A quelques jours de la fête de ramadan, les commerçants du marché central de Bobo-Dioulasso sont inquiets. Pour cause, ils manquent de clients comme les années antérieures. Si certains de ces commerçants disent ignorer les causes de cette morosité du marché, d’autres par contre indexent la situation sécuritaire. Une équipe de Ouest Info a fait le tour de quelques commerçants du marché central de la ville dans la matinée du mardi 18 avril 2023 pour prendre la température des préparatifs de la fête de ramadan.
Il est 10h quand nous faisons notre arrivée à l’entrée Est communément appelée Kôkô dunda du marché central de la ville de Bobo-Dioulasso. Des jeunes commerçants accostent toute personne qui tente de pénétrer le marché. L’exercice porte difficilement des fruits. Langue prise avec eux, on comprend très rapidement que leur activité traverse une période de vaches maigres. Ils décrient tous la morosité des préparatifs de la fête de ramadan 2023. Pour eux, c’est du jamais vu.
Claude Pal est commerçant de chaussures depuis maintenant huit (08) ans. Il est installé juste à l’entrée du marché. Il est en manque de clients à environ 72 heures de la fête. Inimaginable en comparaison avec les années antérieures, dit-il. Une situation désespérante pour le jeune commerçant qui ne peut que se résigner. « On ne peut parler de bonne ambiance de fête que lorsqu’il y a la paix. Il n’y a aucune ambiance pour les préparatifs de la fête de ramadan cette année. Le marché morose depuis quelques jours. Or, il devrait avoir un changement vu que c’est à l’approche de la fête. Les clients qui avaient l’habitude de quitter les campagnes pour venir prendre nos marchandises en gros ne viennent plus du fait de l’insécurité. Il y a aussi que cette insécurité a entrainé le manque d’argent. Ce qui fait nos clients de la ville aussi n’ont pas d’argent pour les achats. On ne sait plus quoi dire. L’essentiel est que nous soyons en bonne santé et que la paix revienne au Faso », nous confie Claude Pal.
A quelques encablures de notre interlocuteur, un autre vendeur de chaussures morfond devant ses articles étalés dans une charrette comme échantillon d’un magasin à l’intérieur du marché. Nous l’accostons. Au premier abord, il n’eût même pas le temps de répondre à notre bonjour quand il se met à nous présenter ses articles avec leurs prix. Très vite il comprend que nous ne sommes pas des clients. Mis au courant de l’objet de notre présence, il n’hésite pas à s’ouvrir à nous sur la situation du marché à l’orée de la fête du ramadan. Dans nos échanges, nous apprenons qu’il se nomme Abdramane Maïga. Il est lui aussi dans le commerce, il y a environ huit (08) ans.
Il confie n’avoir jamais vécu une pareille situation. Pendant nos échanges, une cliente occasionnelle se pointe devant ses marchandises. Il nous tourne le dos pour s’occuper de cette dernière. Elle porte son dévolu sur une paire de chaussures. « 4 500 f », dit Abdramane Maïga à la jeune dame intéressée par les chaussures. Après plusieurs minutes de discussion, les deux interlocuteurs s’accordent sur 3 000 f. Le jeune commerçant nous confie qu’il a vendu son article à ce prix pour ne pas perdre sa cliente sinon, dit-il, cette chaussure coûte bien plus que ça. Il se sert de cet exemple pour nous expliquer leur misère en cette préparatifs de fête de ramadan 2023.
« Les temps sont durs. Cette année, on n’est pas du tout content du marché. Les années passées, à heure-là, il y avait un embouteillage dans le marché à l’intérieur comme à l’extérieur. On n’avait même pas le temps. Actuellement on peut vendre 75 000f par jour alors que pendant les fêtes des années antérieures, on pouvait vendre jusqu’à 550.000f par jour », nous explique Abdramane Maïga.
Après avoir partagé en quelques instants le désespoir du jeune Maïga, nous nous dirigeons vers le centre du marché. Là-bas, on aperçoit des vendeurs d’accessoires de beauté et des coiffeuses qui trônent au milieu de quelques clientes. A notre bonjour répond Tènè Sanou, une des coiffeuses des lieux. Avec ses camarades coiffeuses, elles se plaignent du manque d’engouement pour les préparatifs du ramadan 2023.
Selon elles, le marché de cette année n’est en aucun cas comparable à ceux des années précédentes. Les quelques rares, font-elles savoir, par manque d’argent amènent leurs enfants pour de simples nattes. Toute chose qui ne rapporte pas gros, précisent-elles. « Cette année, le marché est sur répondeur. Il n’y a pas de clientes. On sent que les temps sont durs à cause de l’insécurité que traverse le pays. Pour les années passées, à une semaine avant la fête les gens se bousculaient ici. On n’arrivait même pas à coiffer toutes nos clientes. Mais cette année, c’est carrément le contraire », relate Tènè Sanou.
Tout comme ces commerçants et vendeuses qui se plaignent de la morosité du marché en cette période de fête de ramadan 2023, ils sont nombreux ces acteurs du secteur informel qui ont du mal à faire de bonnes affaires eu égard à la situation sécuritaire que traverse le pays.
Sita Guitti (Stagiaire)/Ouest Info




