Les personnes vivant avec l’albinisme sont encore confrontées à de nombreux préjugés, stéréotypes et multiples formes de stigmatisation à travers le monde. Tandis que certains les considèrent comme des sources de malheur, d’autres leur attribuent à tort des pouvoirs mystiques ou des vertus liées à la richesse. À l’école, sur les lieux de travail ou dans la vie sociale, elles sont souvent victimes de discrimination et/ou de marginalisation. A l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme, célébrée chaque 13 juin, Ouest Info est allé à la rencontre de Bienvenue Ouattara, présidente de l’Association Keyoiklai, qui œuvre pour la promotion des droits et l’amélioration des conditions de vie des personnes vivant avec l’albinisme à Bobo-Dioulasso. Entre difficultés de vie quotidienne et nécessité de respecter les droits des personnes vivant avec l’albinisme, Bienvenue Ouattara appelle à une prise de conscience générale pour une société plus inclusive. Lisez !
Ouest Info : Quelles sont les missions de l’Association Keyoiklai ?
Bienvenue Ouattara : La mission principale de notre association est de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des personnes vulnérables au Burkina Faso. Nous œuvrons également à la lutte contre toutes les formes d’injustice, de stigmatisation, de discrimination et d’exclusion sociale.
Ouest Info : Comment se porte aujourd’hui la communauté des personnes vivant avec l’albinisme à Bobo-Dioulasso ?
Bienvenue Ouattara : Petit à petit, les personnes vivant avec l’albinisme retrouvent le sourire. Elles sont davantage écoutées, valorisées et mieux comprises. Nous constatons une baisse progressive de certaines formes de stigmatisation. Toutefois, cela ne signifie pas que tous les problèmes sont résolus.
Ouest Info : Quels sont les principaux défis auxquels ces personnes sont confrontées ?
Bienvenue Ouattara : Les défis sont nombreux. D’abord, il y a une question identitaire. Certaines personnes vivant avec l’albinisme ne savent plus comment se définir face aux nombreuses croyances qui les entourent. Tantôt elles sont considérées comme des porte-bonheurs, tantôt comme des porte-malheur. A cela s’ajoutent les problèmes de santé, notamment les cancers de la peau liés à leur forte sensibilité au soleil. Sur le plan éducatif, beaucoup d’enfants abandonnent l’école parce que leurs besoins spécifiques, notamment en matière de déficience visuelle, ne sont pas suffisamment pris en compte. La stigmatisation et les préjugés aggravent également cette situation.
Ouest Info : Que dites-vous à ceux qui considèrent les personnes vivant avec l’albinisme comme des sources de richesse ou de malheur ?
Bienvenue Ouattara : Je leur dirais que les personnes vivant avec l’albinisme ne sont ni des sources de richesse ni des sources de malheur. Ce sont avant tout des êtres humains comme tout le monde, avec les mêmes droits et la même dignité. Ce sont des créatures de Dieu.
Ouest Info : La stigmatisation de ces personnes existe-t-elle toujours à Bobo-Dioulasso ?
Bienvenue Ouattara : Oui, la stigmatisation existe bel et bien à Bobo-Dioulasso comme dans plusieurs localités du Burkina Faso. Ce qui varie, c’est son degré selon les milieux et les communautés.
Ouest Info : Sous quelles formes cette stigmatisation se manifeste-t-elle ?
Bienvenue Ouattara : Très souvent, les personnes vivant avec l’albinisme sont victimes d’étiquettes et de croyances erronées. Certains pensent qu’elles possèdent des pouvoirs mystiques ou maléfiques. D’autres les considèrent comme des porte-bonheurs ou des sources de richesse. Ces idées contribuent à leur marginalisation.
Ouest Info : Quelle est la situation des enfants vivant avec l’albinisme à Bobo-Dioulasso ?
Bienvenue Ouattara : Ces enfants figurent parmi les moins scolarisés. Certains ne sont jamais inscrits à l’école et, parmi ceux qui le sont, beaucoup abandonnent prématurément leurs études parce que les conditions d’apprentissage ne sont pas adaptées à leurs besoins visuels.
Ouest Info : Quelles actions menez-vous concrètement sur le terrain ?
Bienvenue Ouattara : Nous estimons que ces comportements résultent essentiellement d’un manque d’information. C’est pourquoi nous organisons des activités de sensibilisation, notamment à travers les Journées Albiyeelen. Nous informons les populations afin de déconstruire les stéréotypes et les idées reçues. Plus les gens comprennent ce qu’est réellement l’albinisme, moins ils développent de peurs ou de préjugés.
Ouest Info : Quel message adressez-vous aux personnes vivant avec l’albinisme ?
Bienvenue Ouattara : Nous voulons leur dire qu’elles ont toutes leur place dans la société. Elles sont aimées et respectées. Aux parents d’enfants vivant avec l’albinisme, nous lançons un appel : aimez vos enfants, protégez-les et accompagnez-les dans leur épanouissement.
Ouest Info : Que représente pour vous la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme ?
Bienvenue Ouattara : Pour nous, chaque jour devrait être un 13 juin. Il ne suffit pas de célébrer les personnes vivant avec l’albinisme une seule journée dans l’année avant de les oublier. Nous devons les accepter et les valoriser chaque jour, au sein de nos familles, de nos administrations et de nos communautés.
Ouest Info : Quel est votre message à l’endroit des autorités par rapport aux droits des personnes vivant avec l’albinisme ?
Bienvenue Ouattara : Nous invitons les autorités à prendre à bras-le-corps les défis auxquels sont confrontées les personnes vivant avec l’albinisme. Il est essentiel de mettre en œuvre des politiques publiques et des programmes adaptés à leurs besoins, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’insertion sociale. Une société qui laisse une partie de ses citoyens en marge ne peut prétendre à un développement harmonieux. En attendant, les personnes vivant avec l’albinisme à travers des association et des organisations non gouvernementales œuvrent pour la promotion de leur droit pour une société plus inclusive.
Ali Djibey (Stagiaire)/ Ouest Info




