Trouver un stage est devenu un véritable défi pour de nombreux étudiants à Bobo-Dioulasso. Là où une simple demande suffisait autrefois, l’accès aux stages semble aujourd’hui relever d’un véritable parcours du combattant. Entre démarches infructueuses et recours aux relations personnelles, les étudiants dénoncent cette situation. De leur côté, les universités avancent plusieurs arguments pour expliquer cette réalité. Immersion dans l’univers des étudiants bobolais en quête de stage, symbole des difficultés rencontrées par de nombreux apprenants de la capitale économique du Burkina Faso.
Assise à même le sol sur le campus de l’Université Nazi Boni du secteur 22, elle feuillette un cahier, la tête baissée. Notre bonjour interrompt sa concentration. D’une voix basse, elle nous répond d’un air méfiant.

Dix (10) minutes, c’est ce qu’il nous a fallu pour qu’elle accepte s’ouvrir à nous sur la problématique du manque de stages pour les étudiants à Bobo-Dioulasso. Elle, c’est Aminata Doumbia, étudiante en assistanat de direction à l’Université Nazi Boni.
Sur la question de la difficulté d’avoir des stages, sans ambages, elle laisse transparaitre sa déception vis-à-vis des entreprises. « J’ai déposé plusieurs demandes dans différentes structures sans suite. On vous accueille avec le sourire, on promet de rappeler, mais la demande reste lettre morte », explique-t-elle d’un ton calme qui camoufle mal sa tristesse.
Pour obtenir son stage de fin de 2è année, l’étudiante a dû compter sur l’épaisseur de son carnet d’adresse. « Pour mon rapport de 2è année l’année dernière, c’est grâce à une recommandation que j’ai pu obtenir un stage », confie-t-elle.

Comme elle, Wakili Ganama, étudiant en génie civil à l’université Nazi Boni, dit avoir multiplié les demandes sans obtenir de réponse favorable. « J’ai déposé plusieurs dossiers mais jusque-là, aucune suite ne m’a été donnée. Aujourd’hui, sans recommandation, ce n’est vraiment pas une mince affaire d’avoir un stage », déplore-t-il.

Si des étudiants ont des difficultés à avoir des stages, certains autres comme Saïdatou Ouédraogo n’éprouvent pas de difficulté à se voir accepter par des entreprises pour des stages. Saïdatou affirme, pour sa part, qu’il est possible d’obtenir un stage sans recommandation. « Certains disent qu’il est impossible de trouver un stage sans relations mais moi, j’ai simplement déposé une demande et j’ai été acceptée », témoigne-t-elle.
« Les effectifs ne permettent pas de garantir un stage à chacun »
Du côté des universités, les responsables en charge de la recherche des stages assurent mettre en place des mécanismes pour faciliter l’insertion des étudiants dans les entreprises. Mais ces mécanismes ne permettent pas à tous les étudiants d’avoir des stages.

A l’Université Baba Coulibaly, des partenariats ont été noués avec certaines entreprises. « Nous avons des conventions avec des structures comme L’Express du Faso pour accueillir nos étudiants pour les stages », explique Begue Dao, responsable des stages.
Toutefois, il reconnaît que les partenariats restent insuffisants face au nombre croissant d’étudiants. « Les effectifs ne permettent pas de garantir un stage à chacun », confie-t-il.
Même constat à l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) de l’Université Nazi Boni où Wendpouré Ousmane Compaoré, responsable des stages, évoque un système de lettres de recommandation accompagnant les demandes de stages des étudiants. « Nous avons une lettre de recommandation que l’étudiant joint à la demande de stage car nous avons des conventions avec certaines entreprises. Souvent, ce sont des étudiants qui n’expriment pas leur besoin de stage à temps. C’est pour cela que les entreprises ne répondent pas favorablement à leur demande », précise-t-il.

Selon Wendpouré Ousmane Compaoré, les difficultés de placement des étudiants en stage, s’expliquent également par le comportement de certains stagiaires et par la préférence des étudiants pour les grandes entreprises.
Avec ou sans conventions, certaines entreprises ne se lassent pas d’accueillir des étudiants pour des stages
Du côté des structures d’accueil, certaines institutions reçoivent des stagiaires sans convention formelle. C’est le cas du Conseil régional des Hauts-Bassins. Chargé de communication de l’institution, Rachid Zongo assure que la sélection se fait de manière équitable. « Les demandes sont traitées selon leur ordre de dépôt. Les premiers à postuler sont les premiers retenus », explique-t-il la transparence qui prévaut à l’accord de stage aux étudiants au Conseil Régional des Hauts-Bassins. Il estime par ailleurs que les conventions universitaires peuvent créer des inégalités entre étudiants issus de différentes institutions.

Dans le secteur privé, le constat est tout aussi nuancé. Mountamou Kani, directeur de publication de L’Express du Faso, un média local, indique que son entreprise accueille à la fois des stagiaires recommandés et non recommandés. Toutefois, il déplore certaines difficultés avec les étudiants stagiaires. « Le niveau de certains étudiants est faible. Nous sommes parfois obligés de leur enseigner à la fois la théorie et la pratique », regrette-t-il.
Comme conseils aux étudiants déjà en stage pour garder les portes des entreprises ouvertes à d’autres étudiants candidats aux stages, Mountamou Kani les invite à faire preuve de discipline et d’humilité dans leurs lieux de stage respectifs car souligne-t-il, le stage peut être une bonne porte de sortie pour une insertion professionnelle.

En attendant que les universités renforcent leurs mécanismes de placement de leurs étudiants dans les entreprises, trouver pour le moment un stage pour la production d’un rapport de fin de cycle reste la croix et la bannière pour bon nombre d’étudiants bobolais.
Ali Djibey et Serge Palm (stagiaires) / Ouest Info




