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Orodara : Les mangues pourrissent dans les vergers

Dans les vergers de Orodara, les mangues pourrissent. Cette année, les clients se font rares. Les producteurs ont subi et d’autres subissent encore de grosses pertes. Ils indexent la situation sécuritaire et le mauvais état de la route nationale n°8.  Cette route communautaire qui est dans un état de dégradation avancée est la principale voie de désenclavement de la localité.  L’espoir de bons revenus déçus, les producteurs se demandent à savoir ce qu’ils doivent ou peuvent faire pour affronter la situation.

Sous un climat clément, il est 12h57mn dans la cité du verger. Un bref échange de renseignements nous donne des pistes sur des vergers où les mangues pourrissent. Mis au courant de l’objet de notre présence dans la cité, un quidam se porte volontaire pour nous guider. Direction sud de la ville. Nous voilà en train de faufiler parmi les habitations. En moins de dix minutes de parcours à motos, nous sommes dans des vergers de mangues. Sous les arbres, on aperçoit de mangues versés pêle-mêle à perte de vue. La première impression fait penser à une attaque des fruits par des parasites. Mais cette impression se dissipe très vite.

Pour assouvir la curiosité, on se permet de ramasser quelques mangues que nous scrutons attentivement. Pas avec des yeux d’expert en parasitologie mais le constat est vite fait. Rare sont les fruits sur lesquels l’on a pu constater la moindre trace de parasite. Certains des fruits qui traînent à terre commencent à pourrir. On voit aussi beaucoup de noyaux de fruits déjà pourris qui commencent à se confondre aux feuilles mortes.

Certains manguiers portent toujours des fruits. Sans les cueillir, nous nous saisissons de quelques mangues mûres à portée de main. Notre guide pensait à une cueillette pour consommer. En réalité, c’est pour voir si ces fruits mûrs sont intacts. « Le propriétaire n’est pas là mais si c’est pour manger, vous pouvez les cueillir car chez nous ici à Orodara, ce n’est pas un problème », nous dit notre interlocuteur.

Mais nous l’informons que c’est pour voir la nature des parasites qui attaquent les fruits. Il sourit et nous dit : « Tous les fruits sont bons. Juste qu’il y a une mévente de mangues cette année. Donc dans tous les vergers, les mangues pourrissent de la sorte ». On s’étonne un tout petit peu.

Barthélémy Barro, le producteur qui a perdu plus de six tonnes de mangues par mévente

Sans nous siffler un mot, il démarre et nous invite à lui suivre. A deux kilomètres environ, il freine. On est dans un autre verger où les manguiers par l’effet du vent se libèrent de leurs derniers fruits. On aperçoit un homme trapu en pleins travaux d’aménagement sur le site où ses quelques clients viennent chercher les mangues. De loin, notre guide lui lance un bonjour auquel il répond familièrement. On s’approche de l’homme habillé en débardeur et dans un pantalon coupé. Il s’enquiert de l’objet de notre visite. D’abord hésitant, on parvient à lui faire mieux comprendre les choses. Barthélémy Barro, puisque c’est son nom, s’ouvre donc à nous.

« Cette année n’a pas été une année généreuse pour les producteurs de mangues que nous sommes. Les plantes ont très bien donné mais nous n’avons pas eu de clients. Comme ça la majeure partie de nos fruits ont péri. Sur mon verger de huit hectares, je n’ai pas perdu moins de six tonnes de mangues. Ce qui est énorme comme perte pour un producteur fruitier », nous a-t-il estimé ses pertes avant de se pencher sur ce qu’il sait de la cause de cette situation.  « La principale cause de nos pertes de cette année est l’insécurité. Il y aussi le mauvais état de la route nationale n°8. La plupart de nos clients venaient chercher les mangues pour les amener vendre au Mali. Mais avec l’insécurité, ils ne sont pas venus cette année. Nos autres clients qui venaient de Bobo-Dioulasso et de Ouagadougou ne sont aussi pas venus comme les années antérieures. Quand nous appelons certains d’entre eux, ils indexent le mauvais état de la route et certains évoquent l’insécurité », explique Barthélémy Barro d’un air résigné. Pour lui, les unités locales de transformation ne peuvent pas absorber toute la production des vergers de Orodara.

Barthélémy Barro, le producteur qui a perdu plus de six tonnes de mangues par mévente

Sur la route des vergers où les mangues continuent de pourrir

Avec Barthélémy Barro et les plantations déjà visitées, on pensait être au bout de nos surprises. Mais ce dernier qui semble visiblement avoir déjà digéré son amertume d’une mauvaise campagne, nous indique des vergers où l’ampleur du péril est toujours perceptible. Nous prenons la direction Nord-ouest de la ville de Orodara. Sans trop rouler, on est sur une piste rurale bien dégagée. Notre guide nous apprend que la piste qui mène à Samorogouan, la localité dont la gendarmerie a essuyé la toute première attaque terroriste du Burkina. Dans notre parcours vers les vergers indiqués par Barthélémy Barro, on se remémore ce triste épisode intervenu le vendredi 9 octobre 2015.

A environ trois kilomètres, on commence à voir un décor semblable à celui des premiers vergers qui nous ont accueilli. Au fur et à mesure qu’on avance, on constate qu’à cet endroit, les manguiers sont encore chargés de fruits mûrs et/ou non mûrs. Pas plus loin, un véhicule charge des mangues. Ce chargement est destiné à la vente à Bobo-Dioulasso. Voulant pousser notre curiosité, le conducteur du véhicule n’en dit pas plus. De part et d’autre des mangues destinées au véhicule, des tas de mangues pourris. Ces mangues ont été cueillies mais le propriétaire n’a pas eu de preneur, nous fait savoir un jeune qui assiste au chargement des mangues sur place.

Au milieu de ces vergers, on se rend compte que chaque producteur a son expérience singulière quoiqu’ils partagent tous le même problème de mévente. A défaut de clients, certains vendent à vil prix leurs productions. Par contre d’autres préfèrent tout simplement attendre des clients qui veulent bien acheter au prix qui les arrange.  C’est la plupart de ces derniers qui voient pourrir certains tas de leurs fruits prêts à vendre.

Du jamais vu dans la production de mangues à Orodara

Sôrômandi Traoré est un producteur de mangues que nous avons trouvé au bord de son verger. Son amertume est à la hauteur des dégâts qu’il a subis. « J’ai plus de cinquante ans d’âge mais je n’ai jamais vu une année aussi catastrophique comme celle de la présente campagne. J’ai plusieurs vergers de mangues. Le plus petit en superficie est de 1,5 hectare. Avec cette petite superficie, je gagnais environ 250 000 FCFA par an. Mais cette année, ce que j’ai encaissé tourne autour de 40 000 FCFA. L’écart est très grand », déplore-il d’un ton plein d’amertume. Sôrômandi Traoré a du reste un gros souci.

Il pense déjà à comment faire face aux besoins alimentaires de sa famille en cette période de soudure. « Seul Dieu va nous venir en aide sinon on a aucune alternative. On ne s’attendait pas à une telle campagne. Or c’est avec les revenus de la vente des mangues qu’on faisait face à la période de soudure. Le pire est que cette année, les prix des céréales ont connu une hausse drastique. Si réellement, c’est l’insécurité qui est à la base de notre situation de cette année, je crains que cela ne se généralise à tous les secteurs d’activités et rendre ainsi le Burkina Faso invivable », craint Sôrômandi Traoré.

Des vergers où les mangues pourries ont pris la place des feuilles mortes sous les manguiers

Après des échanges détaillés avec Sôrômandi Traoré, Siaka Traoré nous invite à visiter son verger. Il se met devant et nous lui suivons de près. A gauche comme à droite du sentier emprunté ; mangues mures, mangues pourries et noyaux jonchent dans des vergers à perte de vue. Par endroit des femmes et des enfants sont à la cueillette. Difficilement, les ramasseurs de la cueillette arrivent à faire la différence entre les mangues nouvellement cueillies et celles tombées d’elles-mêmes des manguiers. Les feuilles mortes qui, comme dans toute plantation, doivent normalement tapisser le sol, ont cédé leurs places aux fruits tombés des arbres.  

En moins de dix minutes, nous sommes dans la plantation de mangue lippens de Siaka Traoré. Nos premiers pas dans le verger ont été accueillis par un bourdonnement assourdissant de mouches et de quelques abeilles attirées par l’odeur suave des lippens mûres qui fait penser au miel. On avance doucement et parfois sur la pointe des pieds pour ne pas foutre nos pieds dans des mangues pourries qui trainent çà et là. On visite attentivement le verger de 1,5 hectare de Siaka Traoré. Les manguiers sont chargés de mangues mûres. Au moindre souffle du vent, ce sont plusieurs mangues qui se laissent tomber. Le propriétaire du champ nous demande de faire attention pour ne pas recevoir des coups de mangues sur nos têtes. D’un côté du champ, il nous montre un gros tas de mangues bien mures couvertes de feuillage. « Voyez-vous ce gros tas de mangues, c’est un tas de 2000 FCFA. Et c’est au prix de la cliente que j’ai vendu », nous confie-t-il avec au coin des lèvres un sourire de désespoir.

Des mangues pourrissent sous les manguiers

En peu de temps, Siaka Traoré nous fait vivre l’amertume de l’infortune commune des producteurs de mangues de Orodara. D’un petit geste, il secoue un manguier. Et une dizaine de mangues tombent. « Toutes ces mangues qui peuvent tomber sans qu’on ne les cueille ne peuvent plus être vendus même si un client se présente. C’est ce que nous vivons ici cette année. Cette petite plantation me procurait en moyenne entre 225 000 FCFA et 250 000 FCFA par an. Mais cette année, je n’ai même pas encore encaissé 50 000 FCFA alors que la saison des mangues tire vers sa fin », nous fait-il savoir avant de faire une précision. « La situation de cette année, c’est du jamais vu. Mes clients venaient de Pouytenga (Ndlr : province du Kouritenga dans le Centre-est). Mais cette année, ils me disent qu’ils ne peuvent pas venir à cause de l’insécurité. Il y a un qui m’a appelé pour me dire que la zone où il partait revendre les mangues est actuellement sous le contrôle des terroristes. En plus de ce facteur, il y a le mauvais état de la principale route qui mène à Orodara. A cause de l’état de la route, des clients ont du mal à avoir des véhicules à louer pour pouvoir venir chercher les mangues », explique Siaka Traoré.

Pour ce dernier, si les choses ne changent pas avant que les mangues ne finissent, ce sera la catastrophe dans les rangs des producteurs de mangues à Orodara. « Vraiment, on ne sait pas à quel saint se vouer cette année. C’est une situation inattendue et personne d’entre nous n’était préparée à l’affronter. Certains d’entre nous n’ont pas de champs cultivables. Ils nourrissent leurs familles avec les revenus de la vente des mangues. Comment ces gens-là vont-ils se débrouiller. Il faut que les autorités trouvent une solution au problème de l’insécurité sinon les terroristes finiront par avoir raison de tous les Burkinabè soit directement ou indirectement », estime Siaka Traoré.

Dans l’attente de clients, des producteurs assistent impuissant au pourrissement des mangues dans leurs vergers. Certains refusent même de faire un tour dans leurs plantations sans client pour ne pas constater l’ampleur du péril. La situation se présente comme un casse-tête chinois pour les producteurs de mangues de Orodara. Mais en attendant ce sont les unités locales de transformation qui se frottent les mains.

Abdoulaye Tiénon/Ouest-info.net

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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