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Hauts-Bassins : Seulement 22 écoles adaptées à l’accueil des élèves en situation de handicap

Dans la région des Hauts-Bassins, des efforts sont faits dans le cadre de la promotion de l’éducation inclusive. La Coordination Régionale des Associations des Personnes Handicapées des Hauts-Bassins (CORAH/Hauts-Bassins) mène des plaidoyers avec des partenaires et structures déconcentrées de l’Etat pour que l’éducation inclusive soit une réalité palpable dans la région. Ainsi, l’on a aujourd’hui dans cette région vingt-deux (22) écoles inclusives dont six (06) écoles publiques. En plus de ces écoles, l’Organisation Dupont pour le Développement Social (ODDS) a initié le Projet Education Inclusive dans les Hauts-Bassins dans le but de rendre davantage l’école accessible aux enfants en situation de handicap. Malgré tous ces efforts, l’effectivité de l’éducation inclusive dans la région reste un défi presqu’entier à relever. Cette production est réalisée avec la participation de Canal France International (CFI) dans le cadre du 3ème concours du projet Afri’Kibaaru, un projet de développement Médias en Afrique.

Vingt-deux (22) écoles inclusives dont six (06) écoles publiques pour une région de plus de 25 000 Km² où vivent plus de 2,238 millions d’habitants. C’est le résumé de l’effectivité de l’éducation inclusive dans la région des Hauts-Bassins après plusieurs années de lutte des organisations des personnes en situation de handicap. Une lutte couplée aux efforts du gouvernement avec la mise en œuvre du volet éducation inclusive de la loi 012-2010 portant protection et promotion des droits des personnes en situation de handicap.

Nombre insignifiant d’écoles inclusives dans les Hauts-Bassins malgré la loi 012-2010

Le nombre d’écoles adapté à l’accueil des élèves en situation de handicap reste encore faible proportionnellement à la taille de la région et du nombre de personnes en situation de handicap selon Abdoulaye Traoré, président de la CORAH/Hauts-Bassins. Se fondant sur l’article 9 de la loi 012-2010 qui stipule que « l’éducation inclusive est garantie dans les établissements préscolaires, primaires, post-primaires, secondaires et universitaires du Burkina Faso », il déplore l’inobservation de cette disposition légale en faveur des enfants en situation de handicap. Pour lui, toutes les écoles ne serait-ce que publiques devraient être aujourd’hui à mesure de pouvoir prendre en charge ces enfants. Mais le constat est autre.

Abdoulaye Traoré, président de la Coordination Régionale des Associations des Personnes Handicapées des Hauts-Bassins (CORAH/Hauts-Bassins)

« Nous ne pouvons pas comprendre qu’une loi existe de même que son décret d’application mais reste non effective. En principe,  toutes les écoles publiques devraient à nos jours pouvoir accueillir tous les enfants en situation de handicap. Mais on constate que certains acteurs jouent un double jeu. Sinon comment peut-on comprendre que pour une région aussi vaste comme les Hauts-Bassins, c’est seulement vingt-deux (22) écoles qui sont inclusives. Et n’eut été l’implication des promoteurs privés, on serait à seulement six (06) écoles car sur les vingt-deux (22) écoles, toutes les seize (16) sont des écoles privées », dénonce Abdoulaye Traoré qui précise par ailleurs que les vingt-deux (22) écoles inclusives sont concentrées dans les centres urbains de la région. Ce qui prive, souligne-t-il, les enfants en situation de handicap dans les milieux ruraux de l’éducation inclusive consacrée par l’article 9 de la loi 012-2010 sur les droits des personnes en situation de handicap.

Bientôt des plaintes contre les écoles qui fermeront leur porte à l’éducation inclusive

Face au non-respect de la loi, le président de la faîtière régionale des personnes en situation de handicap des Hauts-Bassins dit être désormais prêt à porter plainte contre tout acteur ou établissement scolaire qui viendrait à violer le droit à l’éducation inclusive d’un enfant en situation de handicap.

Cette décision est née d’un constat dans les écoles par rapport aux enfants en situation de handicap. « C’est vous, vos enfants qui ne sont pas nombreux dans les classes mais c’est vous qui emmerdez les gens tous les jours », Abdoulaye Traoré nous prend-t-il un exemple de réponse prétentieuse dont il a l’habitude d’entendre quand il s’agit de défendre la cause des enfants en situation de handicap dans les écoles.  

Il se remémore encore le cas de certains élèves en situation de handicap qui avaient été refusés dans un établissement public de Bobo-Dioulasso alors qu’ils y avaient été affectés par l’Etat avec l’entrée en 6ème. « Il est arrivé une fois où trois élèves en situation de handicap ont été affectés dans un établissement et les responsables leur ont refusé l’inscription au prétexte que les classes sont déjà pleines. J’ai appelé le premier responsable national en charge de l’éducation inclusive mais rien n’a été fait. J’étais obligé de taper du poing sur la table et j’ai même menacé d’organiser une conférence de presse suivi d’une marche de protestation. Je suis allé par la suite voir le gouverneur de la région et j’ai appelé le ministre de l’éducation nationale d’alors. C’est comme ça que ces trois enfants ont pu avoir accès à l’établissement. Mais je vous assure que le proviseur de cette école et son équipe ont fait subir à ces enfants toute sorte de frustrations afin d’avoir un prétexte pour les renvoyer. Mais je disais à ces enfants de savoir ce qu’ils veulent et de se concentrer sur leurs études. Mais par leur excellence, ils font aujourd’hui la fierté de ce lycée qui s’en vante d’ailleurs. Ces enfants ont même reçu des prix d’excellence de la présidence. Mais si on n’était pas là pour mener le combat, qu’allaient-ils devenir ? », le président de la CORAH/Hauts-Bassins nous fait-il le récit d’un exemple de cas de refus d’appliquer l’éducation inclusive par certains acteurs de l’éducation.

Les enfants en situation de handicap ont aussi droit à l’éducation

Les OPH et leurs partenaires ne peuvent pas se substituer à l’État

Abdoulaye Traoré est convaincu qu’avec une volonté de l’ensemble des acteurs, l’éducation inclusive pourrait être effective dans toute sa dimension dans la région des Hauts-Bassins. Pour l’heure, il déplore le fait que l’éducation des enfants en situation de handicap soit reléguée au second plan alors que la loi leur donne le droit d’accès à l’éducation comme les autres enfants. « Souvent, on a l’impression que l’éducation inclusive est l’affaire des organisations des personnes en situation de handicap (OPH). Certains responsables de l’éducation nous disent souvent de chercher des partenaires pour accompagner nos initiatives dans le sens de l’éducation des enfants en situation de handicap. Je ne trouve pas cela normal. L’éducation de ces enfants doit aussi être prise au sérieux comme celle des autres enfants. C’est l’affaire de l’Etat et les autres structures viennent en appui. Les enfants dits normaux sont plus nombreux que les enfants en situation de handicap. Mais il y a des écoles partout pour ces enfants. Ces derniers bénéficient également de tous les autres avantages liés à l’éducation. Mais quand il s’agit de l’éducation des enfants en situation de handicap, ça tâtonne. J’ai l’impression que ces enfants sont oubliés du système », dénonce Abdoulaye Traoré.

Face aux longues distances qui séparent les enfants en situation de handicap des écoles inclusives, la CORAH/Hauts-Bassins a développé une stratégie. Elle consiste à négocier avec des familles proches de ces écoles pour qu’elles hébergent certains de ces enfants pendant les périodes de cours. Une stratégie qui marche bien mais qui est confrontée à une réalité implacable. Les familles qui acceptent accueillir ces enfants sont parfois débordées.

C’est pourquoi, le président de la CORAH/Hauts-Bassins souhaite qu’à défaut d’opérationnaliser l’éducation inclusive dans toutes les écoles de la région, qu’il y ait au moins des bus qui puissent faciliter leur transport vers les écoles inclusives. A côté de cette solution, il propose que les communes s’impliquent davantage. « La gestion des écoles relève désormais des domaines transférés de l’Etat aux collectivités territoriales. On peut mettre d’abord en place, une commune, une école inclusive. Cela nous fera déjà 33 écoles dans les Hauts-Bassins. Et ça fera un bon début. On pourrait ainsi permettre à toutes les autres écoles notamment publiques de se muer progressivement en des écoles inclusives avec toutes les dispositions et ressources adéquates. Je crois qu’avec une volonté politique, cela est bien possible », suggère Abdoulaye Traoré.

Optimiste dans sa lutte pour le respect des droits des personnes en situation de handicap, ce dernier est sûr que le combat que les organisations des personnes en situation de handicap mènent finira par porter ses fruits au profit de l’éducation inclusive. Dans cette vision de l’éducation pour tous dans toutes les écoles, Abdoulaye Traoré fait un clin d’œil particulier à l’Organisation Dupont pour le Développement Social (ODDS).

Pour lui, si cette organisation n’existait pas, il l’aurait fallu la créer car son domaine d’action privilégié est l’éducation inclusive. Elle a permis, confie-t-il, à plusieurs enfants en situation de handicap d’aller à l’école dans les Hauts-Bassins. « Dans notre lutte, un de nos partenaires clés est l’Organisation Dupont pour le Développement Social (ODDS) avec laquelle nous travaillons depuis 2004. Le siège de cette organisation se trouvait à Ouagadougou. Mais notre détermination dans les actions de sensibilisation l’a conduit à rapprocher son siège de nous à Bobo-Dioulasso. Cette organisation est à saluer car son cheval de bataille c’est la promotion de l’éducation inclusive. L’organisation a même mis en place un projet spécifiquement dédié à ce volet de l’éducation avec la participation de tous les acteurs de l’éducation inclusive. Avec cette organisation, nous menons à tout moment des activités de sensibilisation notamment celle dénommée ‘’La sonnette d’alarme’’ qui est une large campagne de sensibilisation qui est menée chaque année dans la région des Hauts-Bassins. Nous faisons aussi des plaidoyers ensemble auprès des autorités pour que la question de l’éducation inclusive soit beaucoup plus effective », Abdoulaye Traoré salue-t-il l’engagement de l’ODDS.

Un projet de l’ODDS en faveur de l’éducation inclusive dans les Hauts-Bassins

Sékou Ouattara est le chargé du Projet Education Inclusive de l’ODDS. Pour lui, le projet est né à partir d’une succession d’activités organisées par l’ODDS. La Conférence régionale de l’éducation inclusive et la Sonnette d’alarme sont à citer parmi ces activités. L’organisation de ces activités et le contact avec les responsables des organisations des personnes en situation de handicap des Hauts-Bassins ont permis de constater selon Sékou Ouattara, que l’offre de l’éducation inclusive ne correspond pas à la demande qui est forte. « Il y a très peu d’écoles qui reçoivent les enfants en situation de handicap alors qu’ils sont importants en nombre. C’est à partir de ce constat que l’ODDS a jugé important de mettre en place un projet pour faire en sorte que l’éducation inclusive soit une réalité dans les Hauts-Bassins », Sékou Ouattara explique-t-il le bienfondé de la mise en place du Projet Education Inclusive de l’ODDS.

Sékou Ouattara est le chargé du Projet Education Inclusive de l’ODDS

Débuté en janvier 2022, le projet va durer trois (03) ans avec un budget d’environ 180 millions de FCFA déboursé par la Fondation Liliane. Il s’agira pour ce projet de choisir des écoles qui seront des écoles pilotes. Dans ce sens, six écoles ont été retenues pour sa mise en œuvre. Il s’agit des écoles primaires Accart-Ville Ouest B, Colsama A, Koko A, Marie Gabrielle Choulet 2, APEE Espoir et Satiri A.

Ces écoles ont déjà reçu leurs premiers élèves en situation de handicap. L’objectif est de faire de ces écoles de bons modèles d’éducation inclusive réussie. Ce qui pourrait encourager les autres écoles de la région des Hauts-Bassins à leur emboiter les pas selon Sékou Ouattara. « A partir des six (06) écoles pilotes, ce projet vise à convaincre les différents acteurs que les enfants en situation de handicap peuvent et doivent côtoyer les autres enfants dans le même espace d’éducation », souligne le responsable du projet.

Ainsi pour la concrétisation du projet, les enseignants des écoles pilotes ont été formés de même que les encadreurs pédagogiques. Des études d’accessibilité de ces écoles aux élèves en situation de handicap ont aussi été faites selon Sékou Ouattara. Pour que le projet ait un écho favorable chez tous les acteurs pour leur adhésion et appropriation, les porteurs du projet disent avoir approché les différentes collectivités concernées par ce projet pilote de valorisation de l’éducation inclusive. « Nous avons fait le tour des différentes collectivités que couvre le projet. Il y a de bonnes dispositions de la commune de Bobo et ses différents arrondissements à créer des lignes budgétaires qui vont soutenir la mise en œuvre du projet. Nous souhaitons que ces lignes budgétaires soient pérennes. A Satiri aussi, il y avait déjà une ligne budgétaire pour la prise en charge des enfants indigents. Avec le projet Education inclusive, la délégation spéciale a donné son accord pour la création prochaine d’une autre ligne pour l’éducation inclusive », le chargé du projet Education inclusive se montre-t-il optimiste quant à l’adhésion des différents acteurs à l’initiative.

En plus de ces résultats déjà engrangés, Sékou Ouattara met aussi dans la balance de l’ODDS, des évolutions en faveur de l’éducation inclusive dans certaines écoles notamment la construction de rampes d’accès et l’acquisition de table-bancs adaptés par des associations de parents d’élèves. Ces actions ont selon lui été suscitées par l’organisation du concours de la meilleure école inclusive par l’ODDS.

Du reste, Sékou Ouattara souhaite que tous les acteurs s’impliquent dans la valorisation de l’éducation inclusive. Toute chose qui permettra selon lui, de transformer progressivement toutes les écoles de la région des Hauts-Bassins en des écoles inclusives. Tout comme lui, Abdoulaye Traoré et d’autres acteurs préoccupés par la question de l’éducation inclusive pensent qu’aucun développement durable n’est possible sans la prise en compte des personnes en situation de handicap qui représentent 15% de la population mondiale.

Cette production est réalisée avec la participation de Canal France International (CFI) dans le cadre du 3ème concours du projet Afri’Kibaaru, un projet de développement Médias en Afrique.

Abdoulaye Tiénon/Ouest Info

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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