Autrefois incontournable dans le quotidien des populations, le vélo servait aussi bien aux déplacements scolaires qu’aux trajets vers les champs ou d’un village à un autre. Mais avec l’essor des motos et des tricycles, les habitudes de déplacement ont progressivement évolué à Bobo-Dioulasso. Une évolution qui affecte les réparateurs de vélos, confrontés à une clientèle moins régulière. Entre nostalgie des années fastes et adaptation aux nouvelles réalités, ces artisans tentent de préserver leur activité. Le mardi 13 octobre 2026, une équipe de Ouest Info est allée à leur rencontre.
Penché sur un vélo, sous un soleil de plomb, il s’active autour de la roue, les mains noircies par le cambouis. Avec dextérité, il manipule ses outils pour démonter et remettre la bicyclette en état. À ses côtés, son enfant observe attentivement chacun de ses gestes, comme pour s’imprégner des secrets du métier.
Dans cet espace de travail, chaque mouvement compte. Lui, c’est Kieba Nouna. Depuis plus de vingt ans, il exerce ce métier qui, autrefois, lui permettait de mieux joindre les deux bouts.
Mais aujourd’hui, les affaires ne sont plus ce qu’elles étaient. « Honnêtement, avant, il y avait du travail à tout moment. Mais depuis l’arrivée des motos, la clientèle a diminué, parce que la grande majorité des gens se déplacent désormais à moto. À l’époque, le vélo était un moyen de transport très prisé. Aujourd’hui, les jeunes ne veulent plus de vélos », confie-t-il avec nostalgie.
Toutefois, l’activité connaît encore des périodes favorables, notamment à la rentrée scolaire. À cette occasion, de nombreux élèves font réviser leurs bicyclettes avant de reprendre le chemin des classes. Pour les réparateurs, cette période constitue une véritable bouffée d’oxygène. « Avec la reprise des cours, les élèves viennent assez souvent faire réparer leurs vélos. Le marché marche bien pendant la rentrée, mais il ralentit pendant les vacances. Il y a toujours des élèves qui utilisent les vélos, donc, à cette période, les affaires vont mieux », explique Kieba Nouna.
Niche Ouattara mise sur la diversification
À quelques pas de son atelier, Niche Ouattara exerce lui aussi ce métier depuis 1985. Les mains marquées par des années de travail, il a vu défiler des générations de clients et assisté à l’évolution des moyens de déplacement.

Au fil du temps, il a constaté une baisse de la fréquentation de son atelier. Pour anticiper d’éventuelles difficultés, il a appris à réparer également les motos, afin de diversifier ses sources de revenus. « Depuis 1985 jusqu’à maintenant, il y a eu un changement. Nous n’avons plus autant de clients qu’avant. À notre époque, il fallait avoir un certain statut social pour pouvoir s’offrir un vélo. Si un jour, les vélos venaient à manquer, je pourrais continuer avec la réparation des motos, puisque je sais aussi le faire », explique-t-il. Pour ce réparateur octogénaire, l’adaptation est devenue une nécessité pour continuer à vivre de son savoir-faire.
Souleymane Boulcounoré reste confiant
Tous ne semblent cependant pas vivre cette évolution de la même manière. À proximité de l’atelier de Niche Ouattara, Souleymane Boulcounoré se dit satisfait de son activité. Il a appris la réparation des vélos dès son plus jeune âge. « Je fais ce travail depuis tout petit. On peut dire que je suis né dedans », lance-t-il.
S’il reconnaît avoir rencontré des difficultés à ses débuts, notamment en raison du manque de matériel, d’outils et d’un espace de travail adapté, il estime aujourd’hui parvenir à s’en sortir.

Pour lui, l’essor des motos ne signifie pas pour autant la disparition du vélo. Au-delà des déplacements quotidiens, la bicyclette conserve une place dans les habitudes de certaines personnes, notamment pour la pratique du sport.
« Même avec l’arrivée des motos, je m’en sors. Le vélo ne peut pas disparaître, parce qu’il y a des gens qui font du sport avec, même s’ils possèdent des motos ou des véhicules. Ils viennent souvent faire réparer leurs vélos ici. Les parents d’élèves, les élèves et les étudiants viennent également », souligne-t-il.
Charles Ouattara au rythme du calendrier scolaire
Charles Ouattara, lui aussi réparateur de vélos, constate que son activité connaît des hauts et des bas au rythme du calendrier scolaire. Selon lui, la rentrée est une période favorable, marquée par une hausse de la clientèle, tandis que les vacances sont généralement plus calmes. Cette variation se répercute également sur ses horaires de travail. « Avec la rentrée, ça va, il y a plus de clients. Souvent, nous ouvrons à 8 h et nous fermons à 23 h. Mais pendant les vacances, les clients se font rares. Habituellement, nous travaillons de 8 h à 18 h, sauf les dimanches où nous fermons à 14 h », indique-t-il.

À Bobo-Dioulasso, malgré la progression des engins motorisés, les vélos continuent de circuler, même si leur présence semble moins importante qu’autrefois. Pour les réparateurs, chaque bicyclette confiée à leur atelier est une occasion de faire vivre leur métier.
Entre la nostalgie des années fastes et la nécessité de s’adapter aux nouvelles habitudes, ces artisans continuent de faire tourner clés et tournevis pour préserver leur gagne-pain.
Ali Djibey et Charlène Bargo ( stagiaires)/ Ouest Info




