Un casque qui manque sur une tête, un feu tricolore rouge non respecté, une moto garée en plein passage, un sachet plastique jeté dans un caniveau. À Bobo-Dioulasso, ces scènes font désormais partie du quotidien en circulation. Malgré les opérations de contrôle, les campagnes de sensibilisation et les sanctions, ces comportements inciviques persistent dans les rues de la ville. Face à cette situation, la Police Municipale multiplie les actions pour tenter d’inverser la tendance. Pour mieux comprendre l’ampleur de la situation, Ouest Info est allée à la rencontre des responsables de la Police Municipale en charge de la sensibilisation et de la repression des comportements contraire à l’ordre public.
À Bobo-Dioulasso, l’incivisme a la peau dure. Ce constat est plapable et se lit aussi dans les chiffres. Les opérations menées par la Police Municipale donnent à voir l’ampleur des infractions enregistrées sur le terrain. De janvier à mars 2025, 2 110 motos, 118 véhicules et 233 tricycles ont été saisis pour diverses infractions dans la ville de Bobo-Dioulasso. Entre avril et juin 2025, les saisies ont concerné 138 vélos, 4 638 motos, 315 véhicules et 315 tricycles. Pour la période de juillet à septembre 2025, 46 vélos, 4 580 motos, 353 véhicules et 101 tricycles ont été saisis.
Ainsi, de janvier à septembre 2025, la Police Municipale de Bobo-Dioulasso a mis la main sur 184 vélos, 11 328 motos, 649 tricycles et 786 véhicules. Ce qui fait un total de 12 947 engins saisis. Le nombre de ces engins traduit le degré d’incivisme dans la ville de Bobo-Dioulasso. Derrière ces saisies de la Police Municipale, se trouvent des infractions de diverses natures le non-port du casque, le non-respect des feux tricolores, les stationnements anarchiques, l’excès de vitesse.
Au-delà des actes d’incivisme liés à la circulation routière, la Police Municipale de Bobo-Dioulasso fait aussi face à des cas d’incivisme liés à l’insalubrité, aux nuisances sonores, aux installations anarchiques et autres.
Pour Seydou Coulibaly, directeur général de la Police Municipale de Bobo-Dioulasso, le phénomène d’incivisme reste préoccupant. « L’incivisme a la peau dure », confie-t-il. Il pointe par ailleurs du doigt le non-respect des règles de sécurité routière, particulièrement celles relatives au port du casque. Le directeur général cite aussi comme causes de plusieurs cas d’incivisme, l’utilisation croissante des tricycles comme moyen de transport.

Mais la persistance des cas d’incivisme s’expliquent par l’ignorance des règles de la circulation et de la vie urbaine quand bien même qu’il est courant d’entendre que « nul n’est censé ignoré la loi ». C’est du moins ce qu’estime Kibi Sanou, directeur de la sécurité publique à la direction générale de la Police Municipale.
Lors des opérations de contrôle, explique-t-il, le nombre d’engins saisis reste élevé, alors qu’il devrait progressivement diminuer. Une situation qu’il lie au manque de formation des conducteurs. « La plupart des usagers utilisent les engins à deux roues et ils roulent sans passer par des auto-écoles », déplore-t-il.
À cette difficulté s’ajoute, pour Kibi Sanou, la présence de mineurs au guidon de motos et/ou de tricycles. «Certains conduisent sans formation et parfois sans casque, exposant ainsi leur propre sécurité et celle des autres usagers », confie t-il d’un air visiblemenr déçu du comportement de certains usagers sur la route.
La sanction pour dissuader les comportements inciviques
Face à la persistance de l’incivisme, la Police Municipale de Bobo-Dioulasso dit agir sur plusieurs leviers notamment par la sensibilisation, la formation et la répression. Pour Seydou Coulibaly, l’éducation demeure toutefois la clé contre l’incivisme. « Il faut miser sur l’éducation car lorsque les gens seront bien éduqués, ils comprendront et cela va réduire les cas d’incivisme », en est-il convaincu.
Au-delà des contrôles, des saisies et des sanctions, l’enjeu pour le directeur général de la Police Municipale de Bobo-Dioulasso, est surtout de parvenir à impacter positivement durablement les comportements. « Le travail de la Police au changement de comportement est une tâche loin d’être simple dans une ville où les deux-roues occupent une place importante dans la mobilité quotidienne », a laissé entendre Seydou Coulibaly.
Quand les infractions renflouent les caisses du Trésor
Si l’incivisme est combattu par la Police Municipale, c’est un phénomène qui contribue par ailleurs à renflouer les caisses de la commune. En effet, les sanctions infligées aux contrevenants permettent à la Police Municipale de contribuer à la mobilisation des recettes au niveau de la commune.
Pour preuve, en 2025, la Police Municipale de Bobo-Dioulasso a atteint un taux de mobilisation de recette de 137 %, avec plus de 110 millions de FCFA mobilisés. De janvier à juillet 2026, l’institution affiche déjà un taux d’exécution de 52,80 % pour plus de 79 millions de FCFA mobilisés.
Des recettes qui témoignent de l’importance du paiement des contraventions liés à des actes répréhensibles. Et pour les responsables de la Police Municipale, il reste un gros travail à faire pour un changement de comportement. Car pour la Police Municipale, soulignent-ils, l’objectif ne saurait être de multiplier les contraventions. Le véritable défi, ajoutent-ils, est de faire en sorte que les infractions diminuent et que le respect des règles devienne un réflexe chez les bobolais.
À Bobo-Dioulasso, l’incivisme a la peau dure. Cette réalité vient rappeler que ce phénomène n’est pas pour la Police Municipale une guerre à gagner mais une bataille à mener pernemment. Et pour ça Seydou Coulibaly et ses hommes veillent au grain.
Ali Djibey ( Stagiaire)/Ouest Info




