Dans les années 1980, porter des Sebago ne passait pas inaperçu. Bien cirée, soigneusement entretenue et assortie à une tenue élégante, cette chaussure attirait les regards. Pour ceux qui pouvaient s’offrir une paire, elle était bien plus qu’une simple chaussure. Elle symbolisait le style, la fierté et une certaine aisance financière. Plusieurs décennies plus tard, des anciens continuent de lui rester fidèles, malgré l’évolution des modes et la concurrence de nouvelles marques de chaussures. À la rencontre de quelques-uns d’entre eux à Bobo-Dioulasso, entre souvenirs et nostalgie d’une chaussure qui a marqué toute une génération.
« Kaméléba ! » C’est ainsi qu’on appelait ceux qui portaient une paire de chaussures Sebago dans les années 1980. Pour être élégant, frimer et charmer, il fallait porter des Sebago. Aujourd’hui, l’évocation de cette chaussure fait remonter des souvenirs chez ceux qui l’ont connue à cette époque.
Le Sebago avait cette réputation qui faisait la différence. Son allure, la qualité de son cuir et son prix en faisaient un article convoité. Mais malheureusement, tout le monde ne pouvait pas s’offrir une paire à cette époque.
Ceux qui y parvenaient en prenaient soin, la cirant régulièrement pour préserver son éclat. Dans les rues, les lieux de rencontre, les écoles et les universités, elle ne passait pas inaperçue. La porter, c’était aussi afficher un certain statut.
Le temps a cependant fait son œuvre. Les tendances vestimentaires ont changé et de nouveaux modèles de chaussures ont envahi le marché. Ainsi, le Sebago a progressivement perdu de sa superbe. Mais pour ceux qui l’ont porté durant leur jeunesse, dans les années 1980, son nom reste associé à une période particulière de leur vie. Pour eux, le Sebago, c’est une identité, une époque et toute une histoire.
Une chaussure au cœur des souvenirs de jeunesse
Mountamou Kani, directeur de publication de L’Express du Faso, se souvient encore de l’acquisition de sa première paire. Entre 1980 et 1987, il parvient à s’offrir des chaussures Sebago grâce à sa bourse. Cet achat reste gravé dans sa mémoire, tant il représentait quelque chose à ses yeux.

« J’ai obtenu ma première paire de Sebago après l’obtention de ma bourse. Quand tu ne les avais pas, c’est comme si tu n’étais pas vraiment à la mode. Quand je les portais, tout le monde regardait », raconte-t-il avec fierté, comme s’il avait franchi, à l’époque, une grande étape de sa jeunesse.
Pour lui, parler de Sebago, c’est aussi se replonger dans ses années de lycée, où ceux qui possédaient cette marque de chaussures étaient admirés par leurs camarades. « La chaussure me rappelle une époque où l’apparence occupait une place importante et où posséder des Sebago permettait de se distinguer », confie-t-il.

Émile Koubano partage cette nostalgie. Lui aussi a été marqué par cette chaussure qu’il considère comme incontournable à l’époque. Il évoque encore la qualité des modèles d’origine, qui se démarquaient, selon lui, des imitations disponibles sur le marché. « Rien que d’entendre le nom Sebago, on sait tout de suite qu’on a traversé toute une belle époque », confie-t-il.
Pour s’en procurer, il explique avoir économisé de l’argent. Dès qu’il en a eu les moyens, il s’est offert une paire. Il en a ensuite acheté de différentes couleurs, notamment en bleu et en gris. Selon lui, les prix variaient entre 20 000 et 60 000 FCFA, en fonction des modèles.
Cet investissement ne lui semblait pas excessif au regard de la qualité et de l’image associées à la chaussure. À ses yeux, porter des Sebago témoignait aussi d’un certain niveau de vie. « Il fallait avoir les moyens de se les offrir, mais aussi de soigner son apparence », témoigne Émile Koubano.
Adama Zerbo garde, lui aussi, le souvenir de ces années. Il affirme avoir déboursé jusqu’à 60 000 FCFA pour une paire. « On ne regardait pas le prix. Chacun voulait être à la mode et, pour être à la mode en ce moment, il fallait parler de la chaussure Sebago », se souvient-il.
Les anciens, principaux clients des vendeurs de Sebago aujourd’hui
Au marché central de Bobo-Dioulasso, Abdoul Salam Kindo continue de vendre des Sebago. Au fil des années, il a vu évoluer les habitudes d’achat, sans pour autant voir disparaître l’attachement des anciens à cette chaussure.

Selon lui, les clients les plus fidèles sont ceux qui la portaient déjà dans leur jeunesse. Il confie que certains possèdent encore plusieurs paires de couleurs différentes et n’hésitent pas à en acheter une nouvelle lorsque l’ancienne s’use. « Ils l’ont portée pendant leur jeunesse et continuent de la porter aujourd’hui. Certains en possèdent trois ou quatre paires de couleurs différentes. Dès qu’une paire s’use avec le temps, ils reviennent immédiatement en chercher une autre. Pour eux, c’est le Sebago et rien d’autre », explique le vendeur.
La qualité et les prix ont toutefois évolué. Autrefois, les paires se vendaient, précise-t-il, entre 30 000 et 60 000 FCFA. Aujourd’hui, selon Abdoul Salam Kindo, la qualité a quelque peu diminué et les prix ont baissé. Une paire en cuir se négocie désormais entre 15 000 et 20 000 FCFA.
Hama Kindo, également vendeur de chaussures au marché central de Bobo-Dioulasso, fait le même constat. Les personnes âgées constituent l’essentiel de sa clientèle pour ce modèle. Elles apprécient notamment sa résistance, tandis que les jeunes s’y intéressent moins. « Avant, je pouvais vendre 40 cartons en un mois. Mais aujourd’hui, les stocks mettent beaucoup plus de temps à s’écouler. Ce qui se vendait autrefois en une ou deux semaines peut désormais prendre deux à trois mois », indique-t-il, soulignant ainsi la baisse de la demande.

Dans les années 1980, le Sebago était une marque de chaussures prisée. Aujourd’hui, avec l’arrivée de nouvelles générations et l’évolution des tendances, elle semble avoir perdu de son attrait auprès des jeunes. Pourtant, pour Mountamou Kani, Émile Koubano, Adama Zerbo et bien d’autres anciens, elle reste liée à des souvenirs de jeunesse, aux efforts consentis pour s’offrir une paire et à une époque où cette chaussure faisait la différence.
Les modes ont changé, les prix aussi, mais le nom Sebago continue de faire revivre, chez ceux qui l’ont portée, une période qu’ils n’ont pas oubliée.
Ali Djibey et Charlène Bargo (stagiaires)/ Ouest Info




