La sexualité, c’est un sujet apparemment tabou mais récurrent dans les échanges entre jeunes. Dans les ‘’grins’’ de causerie, les discussions portent parfois sur les performances sexuelles. Chacun cherche à savoir qui est le plus « endurant ». Celui qui est présenté comme le plus performant est souvent glorifié par ses pairs. Pour certains, cette quête de performance conduit à la consommation de produits dits aphrodisiaques. Face à cette pratique qui semble prendre de l’ampleur, Ouest Info s’est entretenu, dans la matinée du vendredi 25 septembre 2026, avec le Dr Abdoul-Karim Paré, urologue-andrologue au Centre Hospitalier Universitaire de Pala (CHU-Pala) à Bobo-Dioulasso. Dans cet entretien, le spécialiste revient sur les différents types de produits aphrodisiaques, leurs effets sur la santé et les facteurs qui peuvent pousser certains jeunes à les consommer. Lizez !
Ouest Info : Aujourd’hui, la consommation de produits aphrodisiaques est un secret de polichinelle. Quelles peuvent être les conséquences de la consommation de ces produits sur la santé ?
Dr Abdoul-Karim Paré : C’est un problème important qui commence à prendre de l’ampleur. On constate effectivement une consommation de produits dits aphrodisiaques notamment chez les jeunes, même si les adultes en prennent également.
Il faut noter d’abord, qu’il existe plusieurs types de produits aphrodisiaques. Certains sont d’origine naturelle. Classiquement, les gens utilisent des dérivés du gingembre ou encore le petit cola. Il y a aussi des stimulants notamment le sildénafil (genre Viagra), ainsi que certaines substances dites de préparations. Ces produits contiennent des substances qui peuvent booster l’endurance. Il y a également les boissons énergisantes.
De façon générale, les produits aphrodisiaques peuvent avoir des effets sur la santé. Lorsqu’on cherche à accélérer les performances, on peut aussi accélérer le rythme cardiaque. Cela peut provoquer des palpitations, des céphalées ou encore une chute de la tension . Dans certains cas, cela peut même conduire à un arrêt cardiaque.
À l’hôpital, nous évitons de prescrire certaines de ces substances aux personnes qui présentent des problèmes cardiaques. Il existe également un risque de dépendance. Lorsqu’une personne commence à en prendre régulièrement, cela peut devenir une dépendance psychologique.
Ouest Info : Concrètement, c’est quoi un aphrodisiaque ?
Dr Abdoul-Karim Paré : Il faut rappeler qu’un aphrodisiaque est, en principe, une substance prise dans le but d’augmenter le désir ou les performances sexuelles, notamment l’endurance sexuelle.
Ouest Info : Vous évoquez les conséquences des produits aphrodisiaques sur la santé. Mais quels peuvent être les effets sur la santé sexuelle du consommateur, puisqu’il prend ces produits pour améliorer son endurance sexuelle ?
Dr Abdoul-Karim Paré : Très souvent, il y a une angoisse qui touche particulièrement les jeunes. Cela est notamment lié aux réseaux sociaux, où l’homme présenté comme viril et performant est glorifié. C’est ce stress qui pousse beaucoup de jeunes à consommer des produits aphrodisiaques. On peut également noter le phénomène de dépendance. À force d’en prendre, il peut arriver qu’à un moment donné, ces produits ne produisent plus les mêmes effets.
Lorsqu’on consomme des substances dont on ne connaît ni la composition ni le dosage, on peut être confronté à des problèmes rénaux ou cardiaques.
En principe, un jeune n’a pas besoin de prendre des produits aphrodisiaques pour booster son endurance. L’acte sexuel n’est pas une compétition. C’est avant tout un plaisir qui doit se vivre dans les limites de la norme.
Ouest Info : Quelles sont alors les causes du dysfonctionnement érectile chez les jeunes ?
Dr Abdoul-Karim Paré : C’est une vue de l’esprit. Il y a une certaine angoisse chez les jeunes, notamment parce qu’ils se retrouvent dans des groupes où ils discutent fréquemment de sexualité. Dans ces discussions, c’est souvent l’homme considéré comme viril et performant qui est glorifié. Certains jeunes disent à leurs camarades qu’ils sont virils et performants. Souvent, c’est un faux message. Cela pousse les autres à vouloir leur ressembler, parce qu’eux aussi veulent vanter leurs performances.
C’est donc l’influence des pairs qui amène certains jeunes à consommer ces produits. Il y a également la pression de la société et celle des réseaux sociaux. Au fond, il s’agit souvent d’une sous-estimation de soi. Lorsqu’on manque d’estime de soi, on a tendance à vouloir ressembler aux autres. En dehors des jeunes qui présentent des problèmes organiques, un jeune qui fait du sport et qui a une bonne alimentation n’a pas besoin de prendre ces produits pour avoir une bonne érection.
Ouest Info : Les gens d’avant seraient plus performants sexuellement. Pourquoi les jeunes d’aujourd’hui sembleraient-ils davantage confrontés à ces difficultés, au point de recourir aux produits dits aphrodisiaques ?
Dr Abdoul-Karim Paré : C’est vrai qu’on nous dit que les gens d’avant étaient performants jusqu’à un âge avancé. Je pense que ces derniers n’étaient pas exposés au même stress et au même environnement que celui que nous connaissons aujourd’hui.
Ils avaient également une alimentation différente notamment avec des aliments que je peux dire bio comme le « soumbala ». Il n’y avait pas autant de bouillons, d’épices et d’autres produits que nous consommons aujourd’hui. Il est donc possible qu’une alimentation mal contrôlée ou mal équilibrée puisse contribuer à certains problèmes sexuelles.
Ouest Info : Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir un jeune de moins de 20 ans consommer des produits aphrodisiaques. Doit-on s’en inquiéter ?
Dr Abdoul-Karim Paré : Bien sûr ! Lorsqu’un jeune de moins de 20 ans prend des substances pour augmenter son endurance sexuelle, il faut vraiment s’en inquiéter. Je pense que c’est aussi, dans une certaine mesure, un échec de la société. À cet âge, l’activité principale d’un jeune ne devrait pas être la recherche de performances sexuelles. Il devrait avoir d’autres objectifs. Certains ne sont même pas encore en couple. Lorsqu’un jeune qui n’a pas de travail et qui n’est pas en couple s’adonne à cela, c’est un échec aussi bien familial que sociétal.
Il faut également comprendre que si vous avez une bonne santé sexuelle, même sans avoir de rapports sexuels, vous devez normalement avoir une érection au réveil. Si vous n’en avez pas, vous pouvez consulter un spécialiste.
Ouest Info : Donc, avoir une érection au réveil peut-il être considéré comme un signe de bonne santé sexuelle ?
Dr Abdoul-Karim Paré : Oui, très souvent. Nous disons que le bon fonctionnement du cœur, peut donner des informations sur le sexe de l’homme. Ce n’est pas le seul élément, mais c’est un témoin.
Ouest Info : Recevez-vous des jeunes qui rencontrent ce type de problème ?
Dr Aboul-Rarim Paré : Oui, nous recevons des jeunes. Nous avons d’ailleurs réalisé une enquete dans une de nos universités sur l’utilisation des aphrodisiaques et les performances sexuelles. Nous avons interrogé 371 personnes en ligne. Parmi elles, 85 ont déclaré en consommer ou avoir déjà consommé.
Nous recevons cependant davantage d’adultes que de jeunes. Pour les adultes, cela peut davantage se comprendre.
Ouest Info : Vous avez dit d’emblée que les rapports sexuels ne sont pas une compétition. Combien de temps dure un rapport sexuel normal selon la science ?
Dr Abdoul-Karim Paré : Il n’y a pas de durée standard pour un rapport sexuel. C’est pour cela que nous définissons les rapports sexuels comme l’ensemble des activités permettant d’avoir une érection et de parvenir à satisfaire sa partenaire ou son partenaire.
Lorsque les deux partenaires sont satisfaits, il n’y a plus vraiment de question de durée. Un rapport sexuel peut durer deux minutes, cinq minutes, dix minutes ou plus. Au bout du compte, c’est la satisfaction qui compte.
En moyenne, un rapport sexuel dure entre trois à cinq minutes, de la pénétration jusqu’à l’éjaculation. Mais il ne faut pas dire que celui qui éjacule en une minute a forcément un problème. S’il est satisfait et que sa partenaire l’est également, il n’y a pas nécessairement de problème.
En revanche, si vous éjaculez en 30 secondes, cela peut constituer un problème. Cela peut être lié au stress ou au fait d’être débutant.
Ouest Info : À quel moment faut-il alors consulter un spécialiste ?
Dr Aboul-KarimParé : Dès que vous n’êtes pas satisfait, il faut consulter un spécialiste. C’est la personne la mieux indiquée pour vous rassurer.
Il y a des personnes qui peuvent avoir des rapports sexuels de 10 à 15 minutes sans éjaculer. C’est le spécialiste qui peut déterminer s’il y a réellement un problème ou non et rassurer le patient.
Ouest Info : Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes qui consomment régulièrement des produits aphrodisiaques, parfois sans connaître leur composition ni leurs effets secondaires ?
Dr Aboul-Karim Paré : Il faut arrêter pendant qu’il est encore temps. Évitez de vous laisser influencer par les réseaux sociaux ou par vos pairs ! Vous êtes naturellement performants. Vous n’avez pas besoin de substance. Prendre des substances pour stimuler sa sexualité n’est pas la solution, au regard des risques auxquels vous vous exposez.
Ouest Info : Merci Docteur de nous avoir partager votre expertise sur la consommation des produits dits aphrodisiaques. Votre témoignage contribuera sans doute à sensibiliser les consommateurs sur les risques liés à leur consommation.
Interview Réalisée par Ali Djibey ( stagiaire) / Ouest Info




