À Bobo-Dioulasso, ils sont nombreux ces jeunes qui vont des borne-fontaine vers des ménages avec des barriques pleines d’eau. Ils assurent la livraison d’eau potable aux ménages qui ne disposent pas de branchement d’eau potable à domicile. Entre longues distances, fatigue physique et revenus incertains, Hassan Sawadogo, Kaboré Oussama et Ousseini Diallo en ont fait un métier. A la rencontre de ces livreurs le 03 novembre 2026, récit des contours d’une activité génératrice de revenus qui se pratique à la force des bras.
Ce mardi matin, le soleil brandit à peine ses premiers rayons sur Bobo-Dioulasso. Dans les ruelles encore calmes, Hassan Sawadogo a déjà pris la route. Les mains agrippées aux poignées de son pousse-pousse, il avance avec une barrique pleine d’eau. La charge semble lourde. Il pousse, s’arrête et poursuit sa route. Sa sueur lui colle sa chemise sur le dos. Un constat qui traduit la pénibilité de la tâche qu’exerce Hassan Sawadogo. Pour lui, la journée de travail ne fait que commencer.
Depuis plus de cinq ans, Hassan exécute cette tâche à longueur de journée. C’est son gagne-pain. Chaque matin, il rejoint les points d’approvisionnement d’eau pour remplir sa barrique sur commande ou pour partir à la recherche de clients. Une routine nécessaire pour subvenir à ses besoins. « Le matin très tôt, sans manger, je pars au niveau des robinets. Je remplis mon pousse-pousse de barrique d’eau et je pars livrer à mes clients », raconte-t-il.
Au fil du temps, Hassan a réussi à fidéliser plusieurs clients. Certains attendent leurs livraisons le samedi, d’autres le dimanche. Ces deux journées sont généralement les plus favorables à son activité. « Le samedi et le dimanche, nous sommes assez sollicités. Je peux gagner entre 2 000 et 3 000 FCFA, parfois plus », indique-t-il.

Mais ces recettes dépendent du nombre de barriques écoulées. Vendue à 300 FCFA, une barrique pleine rapporte, selon lui, peu au regard de l’effort nécessaire pour la transporter. En semaine, les clients se font parfois plus rares, nous confie-t-il. « il y a des jours où on ne peut gagner plus de 2 clients», explique-t-il d’un air qui camoufle mal sa mélancolie.
Le corps mis à l’épreuve
Les livreurs d’eau aux ménages estiment faibles leurs recettes compte tenu de la pénibilité de la tâche. Une barrique pleine ne se déplace pas sans effort, surtout lorsque les clients habitent loin des points d’approvisionnement. À mesure que les trajets s’enchaînent, la fatigue s’installe.
Oussama Kaboré, lui aussi livreur d’eau en barrique, connaît bien cette réalité. Malgré les difficultés, il estime que ce métier lui permet de gagner sa vie. « Comme on le dit, c’est zéro qui n’est pas bon», lâche-t-il, convaincu qu’une activité, même peu rémunératrice, vaut mieux que l’absence de revenus.
Certains clients se montrent toutefois généreux avec les livreurs d’eau. Pour une livraison normalement facturée à 300 FCFA, confie Oussama Kaboré, il arrive que certains clients donnent des pourboires. Des gestes isolés qui, selon lui, apporte un plus aux recettes des livreurs d’eau.
Mais cette générosité de certains clients est loin de soulager la fatigue endurée. « Si tu fais un certain nombre de tours sous le soleil et que les distances sont longues, la nuit, quand tu rentres, tu as mal partout », confie Oussama.
Comme pour se résigner, ce dernier tourne en autodérision la dure réalité de son quotidien. Il compare même son activité à une forme d’exercice physique quotidien. « Nous prenons ça comme du sport. En faisant ça, on n’a pas besoin de faire du sport», plaisante-t-il.

Le parcours dans la livraison d’eau d’Ousseini Diallo est différent. Venu du Niger, il découvre l’activité de livraison d’eau en barrique grâce à des amis qui exercent déjà ce métier à Bobo-Dioulasso. Désireux de ne pas rester sans occupation, il leur demande de l’aider à trouver un pousse-pousse. C’est ainsi qu’il se lance à son tour dans cette activité.
Avec le temps, il a pu constituer sa propre clientèle. Dans une même concession, il peut approvisionner plusieurs ménages et réaliser, parfois jusqu’à 4 000 FCFA de recettes. Mais, là encore, les gains dépendent des commandes et des conditions de travail. Car avant de livrer l’eau, il faut d’abord parvenir à s’approvisionner. L’approvisionnement constitue l’un des principaux obstacles rencontrés par Ousseini. « Souvent, il n’y a pas d’eau et, parfois, il y a beaucoup de monde au point d’approvisionnement», explique-t-il.
Lorsque l’eau manque ou que l’attente se prolonge aux borne-fontaine, il se tourne vers les châteaux d’eau des particuliers qui desservent parfois gracieusement l’eau dans les quartiers. Mais ces lieux aussi sont, dit-il, souvent bondés de monde. Ce qui peut compliquer le remplissage des barriques et retarder le début des livraisons.
D’un vendeur à l’autre, les parcours diffèrent, mais les réalités se ressemblent. Hassan Sawadogo, Oussama Kaboré et Ousseini Diallo doivent composer avec la fatigue, les difficultés d’approvisionnement et l’incertitude des revenus. Leur activité repose sur un effort physique quotidien dont les retombées financières dépendent largement du nombre de clients servis.

À Bobo-Dioulasso, toutes les concessions ne disposent pas de branchement d’eau potable. Pour certains ménages, les livreurs d’eau constituent une solution pour se procurer de l’eau destinée notamment à la lessive et à d’autres usages domestiques. C’est le cas de Djeneba Dembélé, habitante du quartier Yéguéré. Selon elle, l’eau destinée à sa lessive et à la vaisselle lui est livrée par des livreurs. « Je travaille tous les jours. Je n’ai pas le temps d’aller faire de longues heures au château. Donc, c’est le livreur qui m’apporte de l’eau tous les samedis et dimanches. En contrepartie, je lui paie 300 F CFA pour chaque barrique livrée. En plus de moi, c’est lui qui approvisionne toutes mes voisines en eau», explique Djenaba Dembélé.
Hassan, Oussama, et Ousseini ne sont qu’un échantillon de jeunes bobolais qui exercent ce métier à longueur de journée pour subvenir à leur besoin. Ainsi, il contribue à leur manière à l’économie locale et contribue à leur manière à la concrétisation de l’Objectif de Développement Durable n°6 (ODD6) qui vise l’accès à tous à l’eau potable à l’horizon 2030.
Ali Djibey (Stagiaire) / Ouest Info




