A moins de 48 heures de la fête du mouton, les commençants de bétails de la ville de Bobo-Dioulasso sont un peu soucieux. Pour cause, le marché est morose. Si certains se plaignent du manque de marché, d’autres par contre restent optimistes. Une équipe de ouest info a fait le tour de quelques commerçants de bétails à Bobo-Dioulasso ce lundi 26 juin 2023 pour toucher du doigt la réalité des coûts des béliers.
Il est 13h lorsque nous sommes arrivés devant le stade Sangoulé Lamizana de Bobo-Dioulasso. Dans une ambiance mouvementée, des groupes de vendeurs de moutons y sont installés de part et d’autre. Pendant que certains discutent avec les clients, d’autres accordent toute personne qui s’immobilisent à leur niveau.
Parmi eux, Mahamadi Traoré, un éleveur et vendeur de moutons à Bobo-Dioulasso depuis une vingtaine d’années. Pour lui, le marché de cette année est plus ou moins comparable à celui de l’année précédente. Ce dernier trouve que le marché est morose à cause des prix que les clients trouvent élever. « A un pas de la fête, le marché est lent. Mais on espère un changement d’ici le jour de la fête », Mahamadi Traoré se montre-t-il optimiste malgré la morosité du marché.

Un peu plus loin, sur le boulevard, nous rencontrons un revendeur ambulant du nom de Seydou Diakité accompagné de quelques moutons comme échantillon. Interpelé par un homme, il s’arrête devant. Le monsieur avance vers le vendeur. C’est un potentiel client. S’engage alors une discussion de marchandage sur le prix d’un mouton entre les deux hommes.
Les échanges sont longs mais ils finissent par s’accorder sur un prix. Le mouton vendu, le commerçant de mouton revient à nous. Seydou Diakité puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous fait savoir qu’il est dans la vente des moutons depuis 2010. Mais l’annonce de la Tabaski semble être très particulière car le rythme du marché n’est pas à la hauteur des attentes.
L’insécurité pointée du doigt…
Il explique cela par la rareté du bétail à cause de l’insécurité qui a affecté les zones d’élevage par excellence. Il nous fait quand même savoir que les moutons qu’il revend lui viennent de zones d’insécurité au Burkina Faso. « Le marché est lent. Des clients viennent débattre le prix mais n’arrivent pas à acheter à cause du prix. Il y a aussi l’insécurité qui fait que nous n’arrivons plus à avoir assez de mouton. C’est ce qui explique la cherté de nos bétails. Ces moutons que vous voyez viennent de Kaya, Dori et d’autres zones de ces régions. A cause du terrorisme, il y a certaines localités qui sont inaccessibles. Ce qui fait que les prix sont à la hausse », nous explique Seydou Diakité.
Mahama Konta, un homme dans la soixantaine vient d’acheter son mouton. Il ne se plaint ni du prix ni de la taille du mouton choisi. Pour lui, il n’y a pas de grande différence entre le prix du mouton actuel et celui qu’il a payé l’année dernière. « Je viens de payer ce mouton à 85 000 fcfa. A part une différence de 5000F de plus entre celui-ci et ce que j’ai payé l’année passée, ils ont la même taille. Pour moi la solution c’est d’acheter son mouton maintenant au lieu d’attendre la veille ou le jour de la fête », estime-il.

Autre lieu, même réalité….
Dans notre parcours, on est bientôt sur le pont d’Accart-ville où nous trouvons quelques vendeurs de bétail. Des clients sur leurs motos ou débarqués de leurs engins, débattent les prix des moutons avec les vendeurs. Mais beaucoup de clients repartent sans avoir rien acheté. Les prix ne mettent pas toujours d’accord clients et vendeurs. A notre bonjour, un des vendeurs répond avec un large sourire séducteur de clients. Il a d’abord pensé à des clients avant d’être mis au courant de l’objet de notre présence. Après les présentations, le vendeur Abdoul Latif Belém nous fait savoir que par rapport aux années antérieures les prix des moutons ont beaucoup augmenté.
Pour cause, les prix d’achat des moutons sont aussi devenus chers dans les zones de provenance. Cela est dû à l’état des routes et aux difficultés d’accès aux lieux d’où proviennent les moutons à cause du terrorisme. « Il n’y a pas trop le marché pour le moment mais on ne se plaint pas vu qu’il reste encore un peu de temps pour pouvoir vendre. Ceux qui se renseignent sur les prix sont plus nombreux que ceux qui achètent. A vrai dire, les prix des moutons ont beaucoup augmenté cette année et les clients aussi disent qu’ils n’ont pas d’argent pour acheter. Aussi les terroristes bloquent les routes des endroits où nous achetons le bétail pour venir revendre. Nous achetons donc chers les moutons et nous sommes obligés de revenir vendre plus chers », nous fait comprendre ce vendeur.
Sur ce même point de vente, Aboubacar Niampa vient d’acheter son mouton après avoir longuement discuté sur le prix du mouton choisi. Ce client ne cache pas son mécontentement de la cherté des prix des moutons. « Les moutons sont très chers cette année contrairement à l’année passée. En 2022, j’ai acheté un mouton de la même taille à 90.000 FCFA. Cette fois-ci, je l’ai acheté à 100.000F. je ne suis pas du tout satisfait du mouton que je viens d’acheter. Son prix est trop élevé par rapport à l’année dernière. On espère que les années à venir ça ne va pas continuer à augmenter », s’inquiète Aboubacar Niampa.

Un peu plus Loin, nous voilà devant le domicile de Moumouni Ouédraogo, commerçant au grand marché de Bobo-Dioulasso où sont attachés des moutons. Il nous fait savoir qu’il n’achète pas de moutons pendant la fête de tabaski pour son sacrifice. Il dit les acheter tout petits et les élève chez lui pour attendre la fête. Il fait cela depuis plus d’une dizaine d’années. Pour ce dernier, les prix des moutons sont à la hausse pendant la fête. Ce qui explique sa méthode. « Mes moutons de fête, je les élève moi-même. Le prix du mouton est trop élevé pendant la période de tabaski et pour éviter ces dépenses, j’élève mes moutons uniquement pour les fêtes », affirme Moumouni nous explique Moumouni Ouédraogo.
Ainsi à moins de 48 heures de la fête de la Tabaski qui sera célébrée le mercredi28 juin 2023 au Burkina Faso, les fidèles musulmans qui veulent sacrer à la tradition sont obligés de subir les prix des moutons qui semblent s’être multipliés cette année. Pour se dédouaner, les vendeurs quant à eux accusent la situation sécuritaire. Ils attendent donc les clients pour frotter les mains comme d’habitude.
Sita Guitti et Adjara Djamilatou Coulibaly/Stagiaires (Ouest Info)




