À Bobo-Dioulasso, les prix du charbon de bois donnent le tournis. Le sac de 100 kg se négocie entre 6 000 et 8 000 F CFA. Spéculation ou pénurie chez les producteurs ? Les fournisseurs de ce bois carbonisé expliquent la situation par une forte demande. Si certains acteurs se frottent les mains, les consommateurs, eux, vivent difficilement cette flambée des prix. Immersion sur le marché bobolais d’un combustible traditionnel désormais vendu à prix d’or.

À Bobo-Dioulasso, l’utilisation du charbon de bois, autrefois banalisée, relève presque d’un choix luxueux. Depuis quelques mois, ce combustible s’impose comme une alternative face à la rareté du gaz butane. Résultat : la demande explose. Aujourd’hui, le sac de 100 kg se discute entre 6 000 et 8 000 F CFA.
Des fournisseurs sous pression
Alphonse Traoré est fournisseur de charbon depuis plus de dix ans. Son rôle : s’approvisionner auprès des producteurs, souvent installés dans des zones reculées, puis livrer grossistes et demi-grossistes.

De passage à son point de livraison, ce mercredi 25 février, il manœuvre un gros camion chargé de 200 sacs de charbon. À peine le véhicule immobilisé, le déchargement commence sous le soleil ardent. Des tricycles attendent déjà pour emporter les commandes.
Le quadragénaire, de retour d’un énième voyage d’approvisionnement, enchaîne sans répit. Pourtant, il se dit confronté à une raréfaction du produit chez les producteurs, notamment en raison de l’insécurité dans certaines zones de production.
« J’ai plus de dix ans d’expérience dans le business du charbon de bois. Rarement j’ai vu une demande aussi forte. Mais nous n’en tirons pas de gros profits. Chez les producteurs, les prix ont augmenté. Il faut aussi supporter les frais de transport. À l’arrivée, nous livrons le sac aux grossistes entre 5 500 et 6 000 F CFA. Avec ces prix, les bénéfices restent faibles », explique-t-il.
Grossistes : entre forte demande et accusations de spéculation

Alexis Sanou et sa mère figurent parmi les grossistes de la place. Pour le jeune vendeur, la hausse des prix s’explique avant tout par la loi du marché. « Nos stocks ne suffisent plus à satisfaire les clients. Et c’est le cas un peu partout en ville. Lorsqu’un produit se fait rare, il devient plus cher. Nous vendons actuellement le sac à 6 250 F CFA. Nous essayons de maintenir un prix raisonnable pour éviter toute accusation de spéculation », confie-t-il.
Même constat chez Seydou Traoré, autre grossiste, qui s’approvisionne auprès d’Alphonse Traoré. « Ces derniers mois, la demande est très forte. Je pense que cela est lié à la rareté du gaz butane. Le sac se négocie entre 7 000 et 8 000 F CFA. Personnellement, je le vends à 7 000 F CFA. Ce prix élevé ne vient pas de nous : nous dépendons des producteurs », explique-t-il.
Des ménages asphyxiés
Du côté des consommateurs, la situation est difficilement supportable. Djamilatou Séré utilise désormais le charbon comme principal combustible. « Un sachet de 100 F CFA ne suffit plus pour préparer un repas. Sur la durée, on se rend compte que le charbon revient très cher pour un ménage », déplore-t-elle.

Elle souhaite une régulation des prix en attendant un retour à la normale dans l’approvisionnement en gaz. Au-delà de la question de l’offre et de la demande, un autre enjeu se profile : l’impact environnemental.
Serge Palm/ stagiaire (Ouest Info)




