilles et de canaris d’à côté. « Lorsque je suis absente le tradipraticien n’arrive pas à bien faire son travail. Il refuse de mettre les médicaments dans des sachets donc les patients sont obligés d’acheter mes canaris », a déclaré Korotimi Traoré, une vendeuse de canaris à proximité du lieu de consultation de Moussa.
« Moussa flatigui » a son bosquet pour les espèces végétales en voie de disparition
Les plantes surtout les espèces rares sont les plus utilisés dans la médecine traditionnelle. En effet « Moussa flatigui » a compris qu’il faut protéger et planter les arbres surtout les espèces pour éviter leurs disparitions.
C’est en cela que le tradipraticien en collaboration avec les services des eaux et forêts a décidé de créer un bosquet pour la protection de l’environnement et des espèces en voie de disparition.
Yacouba Sanou lance ainsi un appel à tous les tradipraticiens à planter des arbres pour la sauvegarde de l’environnement et la continuité de leur métier.
En attendant, la file d’attente chez « Moussa flatigui » ne fait que s’allonger. Et Yacouba Sanou et ses frères sont à la tâche pour satisfaire tous les patients du jour.
Aminata Djamila Yé & Léila Korotimi Koté/stagiaires




