À Bobo-Dioulasso, la vente de jus dans des bidons en plastique constitue une activité génératrice de revenus pour de nombreuses femmes. Pour les besoins de leur commerce, certaines collectent, tandis que d’autres achètent des contenants vides d’eau minérale ou de boissons industrielles. Si plusieurs vendeuses veillent à se procurer des bidons propres, d’autres acceptent, sans véritable contrôle, tout contenant plastique qui leur tombe entre les mains, quelle qu’en soit la provenance. C’est ainsi que des bidons récupérés dans les poubelles ou dans des lieux à l’hygiène douteuse se retrouvent dans le circuit de vente des jus. Le 31 juillet 2026, Ouest Info est allé à la rencontre des acteurs de cette filière à Bobo-Dioulasso. Récit d’une immersion dans le business des bidons plastiques destinés à la vente de jus.
Odeurs nauséabondes, fumée et déchets de toutes sortes : telle est la réalité de certains grands dépotoirs de Bobo-Dioulasso, notamment celui de Belleville. C’est parfois de ces lieux insalubres que proviennent des bidons plastiques utilisés pour le conditionnement de jus traditionnellement fabriqués.
Si certaines vendeuses de jus utilisent ces contenants par ignorance, d’autres le feraient en connaissance de cause, malgré les risques potentiels pour la santé des consommateurs.
Les femmes qui collectent des bidons dans les dépotoirs comptent parmi les principales fournisseuses de certaines vendeuses de jus. Au dépotoir de Belleville, elles récupèrent les contenants jugés encore utilisables, les lavent et les désinfectent avant de les revendre. Interrogées sur cette activité, plusieurs d’entre elles se sont toutefois montrées discrètes.

« Certaines vendeuses de jus viennent directement au dépotoir pour choisir les bidons. Les collectrices trient ceux qui peuvent encore être utilisés, les lavent et les désinfectent avant de les vendre. Les autres bidons, devenus inutilisables, nous les achetons pour les revendre aux unités de recyclage », explique Aboubacar Diarra, acheteur de bidons plastiques usagés auprès des collectrices de Belleville.
« Je n’utilise pas n’importe quel bidon »
Du côté des vendeuses de jus, la question de l’hygiène semble être prise au sérieux, du moins par certaines d’entre elles.Aïcha Guira, vendeuse de jus, affirme acheter ses bidons auprès de personnes qui les lui proposent dans la rue. Elle assure procéder à un nettoyage minutieux avant toute utilisation.« Je n’utilise pas n’importe quel bidon. Je n’achète que des bidons en bon état que je lave soigneusement avant de les utiliser. Je prends toutes les précautions nécessaires, car ces bidons peuvent provenir d’endroits insoupçonnés », explique-t-elle. Toutes les vendeuses ne cherchent cependant pas à connaître l’origine des contenants qu’elles achètent.
Oula Ouattara, également vendeuse de jus, reconnaît qu’elle se procure des bidons auprès de femmes et d’enfants sans leur demander leur provenance. « J’achète des bidons, mais je prends le temps de bien les laver. Je n’ai jamais demandé à mes fournisseurs d’où ils venaient. Une fois, un jeune m’a confié qu’il les ramassait souvent dans les rues », raconte-t-elle.
Entre récupération, lavage, revente et réutilisation, le parcours des bidons plastiques destinés au conditionnement de jus reste souvent difficile à retracer. Pourtant, dans les rues de Bobo-Dioulasso, ces contenants continuent de circuler chaque jour, remplis de jus et proposés à la consommation.
Ali Djibey/Ouest Info




