En ce mois de Ramadan 2026, le gingembre se vend cher sur le marché à Bobo-Dioulasso. Pourtant, il reste indispensable à la préparation du jus de gingembre prisé par des bobolais au moment de la rupture du jeûne. Entre coût élevé et difficultés d’approvisionnement, certaines transformatrices de gingembre en jus se maintiennent dans l’activité pour ne pas perdre leur clientèle. D’autres par contre, ont simplement suspendu la transformation du gingembre en jus. Au constat des vendeuses de jus dans l’après-midi du mercredi 25 février 2026, une équipe de Ouest info a touché du doigt la réalité du marché du jus de gingembre à Bobo-Dioulasso.
5000 FCFA. C’est le minimum qu’il faut pour acheter une boîte (2 Kg) de gingembre en cette période de ramadan à Bobo-Dioulasso. Quelques mois plutôt, la même boîte se discutait autour de 2500 F CFA. Cette situation d’explosion de prix n’est pas sans conséquences sur les transformatrices et les consommateurs des produits dérivés du gingembre comme les jus. Si certaines transformatrices jouent la résilience en s’adaptant à la situation, certaines autres ne comptent plus avec le jus de gingembre dans leur activité de vendeuse de jus.
Pour celles qui s’y maintiennent, les prix du jus ont évolué. Le bidon de 1,5 litre qui se vendait à 500 F CFA se négocie actuellement entre 700 FCFA et 1 000 FCFA.
« Je ne peux plus vendre le jus de gingembre au même prix que les années antérieures »
Assise à la sortie Est du marché central de Bobo-Dioulasso, Kadidjatou Sanogo observe attentivement le mouvement des tricycles, des motos et des piétons qui entrent et sortent de l’enceinte du marché. Ses bidons de jus, soigneusement exposés attire la convoitise des passants. Dans le lot de jus exposé, on peut apercevoir des bidons de jus de gingembre apparemment bien frais. Prêt à la consommation, ces bidons de jus de gingembre semblent attendre l’approche des amateurs de cette boisson.
Chez cette vendeuse des abords du marché central, le bidon de jus de gingembre se vend à 700 FCFA. Peu avant, elle vendait le même bidon à 500 F CFA. Kadidjatou Sanogo dit avoir augmenté le prix à cause de l’explosion du prix du gingembre ces derniers temps. « Je ne peux plus vendre le jus de gingembre au même prix que les années antérieures. Je vends actuellement le bidon de 1,5 litre à 700 F CFA. Certaines le vendent même à 1000F. Des clients trouvent que c’est cher. D’autres, s’ils entendent 1000F d’un côté et 700F CFA chez moi, ils pensent automatiquement que c’est mélangé avec du piment. Alors que ce n’est pas le cas », avoue dame Sanogo.
Cette dernière dit jouer de la résilience dans la transformation du gingembre pour juste maintenir sa clientèle. Sinon, dit-elle, c’est un jus qui ne rapporte plus grande chose comme bénéfice. « Le jus de gingembre fait partie des produits que je vends. Malgré la hausse du prix du gingembre, je continue d’en préparer car il est très demandé en ce mois de Ramadan. Je l’achète par boîte, car le sac de gingembre est presque inaccessible. Parfois, j’achète cinq boîtes à 25 000 FCFA pour préparer le jus et tenter d’en tirer un petit bénéfice. Les commerçants nous ont fait comprendre que la récolte n’a pas été bonne cette année. On s’y maintient pour juste garder la clientèle », confie-t-elle, un peu préoccupée par la situation.
Face à l’explosion du prix du gingembre, Sita Traoré ne vend plus du jus de gingembre…
À une dizaine de mètres de Kadidjatou Sanogo, Sita Traoré a sa glacière à même le sol face au goudron. Elle y mettait de l’ordre quand elle reçoit notre ‘’bonsoir’’. Ne présentant pas l’aspect d’un client, elle se redresse et répond d’une voix hésitante à notre salutation. Mise au courant de l’objet de notre présence, elle s’ouvre à nous. Dès ses premières phrases, nous comprenons que le jus de gingembre ne fait pas partie des jus qu’elle propose à la vente. Elle nous fait comprendre qu’elle a suspendu la vente de ce jus à cause du coût trop élevé du gingembre ces derniers temps. Pour la jeune femme, l’absence de ce jus de son commerce est un coup dur car c’est le jus qu’elle vendait le mieux. « Pendant le ramadan, je vendais bien le gingembre. Mais cette année, le coût fait que je l’ai abandonné. Pourtant, c’était le jus préféré de mes clients. Certains le préfèrent après la rupture du jeûne parce qu’ils estiment que c’est bon pour l’organisme », Sita Traoré explique-t-elle son rendez-vous manqué avec le jus de gingembre ce mois de ramadan.
Dame Traoré n’a toutefois pas manqué de dénoncer les causes de l’explosion du prix du gingembre. « Certains nous disent que la cherté du gingembre est due à la mauvaise récolte, mais il y a des commerçants aussi qui font des stocks et attendent ces périodes pour doubler les prix. J’avais l’habitude de vendre le bidon de 1,5 litre à 500 F CFA. Actuellement, si je le fais, ça sera à perte car le prix du sucre a également grimpé », dénonce Sita Traoré.
Des clients s’abstiennent du jus de gingembre à cause du prix
Bintou Sanou est une autre vendeuse de jus dans les alentours du marché central de Bobo-Dioulasso. Pour elle, la vente du jus de gingembre est un exercice difficile à cause du coût excessif de la matière première. « Cette année, le gingembre fait défaut. Actuellement, le prix d’une boîte a atteint 5 000 F CFA voire 6 000 F CFA à certains endroits. Malgré cette flambée des prix, je m’efforce de faire le jus car il est fortement demandé en cette période de carême. Le bidon est à 750 F CFA chez moi. A ce prix, des clients s’abstiennent d’en acheter. Ils se plaignent des fois, même s’ils savent aussi que nous obtenons difficilement la matière première », Bintou Sanou explique comment elle se débrouille pour se maintenir dans la vente du jus de gingembre.
La situation des transformatrices de gingembre en jus à Bobo-Dioulasso miroite un peu les conséquences de l’explosion du prix du gingembre. En plus de porter un coup à la bourse des consommateurs, cette situation ne manque pas de porter un coup à la promotion du ‘’consommer local’’ à Bobo-Dioulasso et au Burkina Faso en général.
Ackim Traoré / Ouest Info




