spot_img
spot_img
spot_img

Burkina Faso : « Sans accompagnement, l’interdiction des sachets plastiques aura de lourdes conséquences » (Latif Zallé)

Le Collectif des Acteurs du Sachet Plastique des Hauts-Bassins est une organisation qui œuvre à réduire la pollution plastique. Ce collectif regroupe les acteurs clés de la filière plastique de la région à savoir les producteurs, les importateurs, les transformateurs et les vendeurs. Leur objectif est de trouver des solutions durables à la pollution des sachets plastiques. Face à la loi 045-2024/ALT du 30/12/2024 interdisant l’utilisation du sachet plastique au Burkina Faso, le secrétaire général du collectif, Latif Zallé donne son avis sur la mesure dans une interview accordée à Ouest Info dans la journée du lundi 15 septembre 2025. Lisez !

Ouest Info : En tant que professionnels des sachets plastiques, quelle appréciation faites-vous de la mesure d’interdiction d’utilisation ?

Latif Zallé : D’abord, nous tenons à reconnaître les efforts du gouvernement dans sa volonté de protéger l’environnement. C’est une ambition noble que nous partageons. Cependant, il est important de rappeler que la loi 045-2024/ALT du 30/12/2024 n’est pas une simple loi d’interdiction des sachets plastiques. Elle est une loi de réglementation du secteur. Cela change beaucoup de choses : l’objectif n’est pas de tout interdire mais d’organiser et de rendre la filière plus responsable.

Or, un problème majeur demeure : les décrets d’application de cette loi ne sont toujours pas disponibles, alors que le délai de 6 mois accordé aux acteurs pour se conformer est arrivé à échéance. Cette situation plonge les entreprises et les travailleurs dans une véritable insécurité juridique et économique : nos activités sont suspendues mais nous devons pourtant continuer à payer loyers, factures d’eau et d’électricité, salaires de milliers d’ouvriers, sans oublier le remboursement des prêts bancaires contractés par les industriels. Nous demandons donc instamment à l’Etat d’adopter ces décrets, afin que la loi puisse être mise en œuvre dans la clarté et la justice.

Nous, acteurs du sachet plastique, avons accepté de travailler avec des matières premières vierges recyclables, et nous sommes prêts à accompagner l’État par des propositions constructives. Notre position est claire : nous voulons que la loi marche au Burkina, là où des pays voisins ont échoué à l’appliquer.

Ouest Info : Combien de personnes sont concernées par cette activité à Bobo-Dioulasso et au niveau national ?

Latif Zallé : À Bobo-Dioulasso seulement, ce sont des milliers d’acteurs directs ; producteurs, détaillants, collecteurs et plusieurs milliers de personnes indirectement concernées. Au niveau national, l’estimation se chiffre à près d’un million de personnes qui vivent, de près ou de loin, de cette filière. On a parmi ces acteurs des vendeuses de marché, des collecteurs de déchets, des importateurs, des distributeurs. C’est donc une chaîne économique entière, avec des familles entières qui dépendent de cette activité.

Ouest Info : Quelles peuvent être les conséquences d’une telle mesure sur la vie économique des acteurs que vous êtes ?

Latif Zallé : Les conséquences sont lourdes si rien n’est fait pour accompagner le secteur. Cela signifie la perte de revenus pour des milliers de familles ; une fragilisation du tissu économique local et national, et même un risque social si ces acteurs sont laissés sans alternatives. Mais nous voulons insister pour dire que nous ne sommes pas opposés à la loi. Nous disons simplement qu’il faut des mesures d’accompagnement réalistes.

Ouest Info : Qu’envisagez-vous comme alternative à cette mesure pour amoindrir les effets de la mesure d’interdiction du sachet plastique sur l’économie locale et nationale ?

Latif Zallé : Nous proposons de favoriser l’utilisation de matières plastiques vierges recyclables, respectueuses de l’environnement. Nous souhaitons aussi la mise en place d’unités locales de recyclage avec des machines adaptées, afin que les déchets des sachets plastiques utilisés deviennent une ressource. A notre avis, le gouvernement peut aussi soutenir la sensibilisation des populations à l’usage responsable et au tri sélectif des déchets. Comme autre mesure, on peut encourager la transformation locale des déchets plastiques en produits utilitaires (pavés, mobiliers, matériaux de construction). Ce sont des alternatives qui, à notre sens, peuvent permettre de protéger l’environnement tout en préservant des emplois et en créant de la richesse.

Ouest Info : Quel plaidoyer faites-vous pour une reconversion des acteurs de ce secteur désormais interdit ?

Latif Zallé : Nous, acteurs du sachet plastique, avons toujours montré notre volonté d’aider le gouvernement à réussir cette réforme. Nous ne voulons pas être en marge, mais plutôt des partenaires. La reconversion est une alternative mais une reconversion ne peut pas se faire sans mesures concrètes notamment la formation, le financement et l’accompagnement en équipements. Avec un appui adapté, les acteurs peuvent se tourner vers le recyclage, la valorisation ou d’autres activités économiques viables. En somme, notre plaidoyer est que l’État ne voit pas en nous des adversaires, mais des alliés pour faire du Burkina Faso un exemple réussi dans la gestion responsable des sachets plastiques.

Aïchata Ouattara (stagiaire)/ Ouest Info

La rédaction
La rédaction
Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Captcha verification failed!
Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!

spot_img

Autres Articles

LONAB : Il mise 16 800 FCFA et décroche plus de 63 000 000 FCFA

La Loterie Nationale Burkinabè (LONAB), à travers sa Direction Régionale de l’Ouest, a procédé, le vendredi 28 novembre 2025 à Houndé, à la remise...

Burkina/Province des Balé : Le monde agricole offre 29,5 tonnes de ciment à Faso Mêbo

Le monde agricole de la province des Balé a contribué à l’initiative présidentielle Faso Mêbo à hauteur de 29,5 tonnes de ciment et 50...

Cyberescroquerie: La LONAB alerte sa clientèle sur une usurpation de son nom

La LONAB alerte sa clientèle sur une fausse publicité intitulée « Casino LONAB » diffusée en ligne par des arnaqueurs.Elle précise que ses seuls...

Autres Articles