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Port obligatoire du casque : Les motocyclistes bobolais ont du mal à s’adapter

Le port du casque est obligatoire au Burkina Faso depuis 2005. Cependant, son adoption par les citoyens tarde à être effective. A Bobo-Dioulasso, le port du casque n’est pas la chose la mieux partagée par les usagers des engins motorisés à deux (02) roues. En effet, il est rare de voir en circulation dans cette ville un motocycliste ou cyclomotoriste porté un casque pour protéger sa tête des risques d’accidents. Une équipe de Ouest Info a fait le constat dans la journée du mercredi 23 Août 2023.

Ce mercredi matin, nous quittons notre rédaction au carrefour d’avant le lycée national de Bobo-Dioulasso. Direction Est pour le centre-ville. Au premier feu tricolore situé au pied du mur de l’aéroport, on marque une halte sur le trottoir pendant quelques minutes. On se prête à un exercice. Celui de compter le nombre d’usagers d’engins motorisés à deux (02) roues qui portent le casque. Quand le feu passe au rouge, on dénombre vingt-deux (22) usagers à l’arrêt. Dans ce lot, il n’y avait qu’un seul motocycliste qui portait son casque de sécurité. Nous répétons l’exercice quelques fois au même feu tricolore et le résultat est resté quasiment le même.

Les conducteurs et les passagers ne portent pas de casque au feu du carrefour du marché de fruits et légumes de Bobo

Après ces quelques minutes de scénario, on embarque et on poursuit notre aventure. Peu après, nous sommes au feu tricolore situé à l’intersection d’avant le marché des fruits et légumes. On se positionne à un coin du carrefour. Successivement le feu passe du vert au rouge en passant toujours par l’orange. Près d’une dizaine de minutes s’égrène. Pas d’usager à l’arrêt au feu rouge ou de passage qui porte son casque pendant tout le temps que nous avons passé sur un des carrefours les plus fréquentés du centre-ville. En effet, la proximité de ce carrefour avec le marché des fruits et légumes explique sa fréquentation ininterrompue à tout moment de la journée.

A lire aussi-Port obligatoire du casque : Une initiative bien appréciée à Bobo-Dioulasso

Dans la suite de notre périple, nous voilà au carrefour de la place Thomas Sankara communément appelée ‘’rond-point Blaise-Kadhafi’’. Nous reprenons le même exercice qu’aux précédents carrefours. Une quinzaine de minutes n’ont pas suffi pour voir au moins un usager d’engin à deux-roues motorisé qui porte un casque de sécurité. Chose curieuse car du 07 au 13 août dernier était la semaine nationale de sécurité routière. Une semaine au rythme de laquelle la ville de Bobo-Dioulasso a vibré. En effet, à cette occasion, l’Office National de la Sécurité Routière (ONASER) a distribué au moins 350 casques. Ne serait-ce que l’utilisation de ces casques aurait pu permettre de rencontrer quelques usagers qui en portent. Où sont rentrés ces casques ?

Qui oblige les usagers au port du casque ?

A cette question sur les casques distribués, l’attachée en étude et analyses à l’ONASER, Raïssa Kpoda a donné une réponse au cours d’une formation pendant la semaine de sécurité routière. « Nous avons distribué 350 casques dans la ville de Bobo-Dioulasso. Mais deux (02) jours après, on a constaté qu’il n’y a pas un début de changement de comportement dans le port du casque. Or il y avait de l’engouement pendant le partage. Mais d’après les informations que nous avons reçues, les gens ont pris les casques pour les revendre. C’est donc très compliqué avec la sensibilisation. Mais nous n’allons pas baisser les bras. Nous allons continuer jusqu’à ce que les gens adhèrent », a-t-elle expliqué.

Ces explications suivies de notre constat ne nous ont pas suffi pour tirer une conclusion sur un refus des citoyens de porter le casque de sécurité en circulation. En contact avec des usagers non porteurs de casques, les raisons sont diverses. Si pour les uns, le casque est encombrant, pour d’autres par contre, c’est le prix des casques qui posent problème vu qu’ils ont acquis leurs engins sans casques. Or le décret 2005-231/PRES/PN/MCTEA oblige les commerçants à intégrer le casque aux équipements d’accompagnement des véhicules à deux roues lors de la vente.

Dans la même dynamique le décret n°2005-196 portant définition et répression de contraventions en matière de circulation routière en son article 15 stipule que « il est fait obligation à tout conducteur et passager d’un cyclomoteur, d’un vélomoteur et d’une motocyclette de porter un casque agréé par l’administration ». Des dispositions qui rendent obligatoire le port du casque au Burkina Faso et à Bobo-Dioulasso en particulier.

Une vue d’ensemble des usagers sans casque au carrefour Thomas Sankara, communément appelé le rond-point Blaise et Kadhafi

Les casques sauvent des vies mais les usagers les utilisent très peu

Usager d’engins à deux (02) roues motorisé, Paul Kogo est étudiant à Bobo-Dioulasso. Il possède un casque mais roule sur sa motocyclette sans le porter. Pourtant il dit connaitre l’importance du port du casque. Il estime tout de même qu’il faille subventionner les prix des casques pour que la mesure d’obligation de port puisse être effective. « Le port obligatoire du casque est une bonne initiative parce qu’il protège la tête qui est sensible. Nous remarquons effectivement que beaucoup de jeunes meurent par accident parce que la tête a été touchée. Mais pour que la décision d’obligation de port de casque prise par le gouvernement soit respectée, il faut qu’il puisse revoir le prix des casques à la baisse afin que chaque citoyen puisse l’avoir », Paul Kogo reconnait-il l’importance du port du casque dont il souhaite voir le prix à la baisse.

Farida Ouédraogo est une employée de commerce. Assise devant le magasin qu’elle gère, nous l’accostons. Sur le port du casque dans la circulation routière, elle est bien consciente que c’est une bonne chose. Mais elle ne l’utilise pas et nous donne ses raisons. « Porter le casque c’est bien. Ça protège des graves accidents de circulation qui peuvent toucher la tête. Mais personnellement je ne supporte pas les casques de sécurité. Je suis asthmatique et quand je le porte, il m’étouffe et j’ai du mal à respirer. Sinon c’est une bonne chose. Et j’estime que l’Etat doit diminuer le prix des casques s’il nous oblige à le porter », Farida partage –t-elle son opinion sur le port du casque avec nous.

Clarisse Somé est elle-aussi une employée de commerce. Elle pense que le port du casque de sécurité est plus que bien. Bien que n’utilisant pas de casque, elle est tout de même convaincue que c’est avant tout un mécanisme de protection des vies en cas d’accidents. « J’ai une tante qui a eu un grave accident en 2015. Elle s’en est sortie avec une jambe fracturée. Mais Dieu merci elle n’a pas eu de choc violent au niveau de la tête parce qu’elle portait un casque. Tout ceci pour dire aux gens à quel point le port obligatoire du casque, c’est d’abord pour nous-mêmes », témoigne-telle de l’importance de l’utilisation du casque dans la circulation routière.

Moudassirou Sana est agent immobilier. Il ne possède pas de casque pour sa motocyclette. Pourtant, il sait que c’est important. « Le port du casque est une bonne chose surtout pour nous agents de terrain. Il nous protège non seulement en cas d’accident mais aussi du soleil, de la poussière et de la pluie. Je pense que les séances de sensibilisations doivent continuer jusqu’à un certain temps avant de passer à la répression », suggère l’agent immobilier qui promet d’en acheter.

Contrairement à nombre d’usagers, ce dernier ne quitte jamais son casque car, convaincu de sa necessité

Il n’y a pas que des gens qui théorisent l’importance du port du casque à Bobo-Dioulasso. Journaliste de son état, Abdoul Karim Etienne Sanon est un bon exemple en matière de port du casque en circulation. Son casque est comme sa deuxième silhouette. Pour lui, l’importance du casque n’est plus à démontrer. « Je porte quotidiennement le casque de protection lorsque je roule à moto car je suis convaincu qu’en cas d’accident il peut me protéger contre certains dommages comme le traumatisme crânien. Hormis cela, il protège contre la poussière, les insectes ou tout autres corps étrangers qui peut entrer dans les yeux en circulation qui, par ricochet causent souvent des accidents. Certes, le casque ne protège pas à 100% mais j’ai des connaissances qui ont eu des accidents et sans leur casque de protection, on allait parler d’eux au passé. J’encourage vraiment le port du casque. On peut ne pas être habitué au départ ou être peut-être mal à l’aise en le portant. Mais au fur et à mesure, on s’habitue et une fois arrivé à cette étape, on ne peut plus s’en passer. Portons le casque de protection, ça peut nous sauver la vie », explique Etienne Sanon qui invite tous les usagers des engins à deux (02) roues motorisés à faire comme lui pour éviter les conséquences irréversibles d’un traumatisme crânien.

De manière générale, le port du casque à Bobo-Dioulasso reste un comportement peu épousé par les usagers des engins à deux (02) roues motorisés. C’est pourquoi, le ministère des transports à travers l’ONASER s’est lancé dans une vaste campagne de sensibilisation au port du casque sur l’ensemble du territoire national notamment à Bobo-Dioulasso. Cette campagne est un prélude à la répression qui est prévue en 2024. Aux usagers de Bobo de choisir d’ores et déjà entre le simple port du casque qui sauve ou le paiement quotidien de contraventions dans les prochains mois.

 Adjara Djamilatou Coulibaly et Brigitte Boussim/Stagiaires

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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