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Relance durable de la production cotonnière au Burkina : Les producteurs plébiscitent le coton biotechnologique

La production du coton au Burkina Faso connait des contreperformances depuis 2016. Ce constat est vraisemblablement lié à l’abandon de la culture du coton Bt. Depuis le retour du coton conventionnel, plus rien ne va dans la production cotonnière au pays des Hommes intègres notamment dans la zone de production de la Société Burkinabè des Fibres Textiles (Sofitex). Défections de producteurs de la culture du coton, réduction de superficies de production de certains cotonculteurs, baisse des rendements, utilisation excessive de pesticides, pénibilité du travail de production constituent entre autres des difficultés entrainées par la réintroduction du coton conventionnel au Burkina Faso depuis la campagne cotonnière 2016-2017. La courbe des performances est descendante campagne après campagne. Et nombreux sont les producteurs qui regrettent l’abandon de la culture du coton génétiquement modifié (CGM) couramment appelé coton Bt. Ainsi, le retour du coton biotechnologique dans les champs de coton semble être l’heureuse alternative pour une relance durable de la production cotonnière au Burkina Faso.

Il est vieux. Aujourd’hui, il se déplace sur un vieux vélo rouillé. Quelques années plus tôt, il menait une vie tranquille et prospère à Yabasso, son village grâce à la culture du coton biotechnologique. Bien connu dans ce village comme une ancienne gloire de la production cotonnière, il ne lui reste plus que des souvenirs.

Des souvenirs de cette belle époque de la production du coton Bt où il palpait des millions de francs CFA à la fin de chaque campagne cotonnière. Alors producteur de coton modèle, il était président du Groupement de producteurs de coton (GPC) dénommé “GV-Yabasso”. Il était aussi président de l’Union départementale de producteurs de coton de Lèna.

C’était également lui, le trésorier général de l’Union provinciale de producteurs de coton du Houet. Aujourd’hui, toutes ces casquettes ne sont plus que des traces de son glorieux passé de cotonculteur.

Lui, c’est Ouoba Millogo, un ancien producteur de coton désenchanté par la culture de l’or blanc depuis l’abandon du coton Bt.

Ouoba Millogo, ancien producteur de coton prêt à reprendre la culture du coton si le coton biotechnologique revient dans les champs.

Nous sommes en pleine campagne cotonnière 2024-2025. Pour cette campagne en cours, les indicateurs de la production sont au rouge avec moins de 300 000 tonnes envisagées dans la zone Sofitex. Du jamais vu dans l’histoire de la production cotonnière au Burkina Faso. Mais selon certains acteurs, l’abandon du coton Bt laissait présager une telle situation.

La soixantaine bien sonnée, Ouoba Millogo ne produit plus de coton depuis la deuxième campagne (2017-2018) qui a suivi l’abandon du coton transgénique. Il vit désormais avec la crainte de sombrer dans la pauvreté. Mais sa décision semble irrévocable face à la culture du coton conventionnel. Ne plus jamais mettre une seule graine de coton en terre à l’absence du coton Bt dans la chaine de production cotonnière. « Dès la première campagne du coton conventionnel, je suis tombé à 140 000 F CFA d’impayé. J’ai décidé d’arrêter car avec le coton Bt, je gagnais beaucoup d’argent. A la fin de chaque campagne, je construisais des maisons, je payais des motos et je mariais des femmes pour mes enfants. Mais aujourd’hui, je ne peux même plus rouler à moto», nous confie l’ancien producteur.

D’une voix passionnée, il se montre visiblement scandalisé par la réintroduction de la variété conventionnelle dans la production cotonnière. Il perçoit cette décision comme un passage en force de la Sofitex contre la volonté des producteurs.

Dépité, Ouoba Millogo raconte le calvaire de son expérience des deux (02) premières campagnes cotonnières post coton Bt. Entre pénibilité du travail, danger de l’abondante utilisation des pesticides et contreperformances, le récit de l’ancien producteur camoufle mal sa nostalgie de la production du coton Bt. Il met à nu une dure face cachée de la production du coton conventionnel. Une simple évocation comparative entre le coton conventionnel et le coton biotechnologique suffit pour que les émotions de Ouoba Millogo remontent à la surface. Par lui, on est tenté de croire que l’abandon du coton Bt affecte beaucoup de cotonculteurs.

« Quand je produisais le coton Bt, je faisais juste deux (02) traitements phytosanitaires par campagne. Ces deux (02) traitements n’étaient d’ailleurs pas obligatoires. Je récoltais souvent plus de 1,5 tonne à l’hectare. Mais avec le coton conventionnel, on fait au minimum sept (07) traitements par campagne. Ce qui est pénible pour tout producteur et encore plus pour quelqu’un de mon âge. Il y a aussi que les cotonniers de la variété Bt résistent mieux à la sécheresse que ceux du conventionnel. Avec toutes ces difficultés dans la production du conventionnel, avoir 800 kilogrammes à l’hectare est un exploit. C’est d’ailleurs cette pénibilité combinée aux faibles rendements du coton conventionnel qu’on nous a imposé, qui m’ont fait arrêter la culture du coton », foi du sexagénaire.

Ce dernier dit être prêt à reprendre la production cotonnière si toutefois, l’on revient au coton génétiquement modifié. « Depuis que j’ai abandonné la filière, à l’annonce de chaque campagne cotonnière, j’emblave mes huit (08) hectares de champ avec l’espoir d’apprendre que le coton Bt est de retour. Mais jusque-là, j’ai toujours fini par y semer d’autres spéculations agricoles. C’est donc dire que l’année où l’on annoncera le retour du coton Bt, je vais reprendre la production avec certainement beaucoup de mes camarades qui ont aussi abandonné car le coton Bt est trop bénéfique », confie Ouoba Millogo.

Les contreperformances du coton conventionnel en chiffres

CampagnesSuperficies totales emblavées en haProduction globale en tonnesRendements en kg/ha
2013-2014 (coton Bt)500 300508 1681016
2014-2015 (coton Bt)527 150565 9991074
2015-2016 (coton Bt)518 394 489 682  945
2016-2017600 993544 500  906
2017-2018689 860448 886  651
2018-2019469 331318 555  678
2019-2020458 493367 021  800
2020-2021470 424426 451  906
2021-2022514 734450 000  874

Source des données : Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina (UNPCB).

Ce tableau montre les résultats de la production du coton Bt puis conventionnel dans la zone Sofitex. On constate que les rendements des deux (02) avant-dernières campagnes de production du coton Bt sont supérieurs à une tonne à l’hectare. Bien que moins d’une tonne à l’hectare, le rendement de la dernière campagne du coton Bt (2015-2016) est supérieur aux rendements successifs des six (06) premières campagnes du coton conventionnel.

On peut remarquer que depuis la campagne 2016-2017 marquant le retour du coton conventionnel, les rendements ont dégringolé pour atteindre 651 kg comme rendement moyen à l’hectare pour la campagne cotonnière 2017-2018. C’est cette même campagne qui a enregistré la plus grande superficie totale emblavée dans la zone Sofitex.

Les deux campagnes (2018-2019 et 2019-2020) qui ont suivi cette campagne de la plus grande dégringolade, ont enregistré les plus faibles superficies emblavées de la zone Sofitex. Ce qui laisse entrevoir une sorte de lassitude des producteurs après de vains efforts pour remonter la pente.

Sur foi des données statistiques ci-dessus, on peut constater que depuis l’abandon du coton biotechnologique, les rendements sont inférieurs à une tonne à l’hectare. Cette baisse de rendement est doublée d’une pénibilité accrue du travail de production.

« Avec le coton Bt, la production était simple et on pouvait même se permettre de ne pas traiter ses cotonniers et faire un très bon rendement »

Face à la pénibilité et aux contreperformances enregistrées dans la production du coton conventionnel, des producteurs ont réduit leurs superficies de production. C’est le cas de Fatoumata Sanou de Sangouléma dans la commune de Bama et de Amadou Sanou de Walana dans la commune de Lèna.

De 7,5 hectares, Fatoumata Sanou s’est retrouvée avec seulement 3,5 hectares les trois dernières campagnes cotonnières (2022-2023 ; 2023-2024 ; 2024-2025). Comme cause, la quinquagénaire indexe la pénibilité du travail de production et les faibles rendements du coton conventionnel. « J’ai commencé la culture du coton quand c’était le coton Bt. On ne faisait que deux (02) traitements qui, d’ailleurs, étaient souvent facultatifs. Les rendements étaient bons car j’obtenais plus d’une tonne à l’hectare. Mais depuis que l’on est revenu à la production du coton conventionnel, en tant que femme, c’est un calvaire. On souffre avec les multiples traitements qu’on est obligé de faire. Malgré ces efforts, à la fin de la campagne, on s’en tire avec presque rien », explique Fatoumata Sanou qui digère mal l’abandon du coton Bt.

Fatoumata Sanou, productrice de coton montrant les anciennes limites de sa superficie de production qui est passée de 7,5 ha en coton Bt à 3,5 ha en coton conventionnel.

D’un ton résigné, elle fait savoir qu’un seul intérêt la maintient dans la production cotonnière. « Pour être sincère, je dirai que je suis toujours dans la culture du coton pour continuer à bénéficier de l’engrais dont on est doté pour la culture céréalière. Si j’abandonne la culture du coton, je vais perdre cet avantage. Sans autre source de revenus, je ne pourrais pas aider mon mari à assurer les besoins alimentaires de la famille. Sinon le coton conventionnel m’aurait fait abandonner la culture cotonnière et ce, à cause des contreperformances et des dures conditions de production de cette variété », avoue dame Sanou.

Quant à Amadou Sanou de Walana, il a tenu une superficie de production cotonnière de cinq (05) hectares pendant plusieurs années. Mais au cours des quatre (04) dernières campagnes, il l’a ramenée à quatre (04) hectares pour pouvoir tenir le coup. Pour ce producteur, les conditions de production se sont durcies.

Sans main d’œuvre, c’est difficile de pouvoir respecter le nouvel itinéraire technique quand on sait, souligne-t-il, que le travail des enfants est proscrit dans la production cotonnière. « C’est la pénibilité du travail de production du coton conventionnel qui m’a amené à réduire ma superficie de production. Avec le coton Bt, la production était simple. On pouvait même se permettre de ne pas traiter ses cotonniers et faire un très bon rendement. Mais avec le coton conventionnel, on travaille plus pour gagner peu. C’est pourquoi j’ai réduit ma superficie de production », Amadou Sanou regrette-t-il l’abandon du coton transgénique.


Courbe évolutive des rendements du coton Bt au coton conventionnel  

               

Source des données : Union Nationale des producteurs de Coton du Burkina (UNPCB)

« La production du coton Bt a marqué l’âge d’or de la production cotonnière au Burkina »

Bakary Sanou est un ancien producteur de coton basé à Niamadougou, un village de Bobo-Dioulasso. Son histoire avec la production cotonnière remonte à 1996. Il a une longue expérience dans la production du coton conventionnel. Il en a produit jusqu’en 2008. Une année au cours de laquelle les producteurs de coton du Burkina basculent dans la culture du coton génétiquement modifié (CGM) couramment appelé coton Bt.

Pour lui, c’est à partir de cette période d’introduction du coton Bt que la production cotonnière a vraiment séduit beaucoup de producteurs. D’une voix qui camoufle mal sa nostalgie, cet autre sexagénaire raconte qu’il a connu ses plus fortes performances avec le coton Bt.

« La production du coton Bt a marqué l’âge d’or de la production cotonnière au Burkina. Avec le coton Bt, on ne faisait que deux traitements de pesticides et on récoltait mieux. C’est pendant la période de production de cette variété que les producteurs de coton ont commencé à s’enrichir. Il était alors difficile de voir un producteur qui n’avait pas de moto.  Pourtant avant l’introduction du coton Bt, quand il y avait une réunion des producteurs, les parkings étaient bondés de vélos », témoigne-t-il.

Bakary Sanou, ancien producteur de coton qui a connu ses meilleures performances de production pendant la production du coton biotechnologique.

En plus des dures conditions de production et des contreperformances du coton conventionnel, Bakary Sanou dénonce l’abondante utilisation des pesticides dans la production de cette variété. Pour lui, les millions de litres de pesticides utilisés par campagne menacent la santé des producteurs, impactent l’environnement et polluent les cours d’eau.

« Par rapport au coton Bt, la culture du coton conventionnel n’apporte aucun avantage au producteur qu’au contraire il appauvrit. Les multiples traitements exposent aussi les producteurs à des maladies. On n’a pas de combinaison de protection pour les traitements. Or durant tout le cycle du coton conventionnel, on est obligé de faire en moyenne un traitement chaque deux (02) semaines. Je pense qu’on n’a pas besoin d’être un expert pour savoir que c’est un danger pour notre santé », s’indigne Bakary Sanou.

L’ancien producteur de coton de Niamadougou s’insurge par ailleurs contre cette production cotonnière gourmande de produits agrochimiques.  Alors qu’on pouvait, souligne Bakary Sanou, éviter l’utilisation excessive des pesticides en maintenant la culture du coton Bt. « L’argument du problème de la longueur de la fibre du coton Bt est un faux débat. Je suis un paysan mais je sais que beaucoup de pays produisent ce coton et le vendent bien sur le marché mondial sans difficultés. Je pense qu’on a tout simplement politisé la filière. Je ne sais pas si la Sofitex a un intérêt particulier dans la production du coton conventionnel puisque c’est elle qui nous l’a imposé. Sinon pour le producteur, ce n’est que la misère. Avec sept (7) à neuf (9) traitements par hectare et par campagne, imaginez-vous combien de millions de litres de produits chimiques la production du coton conventionnel fait déverser dans la nature chaque année. Ce n’est pas sans conséquences sur la santé des cotonculteurs et sur l’environnement », Bakary Sanou analyse-t-il la situation d’un ton qui laisse transparaitre son mal être.

Le coton conventionnel et l’utilisation abondante des pesticides en chiffres

CampagnesSuperficies totales emblavées en hectares par campagneQuantités potentielles en litres de pesticides utilisés (superficies totales par campagne × 7 traitements)
2016-2017600 9934 206 951
2017-2018689 8604 829 020
2018-2019469 3313 285 317
2019-2020458 4933 209 451
2020-2021470 4243 292 968
2021-2022514 7343 603 138
Total3 203 835 22 426 845

Source des données : Union Nationale des producteurs de Coton du Burkina (UNPCB)

Selon les statistiques de l’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina (UNPCB), de la campagne cotonnière 2016-2017 à la campagne 2021-2022, les superficies emblavées dans la zone de production de la Sofitex varient en dents de scie entre 458 493 hectares et 689 860 hectares.

Selon l’itinéraire technique établi, le traitement d’un hectare nécessite au moins un litre de pesticide. Ainsi, le minimum des sept (07) traitements exigés dans le cycle de production du coton conventionnel fait absorber aux plants de chaque hectare emblavé au bas mot sept (07) litres de pesticides par campagne.

Si l’on fait le total des superficies des six (06) premières campagnes du coton conventionnel (voir tableau ci-dessus), l’on obtient en moyenne plus de 3,7 millions de litres de pesticides utilisés par campagne. En six (06) campagnes de production du coton conventionnel, on a au moins 22,4 millions de litres de pesticides chimiques déversés dans les champs de coton de la zone Sofitex.

Tableau récapitulatif de l’itinéraire technique d’un champ de coton conventionnel affichant les sept (07) traitements à Bodialédaga (campagne 2024-2025).

Si on fait un parallèle avec la production du coton biotechnologique qui n’avait besoin que de deux (02) traitements par campagne, on aurait divisé les 22,4 millions de litres de pesticides des six (06) premières campagnes du conventionnel par 3,5.

Ce qui aurait donné 6,4 millions de litres de produits chimiques utilisés en six (06) ans. A partir de ces statistiques, il est clairement établi que la production du coton conventionnel impacte la santé des producteurs et pollue l’environnement 3,5 fois plus que la production du coton Bt.


Comparaison des potentielles quantités de pesticides utilisées entre le coton conventionnel et le coton Bt pour les mêmes superficies
Source des données : Union Nationale des producteurs de Coton du Burkina (UNPCB)

 Ce graphique affiche l’avantage comparatif du coton Bt par rapport au conventionnel sur les plans sanitaire, environnemental, pédologique et hydraulique. On constate que le coton biotechnologique utilise peu de pesticides que le coton conventionnel.

On ne dispose pas de chiffres officiels mais beaucoup de producteurs comme Ouoba Millogo et Bakary Sanou ont abandonné la production cotonnière depuis l’abandon du coton Bt en 2016. Et la saignée continue dans les rangs des producteurs puisque chaque campagne enregistre son lot de démissionnaires.

C’est le cas du Groupement de producteurs de coton (GPC) de “Nambébé” à Natema dans le département de Bama. Ces producteurs ont abandonné la culture du coton à partir de la campagne 2024-2025. Cela fait suite à des impayés de campagnes antérieures que leur groupement n’a pu supporter. “Sabugnouma” est un autre GPC à Soungalodaga 1 toujours dans le département de Bama. Ce GPC est sur le point de jeter l’éponge car il vient de tomber en impayé pour la deuxième fois consécutive (campagnes 2023-2024 et 2024-2025).

Ainsi avec des GPC entiers qui abandonnent la production, on peut déduire que de plus en plus, des producteurs tournent dos à la culture du coton conventionnel avec un appel au retour du coton biotechnologique afin qu’ils puissent se réengager dans la filière.

Aboubacar Bamouni ou la lutte d’un leader d’OSC pour le coton Bt

Aboubacar Bamouni est leader d’organisation de la société civile. Il est le coordonnateur du Collectif citoyen pour la science et le développement durable par ailleurs président du Mouvement pour le développement et l’éveil social.

Il a lutté aux côtés de producteurs pour le maintien du coton Bt dans les champs de coton. Avec ses camarades, Aboubacar Bamouni a sillonné plusieurs régions cotonnières de la zone Sofitex pour inviter les producteurs à exiger le maintien du coton Bt.

« Pour l’avoir expérimenté avant l’introduction du Bt, les producteurs connaissaient très bien le coton conventionnel et sont conscients de la pénibilité de son travail de production. C’est d’ailleurs parce que le conventionnel a posé un souci qu’ils sont allés vers le Bt. On n’a donc pas eu besoin de beaucoup d’arguments pour les convaincre. Partout où nous sommes passés, les producteurs étaient d’accord avec nous et ont pris l’engagement de ne pas produire si toutefois on abandonne le coton Bt », raconte Aboubacar Bamouni.

Aboubacar Bamouni, leader de la société civile qui a lutté aux côtés des producteurs pour le maintien du coton Bt

La tournée de sensibilisation de l’organisation de la société civile aussitôt terminée, souligne Aboubacar Bamouni, le directeur général de la Sofitex d’alors Wilfried Yaméogo a organisé une contre-campagne pour mobiliser les producteurs autour de la production du coton conventionnel qui était déjà prêt à revenir dans leurs champs.

Une démarche qui, selon Aboubacar Bamouni, a désorganisé la lutte et divisé les producteurs entre partisans et opposants au retour du coton conventionnel. Malgré les gros moyens déployés par la Sofitex, à en croire le leader de la société civile, les producteurs de certaines zones de production sont restés opposés à l’abandon du coton Bt.

C’est le cas du Kénédougou où les localités de Kourouma et N’Dorola ont catégoriquement refusé de produire le coton pendant la campagne 2016-2017, foi du leader de la société civile.  

Aboubacar Bamouni justifie son engagement d’alors pour le maintien du coton Bt pour ses multiples avantages en termes de conditions de production, de rendement et de faible utilisation de pesticides. Le leader d’OSC affirme qu’aujourd’hui l’histoire lui donne raison.

Pour lui, les chutes et rechutes successives de la production cotonnière des neuf (09) dernières campagnes, ne peuvent que s’expliquer par l’abandon du coton biotechnologique. Il demeure convaincu que la solution pour une relance durable de la filière au Burkina Faso, c’est avec le coton génétiquement modifié ou à tout jamais.

« Tous les producteurs veulent revenir au coton génétiquement modifié compte tenu de ses avantages agronomiques »

Nikiébo N’Kambi est le président de l’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina Faso (UNPCB). Face à la pénibilité du travail et aux contreperformance enregistrées par la filière depuis le retour du coton conventionnel dans les champs de coton en 2016, Nikiébo N’Kambi par ailleurs président de l’Association Interprofessionnelle du Coton du Burkina (AICB) rêve d’une relance durable de la production du coton.

Ainsi, l’AICB qui regroupe les trois (03) zones cotonnières du pays (Sofitex, Fasocoton et Socoma) a organisé un atelier de concertation des producteurs sur les défis de la production cotonnière le 24 septembre 2024 à Bobo-Dioulasso.

L’objectif était de discuter de la pertinence d’un éventuel retour du coton génétiquement modifié en lieu et place du coton conventionnel.  Au sortir de cet atelier d’échanges entre professionnels de la filière, c’est un président de l’UNPCB et de l’AICB rassurant qui s’exprime. Il est réconforté dans sa démarche de retour vers la culture du coton génétiquement modifié. « Cette concertation nous a permis de constater que tous les producteurs veulent revenir au coton génétiquement modifié compte tenu de ses avantages agronomiques », laisse entendre Nikiébo N’Kambi au sortir de la rencontre de concertation avec les producteurs.

Le président de l’AICB, Nikiébo N’Kambi, expliquant les avantages de la culture des CGM

Le président de la faîtière des producteurs de coton du Burkina détaille ainsi les avantages du coton Bt. « Avec le coton génétiquement modifié, on passera d’une moyenne de six (06) à dix (10) traitements en insecticides à seulement deux (02) traitements. Avec le coton Bt, il y avait même des producteurs qui ne traitaient pas du tout leurs champs et ils récoltaient du coton. Alors qu’avec la variété que nous produisons aujourd’hui, si vous ne traitez pas, vous n’allez pas récolter une seule graine de coton. Vous vous rendrez compte qu’avec le coton génétiquement modifié, on traite peu ou on peut même ne pas traiter. On gagne ainsi du temps qu’on peut utiliser pour faire autre chose. Faire moins de traitements est bénéfique pour le producteur qui portera moins de produits insecticides sur le dos. En plus de ces avantages, les rendements du coton génétiquement modifié à l’hectare sont évalués à plus de 30% d’augmentation par rapport au conventionnel. On peut retenir que le coton Bt préserve mieux l’environnement par la faible utilisation d’insecticides », Nikiébo N’Kambi en est-il convaincu.

En tout cas, le constat est que depuis le retour du coton conventionnel dans les champs de coton en 2016, la filière cotonnière burkinabè bat de l’aile campagne après campagne. Des contreperformances successives, cette filière présente toute l’apparence d’une mine d’or mal exploitée.

Et ses principaux acteurs notamment les producteurs ont la forte conviction que le coton conventionnel est une variété à écarter ou à corriger génétiquement pour une relance durable de la production cotonnière au Burkina Faso.

 En attendant un écho favorable au plébiscite du coton biotechnologique par les producteurs, le secteur du coton, citadelle de l’économie burkinabè agite le spectre d’un effondrement imminent.

Abdoulaye Tiénon/Ouest  Info

tienonabdoulaye@yahoo.fr

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

2 Commentaires

    • Salut. Merci pour la contribution. Il semble que le coton biologique est difficile est à produire. Du coup, on ne peut pas produire en quantité. Ce son des dames qui cultive cette variété dans la localité de Pâ.

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