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Bobo-Dioulasso : Ces femmes qui vivent d’ordures

Dans l’arrondissement N°7 de Bobo-Dioulasso plus précisément à Belleville (secteur 29),  se trouve un dépotoir en pleine zone d’habitation. Dans ces lieux, plusieurs sortes d’ordures s’amoncèlent. Ce dépotoir existe depuis plus de 10 ans et est devenu un lieu de gagne-pain quotidien pour des femmes et enfants.

Au secteur 29 de la ville de Bobo-Dioulasso, il est 09 h20 mn ce mercredi matin du 07 septembre 2022. Une équipe de Ouest Info est sur le site du dépotoir. De loin, une odeur nauséabonde nous accueille. Difficile de maintenir son rythme respiratoire normal. Sur la vaste étendue, des champs de maïs, des tas d’ordures composés de plastiques, de tessons de bouteilles et verres par-ci et des eaux stagnantes larvées par-là, le tout couronné par des bestioles de tout genre qui prennent leurs aises.

L’accès au dépotoir est un petit périple qui se joue entre tas d’ordures, boues et parfois eaux stagnantes. Une fois au milieu des ordures, on surprend des femmes et des enfants qui, de loin semblent se confondre aux  ordures ménagères. Mais l’odeur et les risques de se faire blesser ne semblent pas déranger ces femmes et leurs enfants de bas âge qui sont à la recherche de leurs pitances quotidiennes.

Une fois à leur niveau, on constate que Sali Yé et ses collègues sont en plein travail. Muni de baguettes métalliques, de sacs, de gants, de chaussettes et des basquettes un peu usées, elles fouillent et refouillent les ordures. Ces femmes sont à la recherche de sachets plastiques, de fers, de chaussures usés et d’autres objets plastiques qui les intéressent. « Je fais ce travail depuis cinq ans dans l’unique but de subvenir à mes besoins et à ceux de mes enfants. Ainsi j’aide mon mari avec les charges de la maison », répond Sali Yé à notre question de savoir ce qu’elle fait avec les objets qu’elle recherche.

L’odeur et les risques de se faire blesser ne semblent pas déranger ces femmes à la recherche de la pitance quotidienne

Après la collette de ces objets, ces femmes procèdent à un tri sélectif de leurs récoltes puis en fonction de leur nature, les revendent aux recycleurs. Les sommes perçues permettent à ces braves dames de nourrir leurs différentes familles. « Un kilogramme de déchets colleter est acheté entre 50 et 75fcfa.  Lorsque j’arrive à vendre beaucoup de kilogrammes, j’utilise cet argent pour la popote et acheter du maïs pour aider mon mari à nourrir la famille », nous explique Lethicia Ouédraogo.

Même si la majeure partie des travailleurs de ce site sont des femmes, la présence des enfants retient notre attention. Ayant un âge compris entre 9 et 15 ans, ceux-ci passent leurs vacances à faire ce travail avec leurs mères et tantes pour espérer regagner la route de l’école à la rentrée des classes. Ils gagnent entre 500f et 3000f par jour et grâce à cet argent, ces élèves arrivent à aider leurs parents à payer leurs scolarités. « Je fais la classe de CM2, je viens ici pendant les vacances pour avoir un peu d’argent et soutenir ma mère à payer mes frais de scolarités et mes fournitures », nous confie Safiatou Sawadogo, une fillette âgée d’à peine 12 ans.

Côtoyer quotidiennement des ordures n’est pas sans risques

Ce travail peut représenter un réel danger pour ces femmes. Elles sont confrontées au risque de contamination de certaines maladies telles que le tétanos, le paludisme, les infections bactériennes et bien d’autres. Elles peuvent contractées des maladies de la peau car elles ne se protègent pas assez.

Aussi elles sont exposées à des dangers sécuritaires car elles peuvent être attaquées par des personnes malsaines qui rôdent autour de ces dépotoirs s’étend sur une vaste superficie.

« Nous rencontrons toute sorte de problèmes. Pendant la saison sèche, c’est la poussière, et en saison pluvieuses ce sont les mauvaises odeurs et les eaux de pluie stagnantes qui nous fatiguent. Mais le plus gros problème se situe au niveau des riverains qui refusent que les gens jettent les ordures par ici. Hors c’est grâce à ces ordures que nous gagnons notre vie »,  Sali Yé explique-t-elle les difficultés de leur gagne-pain.

Les riverains supportent mal la source de revenus de Sali Yé et ses camarades

Les mauvaises odeurs des ordures sont insupportables pour les riverains. « Les mauvaises odeurs me dérangent beaucoup. Pendant la journée je ne peux pas m’assoir devant ma boutique, je suis obligé de porter un cache-nez et rester à l’intérieur. J’ai même voulu déménager à cause de ce tas d’ordures. Mais à un moment nous avons interpellé la mairie qui a envoyé des machines pour repousser un peu  les ordures », Cheick Omar Sigué un vendeur de ciment dans les environs raconte-t-il son calvaire.

Comme ce dernier, ils sont nombreux ces riverains qui souhaitent que le dépotoir disparaisse des lieux.

Or Sali Yé et ses camarades voient dans le souhait des riverains leur chômage annoncé. Une situation qui, selon elles sera difficile à supporter avec cette situation d’inflation généralisée.

Comment l’espace est-il devenu un dépotoir?

Un dépotoir d’ordures vieux d’une dizaine d’années

En réalité le site est une ancienne carrière. Au début, les ordures étaient déversées dans la carrière. Mais avec le temps, les raccourcis ont amené les gens à déverser les ordures aux alentours de la carrière. Les fosses de la carrière qui ont reçu les premières ordures du site ont été transformées en champ de maïs.

Ces champs de maïs en cette période d’hivernage représentent un réel danger pour les travailleuses du site et les riverains. En effet ces cultures de hautes tailles sont un refuge pour les malfaiteurs et les délinquants de ce quartier. « Nous voyons beaucoup de chose dans ses champs de maïs. Il y a ceux qui se cachent dans ces champs pour faire des rituels et d’autre pour attaquer les passants. Même le dimanche passé, un enfant a été agressé là-bas mais il a pu être sauvé par les passants. A cause du danger que représentent les champs de maïs sur le site nous rentrons avant la tombée de la nuit. Je lance un appel aux cultivateurs de maïs de changer leur culture en arachides ou haricots pour notre sécurité à tous »,  a déclaré Sali Yé, la ramasseuse d’objets recyclables du dépotoirde Belle-Ville.

Ce dépotoir situé dans la zone de Belle-Ville communément appelée la zone « jaune-noir » n’est qu’un échantillon de sites semblables en pleine ville de Bobo-Dioulasso où l’on déverse des ordures et/ou pratique des cultures de hautes tailles.

Bien que ce dépotoir de Belle-Ville comme tout autre dans la ville constitue le gagne-pain de femmes et leurs enfants, il n’en demeure pas moins que ces dépotoirs constituent aussi un problème de sécurité et de santé publique pour les populations riveraines.

  Djamila Aminata Yé et Leïla Korotimi Koté/Stagiaires

La rédaction
La rédaction
Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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