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Burkina/Bobo-Dioulasso : Les journaux à l’épreuve du numérique

A Bobo-Dioulasso, les kiosques à journaux sont en agonie. Pourtant quelques années en arrière, détenir un kiosque à journaux était un business lucratif dans cette ville carrefour de l’Afrique de l’Ouest. A l’origine des difficultés de cette activité, la suprématie du numérique. En effet, l’information écrite est désormais foisonnante sur les sites web, les réseaux sociaux. Mieux certains médias imprimés proposent les versions numériques de leurs parutions à leurs abonnés. Bien ancrée, cette habitude de consommation de l’information a entrainé des mutations de formes qui bousculent désormais le marché des journaux et le modèle économique de la presse écrite à Bobo-Dioulasso. L’immersion d’une équipe de Ouest Info dans l’univers des rédactions et du marché des journaux de la ville de Sya, a permis de constater les dures réalités de la presse écrite.

Assis dans son kiosque le regard hagard, il attend des clients. Devant lui, des journaux soigneusement étalés. Tous des quotidiens d’information. Lui, c’est Alassane Nombré, un des principaux tenanciers de kiosques à journaux de Bobo-Dioulasso. Installé à un carrefour stratégique à un jet de pierre de la place Tiéfo Amoro, il a connu les beaux jours de la vente des journaux. Aujourd’hui, la réalité est toute autre. Les journaux ne s’achètent presque plus. Le marché est morose et son business menace de s’effondrer.

A son contact, il a d’abord hésité avant de s’ouvrir à nous. A la question sur le marché des journaux, il prend un long silence avant de nous répondre avec un profond soupir. Entre tristesse, mélancolie et nostalgie, Alassane Nombré se montre visiblement sonné par la mévente des journaux. « Aujourd’hui les journaux ne se vendent plus comme avant. Et cela à cause du numérique car les journaux se trouvent maintenant dans les téléphones. Actuellement, je peine à faire une recette de 1000 F CFA par jour. Avant je prenais 120 exemplaires du quotidien L’Observateur Paalga et ça ne suffisait même pas. Maintenant, je ne prends que 20 journaux du même quotidien que je peine à écouler », déplore Alassane Nombré d’un ton calme qui camouffle mal son mal être.

Alssane Nombré, vendeur de journaux à Bobo.

Pour le sexagénaire, la dégringolade du marché des journaux a commencé pendant le Covid-19. Cette crise sanitaire a contribué à aiguiser le goût des lecteurs pour l’information numérique. Plutôt que de mettre la clé sous le paillasson, Alassane Nombré tente de jouer la résilience. « La vente des journaux ne rapporte presque plus rien. On s’y maintient juste pour ne pas fermer et se retrouver à ne rien faire », justifie-t-il les raisons de son maintien dans le business des journaux.

Noufou Diarra est un autre tenancier de kiosque à journaux. Basé au centre-ville de Bobo-Dioulasso dans une zone fortement fréquentée, il n’échappe à la réalité du marché des journaux.

Noufou Diarra, vendeur de journaux à Bobo. Il déplore la morosité de la vente des journaux

Comme son congénère Alassane Nombré, il peine à vendre cinq (05) journaux par jour. Il a le moral presqu’à zéro face à une situation inédite. « Avant, on ne se plaignait pas de la vente des journaux. Mais aujourd’hui, ça ne va pas. Il y a des jours, on n’arrive même pas à vendre cinq (05) exemplaires. Je prenais une dizaine d’exemplaires de L’Express du Faso. Entre-temps je suis passé à cinq (05) exemplaires et aujourd’hui, je ne prends que trois (03) », Noufou Diarra lève un coin de voile sur sa traversée du désert.

Migration des journaux vers le numérique

Comme si la mévente des journaux ne suffisait pas, le coût de production des journaux est de plus en plus cher. Ce qui entraine un exode de certains journaux vers la diffusion exclusivement numérique. C’est le cas du journal Intégration qui est passé du papier au numérique sous l’appellation d’Intégration BF.com. Le directeur de publication du média, Abdalah Kaboré s’explique. « Les gens ne lisent plus. Le nombre de lecteurs a considérablement baissé. Le support papier, les calques et l’impression coûtent chers. Le papier qu’on achetait à 12 000 F CFA est passé à 22 000 F CFA. Malgré cela, on produisait toujours mais les journaux ne se vendaient presque pas. On cumulait alors des pertes. C’est ce qui nous a poussé a migré vers le numérique », explique Abdalah Kaboré.

Abdalah Kaboré, Directeur de publication du journal intégration. Un journal papier devenu exclusivement numérique

 Et ce dernier ne regrette pas son choix. Le numérique offre beaucoup d’avantages, se satisfait-il. « Avec le numérique, on n’a pas besoin d’acheter un support, des calques ou imprimer quoi que ce soit. Il suffit d’avoir un hébergeur et une connexion. Vous pouvez publier un article à n’importe quelle heure que vous voulez. En cas d’erreurs, vous pouvez corriger l’article même s’il est déjà publié », Abdalah Kaboré égrène un chapelet d’avantages offert aux médias par le numérique.

Conscient de ces avantages, le directeur de publication d’Intégration BF.com laisse entendre ceci : « je me félicite d’avoir migré vers le numérique. Je ne le regrette pas. Même si vous me réveiller d’un sommeil, je choisirai le numérique ».

Ahmed Zerbo est le directeur de publication du journal Libération. Un journal papier devenu média en ligne. Selon lui, le numérique, c’est la tendance. Il soutient que les coûts de production devenant de plus en plus chers, les médias qui n’arrivent pas à supporter ces coûts sont obligés, dit-il, de migrer vers le numérique où il n’y a presque pas de coût de production.

Ahmed Zerbo, Directeur de Publication du journal Libération. Un journal papier devenu exclusivement un media en ligne

En plus, Ahmed est convaincu qu’avec le numérique, l’on touche des lecteurs à travers le monde et ce, contrairement aux journaux papiers. Malgré ces avantages, il est conscient que les médias en ligne font face à d’énormes défis notamment ceux de la concurrence des individus-médias.

L’Express du Faso, un modèle d’adaptation réussie face au numérique

Face au numérique, certains journaux jouent la résilience. L’Express du Faso fait partie de cette catégorie de médias. Entre garder son caractère exclusif de presse écrite et migrer vers une diffusion exclusivement numérique, le quotidien bobolais a opté pour le juste milieu. La direction du média a vite fait de créer un tandem entre la diffusion sur support papier et la diffusion en ligne. Et le directeur de publication Mountamou Kani ne regrette pas ce choix ingénieux d’hybrider L’Express du Faso. Le journal papier est disponible pour les conservateurs et le numérique pour amateurs de l’information numérique. Cette stratégie fonctionne bien et permet au média régional de maintenir son influence auprès de ses lecteurs.

Mountamou Kani, Directeur est le de Publication de L’Express du Faso. Un média hybride. Il est présent à la fois sur le papier et aussi en ligne

Ce qui consolide la confiance de Mountamou Kani à une survie sinon en l’avenir du journal papier. « L’express du Faso est un journal papier et il le restera », lâche-t-il avec assurance. Pour ce doyen de la presse burkinabè, le numérique et le journal papier se présentent comme des supports médiatiques complémentaires plutôt que concurrents.  « Aujourd’hui si vous n’êtes pas sur le net, très peu de gens vous suivent surtout les jeunes. Il y a aussi des annonces légales qu’on ne peut pas publier sur le net. C’est exclusivement réservé aux journaux papiers. C’est donc dire que chaque support a ses avantages.  Les deux peuvent par conséquent s’accompagner. C’est pourquoi j’estime que c’est un double avantage pour L’Express du Faso d’être à la fois un journal papier et présent sur le numérique », Mountamou Kani souligne l’intérêt de l’hybridation de son média.

Si les kiosques à journaux se meurent à Bobo-Dioulasso, les médias de la presse écrite quant à eux opèrent de profondes mutations pour garantir leur survie dans l’environnement médiatique burkinabè. Les vendeurs des journaux de leur côté réfléchissent déjà à une reconversion pour assurer leur pain quotidien.

Ali Djibey et Aminata Ouedraogo (Stagiaires)/ Ouest Info

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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