Se loger ou trouver un locataire pour sa maison s’apparente souvent à un véritable parcours du combattant pour les propriétaires et les locataires à Bobo-Dioulasso. Les démarcheurs en ont fait leur chasse gardée. Démarcheurs ou intermédiaires, ces agents immobiliers informels alimentent avec succès le secteur du business immobilier à Sya. Homme ou femme, jeune ou vieux, il n’y a ni genre ni âge pour exercer le démarchage immobilier. Face aux abus et aux dérives constatés dans cette activité, un arrêté interministériel du 08 avril 2026 donne un cadre légal au démarchage en matière de bail d’habitation privée. Au contact des acteurs, une équipe de Ouest Info a pu toucher du doigt un pan des réalités de ce gagne-pain.
Ils sont nombreux à vivre de l’activité de démarchage immobilier à Bobo-Dioulasso. Si certains le font occasionnellement ou comme activité secondaire, d’autres en ont fait leur gagne-pain quotidien. Dans ce reportage, nous n’avons rencontré que ceux qui pratiquent le démarchage immobilier comme activité secondaire.

Aziz Zerbo est démarcheur immobilier occasionnel. Pour lui, cette activité ne se limite pas à un simple moyen de gagner de l’argent, mais constitue aussi une manière d’aider les personnes à la recherche d’une maison. « Je fais le démarchage occasionnellement. C’est surtout dans le but d’aider des gens à trouver facilement des maisons en location, car il est difficile d’avoir une maison à Bobo sans les services d’un démarcheur », affirme-t-il. Fort de son expérience, il conseille toutefois aux bailleurs et aux locataires de rester vigilants, certains démarcheurs étant, selon lui, de mauvaise foi.
Des locataires reconnaissants mais prudents

Pauline Palenfo est locataire d’une maison à Belleville. C’est grâce aux services d’un démarcheur qu’elle a trouvé son logement. Elle nourrit ainsi une certaine sympathie pour cette activité, tout en appelant à une meilleure organisation. « Après l’attribution de la maison, le locataire a du mal à revoir le démarcheur en cas de problème. Pourtant, cela devrait être le cas puisqu’il est l’intermédiaire », déplore-t-elle.
Une activité basée sur la confiance
À 81 ans, Yamba Zongo exerce également le démarchage immobilier de manière occasionnelle à Belleville. Pour lui, cette activité repose essentiellement sur la confiance que lui accordent certains bailleurs. « Des bailleurs me confient leurs maisons à mettre en location. Ils me donnent les clés et je pense que c’est une question de confiance. Des jeunes avec qui je travaille se chargent de chercher des locataires. J’exerce cette activité surtout pour aider des personnes à trouver des maisons », explique-t-il.

L’octogénaire affirme toutefois ne pas vivre de cette activité, notamment en raison de son caractère informel. « Comme le métier n’est pas organisé, cela ne rapporte pas grand-chose. Aujourd’hui, les gens s’intéressent davantage aux sociétés immobilières qu’aux démarcheurs », souligne-t-il.
Un cadre réglementaire attendu
Pour de nombreux acteurs, l’activité de démarchage immobilier doit être encadrée afin de mieux la structurer. Benjamin Rabo, locataire à Belleville, estime que le manque d’organisation pose un problème de sécurité. « Cette activité est importante, mais elle doit être organisée. L’État doit définir des formalités pour exercer comme démarcheur, par exemple une inscription au registre du commerce. Cela permettra d’avoir un contrôle », propose-t-il.
Des démarcheurs favorables à l’encadrement

Démarcheur disposant d’un bureau à Belleville, Illyasse Den affirme exercer cette activité dans un esprit de bonne foi. « J’ai une adresse où les gens viennent me trouver. Je collabore avec d’autres personnes pour satisfaire les clients », indique-t-il. Il se dit favorable à une réglementation. « Cette réglementation sera la bienvenue. Il y a des gens qui se font appeler démarcheurs et qui trompent les locataires. En attendant, j’invite les bailleurs et les locataires à se tourner vers des démarcheurs ayant un lieu fixe ou vers les agences immobilières », recommande-t-il.
Sécurité et fiabilité au cœur des préoccupations
Pour Sami Palm, locataire, le caractère informel du démarchage représente également un manque à gagner pour l’État. Il plaide pour une loi spécifique afin de sécuriser les acteurs et faciliter le recouvrement des impôts liés aux loyers.

Propriétaire à Belleville, Raphaël Sawadogo se montre, lui, méfiant envers les démarcheurs. « J’ai préféré confier la gestion de mes locaux à des huissiers de justice. C’est plus sécurisant et les loyers me sont versés régulièrement », confie-t-il, invitant les bailleurs à privilégier cette option.
Une réglementation adoptée, mais pas encore appliquée
Si l’activité de démarchage immobilier prospère à Bobo-Dioulasso, elle soulève des préoccupations liées à la sécurité et à la fiabilité des intermédiaires.
Plusieurs acteurs appellent ainsi à son encadrement. Un souhait qui a trouvé un écho avec l’adoption de l’arrêté interministériel n°2026-001/MCP/MATM/MEF/MSECU/MICA du 08 avril 2026 portant réglementation du démarchage en matière de bail d’habitation privée.
En attendant l’application effective de ces textes, les démarcheurs informels continuent toutefois de jouer un rôle incontournable dans les contrats de location à Bobo-Dioulasso, avec les irrégularités que cela comporte.
Serge Palm (Stagiaire) Ouest Info




