La cité universitaire Koubawoué est l’un des plus importants sites d’hébergement des étudiants dans la ville de Bobo-Dioulasso. Située au secteur 29 (Belle-Ville), sur la route de Nasso, la cité en question a une capacité d’environ 2500 lits. Dotée d’un espace de jeu, d’un centre de santé, d’un restaurant universitaire ; cet espace accueille actuellement environ 3000 étudiants. Sur ce site, l’hygiène et la salubrité sont en agonie. En effet, les étudiants et les ordures se disputent la cour de la cité. Si certains étudiants indexent leurs propres comportements, d’autres accusent plutôt le CENOU de manquer à son obligation dans la situation d’insalubrité de leur cadre de vie. Une équipe de Ouest Info a fait une immersion dans cet univers d’étudiants.
Il est environ 16 heures quand nous franchissons le seuil de l’entrée principale de la cité universitaire Koubawoué. Nous sommes fascinés par l’architecture globale de l’enceinte perchée sur une colline. Entre autres, on peut lire « Paix », « Tolérance », « Cohésion », « Solidarité » estampillées sur les différents compartiments de ces belles œuvres architecturales. Sur l’aire de jeux, pendant qu’un groupe d’étudiants joue au football, un autre groupe joue au volleyball. A côté d’eux, certains de leurs camarades s’entrainent au karaté.
Un peu plus loin, certains autres étudiants bien vêtus sont autour d’une marmite de thé. Dans la cour de plusieurs hectares, on aperçoit par endroit des étudiantes par petits groupes assises ou en marche qui présentent des apparences donnant, naturellement, envie d’être étudiants. La belle apparence, c’est certainement le secret de la vie dans une cité universitaire ; nous sommes nous convaincus après notre immersion.
En effet, derrière les belles apparences des étudiants des lieux se cachent une réalité peu enviable, l’insalubrité. Pendant nos petits tours aux encablures des pavillons, nous sommes suffoqués par les odeurs nauséabondes qui se dégagent de tas d’ordures disposés çà et là. Chose curieuse, ces ordures s’amoncèlent à côté de poubelles vides. Certaines poubelles sont hors d’usage tandis que certaines autres sont pleines et abandonnées sans être vidées. A l’extrême droite des pavillons, des eaux usagées coulent à flot avec des moustiques qui pullulent de partout. A côté de ces immondices infestées de moustiques et d’autres insectes piquants, des étudiantes dans des éclats de rire espiègles font la lessive et/ou la vaisselle sans aucune gêne. L’aise qu’elles prennent à côtoyer les immondices laisse entrevoir une habitude de ces étudiantes à un cadre de vie qu’elles ont elles-mêmes pollué.
« Les étudiants ne sont pas propres autour d’eux »
S.A. est une étudiante vivant dans cette cité. En première année de Sciences économiques et de gestion, elle est consciente qu’elle et ses camarades sont à l’origine de l’insalubrité de leur cadre de vie. « Ce sont les étudiants c’est-à-dire les résidents de la cité eux-mêmes qui sont à l’origine de toutes ces ordures », fait-elle savoir. Et d’ajouter que « les étudiants ne sont pas propres autour d’eux. Parfois il y a de ces étudiantes qui peuvent rester depuis leur chambre à l’étage et déverser des ordures ou de l’eau usée par la fenêtre. Pourtant cela est interdit ».

A.D. est une autre étudiante vivant dans la même cité. Elle reconnait la responsabilité des étudiants mais indexe aussi du doigt l’insuffisance des poubelles. « Pour moi, c’est le manque de poubelles le problème. Voyez là-bas par exemple, il n’y a pas de poubelles. S’il y avait des poubelles, on allait pouvoir y mettre les ordures. Derrière ce pavillon, c’est juste une seule poubelle qui s’y trouve. Pourtant les filles sont nombreuses », nous explique-t-elle. Mais qu’à cela ne tienne, raconte-t-elle, « On dit chaque fois aux gens de faire l’effort, même s’il n’y a pas assez de poubelles, de mettre les ordures dans les quelques poubelles qui sont là. Il y a parfois des poubelles vides mais des étudiants viennent déverser des ordures à côté. C’est de loin que certains larguent les ordures. Ce qui fait qu’on a un cadre sale. Mais comme tout le monde est adulte ici, on ne peut rien dire. Chacun ne fait qu’observer ».
A.D nous confie que pour nettoyer les ordures, des journées de salubrité sont le plus souvent organisées par la délégation des étudiants résidents dans la cité. Mais là aussi, précise-t-elle, il n’y a pas une franche adhésion des étudiants à l’initiative. « Je me rappelle tout dernièrement, il y a une journée de salubrité qui a été organisée mais les étudiants ne se sont pas mobilisés. C’est seulement quelques étudiants qui sont sortis nettoyer juste la devanture », se souvient-elle encore.
Des toilettes chargées d’une odeur à couper le souffle
On pensait être au bout de nos surprises quand nous nous dirigeons vers les toilettes de la cité. A quelques pas des lieux, une odeur à couper le souffle nous accueille. Avec du courage, nous nous y introduisons. C’est le comble. L’intérieur de chaque pièce de WC offre son lot de surprises. Des excréments disposés aux abords des trous, des papiers hygiéniques usés jetés par-là, des urines contenues par les déchets forment une bouillie de matières fécales où des vermines et mouches de toutes sortes s’embrassent. Les toiles d’araignée sont le seul triste décor que l’on peut y observer sans avoir la nausée. A l’issue de ce constat, on pensait avoir visité des toilettes hors d’usage. Que ne fut notre surprise quand une étudiante nous apprend que c’est dans ces toilettes à la configuration malheureuse que les étudiants font leurs besoins. Comment se débrouillent-ils dans des toilettes d’un tel état ? Nous sommes nous questionnés. Une question restée sans réponse.
Du reste, pour l’étudiante A.D., les ordures mal gérées et l’insalubrité des toilettes sont regrettables d’autant plus qu’en tant qu’étudiants, il est de leur devoir d’entretenir leur cadre de vie. « Nous devrions nous-mêmes travailler à promouvoir l’hygiène mais malheureusement ce n’est pas le cas. Au début, nous essayions avec quelques camarades de nettoyer les toilettes mais l’instant d’après, on revient trouver que des gens ont déféqué sur le bord du trou du WC. On ne peut pas aussi passer notre temps à faire un travail nul.», A.D. nous explique-t-elle des initiatives d’hygiène échouées.

Comment faire pour résoudre cette question d’insalubrité afin d’avoir une cité propre à l’image de ses occupants ? W.G., étudiant en Sciences biologiques, estime qu’il faut des sensibilisations pour une prise de conscience générale des étudiants. « J’estime qu’il faut des sensibilisations sur l’hygiène pour qu’on prenne la question à bras-le-corps. Il faut que les étudiants arrivent à prendre au sérieux la question de l’hygiène comme si c’était les mathématiques ou autre matière. », préconise-t-il.
Sur le triste constat du cadre de vie des étudiants, le délégué général de la cité que nous avons joint à plusieurs reprises n’a pas souhaité se prononcer.
Sur la gestion des ordures, une source bien introduite dans la cité nous apprend qu’il y a un prestataire qui se charge de vider les poubelles. Mais, dit-elle, ce prestataire a interrompu ses services depuis un certain temps. Pourquoi ? Sur la question, nous avons touché le Directeur régional du CENOU de Bobo-Dioulasso qui n’a pas souhaité nous entretenir sur le sujet, pour selon lui, des formalités administratives auxquelles on devrait se conformer.
En attendant que la cité soit libérée des ordures qui l’assaillent, certains étudiants sont conscients du danger de ces immondices sur leur santé tandis que certains autres se montrent toujours insouciants.
Diakalia SIRI/ collaborateur (Ouest Info)





Merci pour cet article ô combien interpellateur très estimé ami Diakalia SIRI. L’insalubrité qui règne au sein de la cité est un secret de polichinelle. Elle est intrinsèquement liée aux faits et gestes des étudiants. Je pense que des solutions palliatives se doivent de se créer tant au niveau des responsables administratifs de la cité et aussi du côté des étudiants.
Les responsables administratifs doivent être fermes et plus exigeants sur l’application des règles d’hygiène . Les étudiants, quant à eux , doivent faire preuve d’un sens élevé de la responsabilité, de la bonne gestion du patrimoine commun .
La Délégation Générale des Étudiants de la cité universitaire pourrait faire de l’assainissement de la résidence , leur cheval de bataille en adoptant des stratégies simples et concrètes : plaidoirie pour une augmentation du nombre des poubelles , sensibilisation des étudiants , organiser par pavillon des séances de nettoyage hebdomadaire . L’esprit fleurit dans un cadre où l’hygiène et des suaves odeurs font bon ménage , a- t-on l’habitude de le dire.