spot_img
spot_img
spot_img

Guinguetta : Espace de détente où environnement et culture s’embrassent

La guinguetta est un espace écotouristique situé sur la rive gauche du marigot Kou entre les villages de Nasso et Konkorowé. Mis en place par Alain Sanou, natif de la localité, la guinguetta est aujourd’hui un lieu de détente incontournable dans la zone de Bobo-Dioulasso. Rares espèces végétales, objets culturels locaux lui donnent une allure exceptionnelle. Un tour sur ce site écotouristique permet de se rendre compte de sa dimension à la fois culturelle, environnementale, touristique et socio-économique. En un mot, visiter la guinguetta, c’est palper la vision d’un homme et voir des objectifs de développement durable (ODD) en marche.

Trônant sur la berge gauche du marigot Kou, la guinguetta est un espace écotouristique situé à Konkorowé sur la route de la forêt Kou communément appelée la guinguette. Le site, situé à environ 15 kilomètres de la ville de Bobo-Dioulasso, a commencé à voir le jour entre 2007 et 2008.

Une berge tapissée de sable à l’image d’une plage il y a quinze ans, le promoteur de la guinguetta en a fait une forêt. Sur une superficie de sept hectares, l’espace est attrayant à première vue. Traversé par la route qui mène à la forêt Kou, l’espace de par son aménagement laisse une belle vue à tout usager de cette piste.

Après le pont du marigot Kou qui est la frontière naturelle entre les villages de Nasso et de Konkorowé, des statuettes telles des hôtesses accueillent les visiteurs au bord de la route qui traverse l’espace touffu. Tout de suite, une chose saute à l’œil. La propreté à l’intérieur de la mini-forêt. Des poubelles artisanalement tissées trônent sur des supports de bambou.

Un cadre qui attire plus d’un touriste

Impossible de faire quelques mètres sans en apercevoir. Qu’on le veule ou pas, une fois à la guinguetta, l’écocitoyenneté s’impose. A l’entrée comme à l’intérieur du site, des panneaux donnent des consignes qui interdisent de jeter des déchets hors des poubelles. Certaines plaques interdisent de fumer sur le site pour éviter à la guinguetta un incendie involontaire.

Malgré ces indications, des indélicats semblent échapper à la vigilance du personnel. Car on voit par endroit des mégots par terre et des paquets vides de cigarettes dans certaines poubelles. Quoique rare, on peut surprendre certains plastiques hors des poubelles. Mais cela n’occulte aucunement la propreté de la guinguetta.    

En réalité, le site tient sa propriété de ses poubelles artisanales qui donnent envie d’y jeter ses déchets. Pour avancer dans la mini-forêt sans embûches, il faut savoir gérer sa curiosité, son étonnement et le slalom parmi les plantes et lianes. Au milieu de ces plantes trônent des chaises et des tables pour les visiteurs, touristes ou clients du restaurant des lieux. Tout dans cette petite forêt est ordonné. Aucun aménagement n’est fait au hasard. Il y a des places aménagées pour jeunes et il y en a pour les vieilles personnes. A première vue, l’on pourrait croire à une forêt naturelle au regard de la biodiversité.

Mais Alain Sanou y a mis du courage, de l’énergie, de l’argent et de la détermination. Chaque plante sur le site a été plantée et entretenue. Avec beaucoup d’attention, on découvre que la mini-forêt d’Alain est parsemée de plantes exotiques. Plus besoin de signifier que beaucoup d’argent y est passé. Au lieu de constater une dégradation des lieux due à la fréquentation humaine, l’espace ne fait que se densifier d’année en année.

Pour en faire réellement une forêt, Alain Sanou a maintenant commencé à piquer des plantes grimpantes (lianes). Dix espèces de bambous existent aujourd’hui à la guinguetta. La plupart de ces plantes ont été commandée de la Côte d’Ivoire. On aperçoit certaines plantes exotiques du nord acquises à de fortes sommes qui n’ont pu survivre au climat tropical. La présence de certains arbres fruitiers rares a attiré les écureuils, les rats, les abeilles et certains autres insectes et reptiles sur le site. La plupart de ces animaux surtout les écureuils et les rats sont très favorables à la génération des forêts. Et Alain Sanou entend renforcer le nombre de plantes qui attirent ces animaux « planteurs » pour qu’ils facilitent son projet de forêt dense.

Au-delà de la biodiversité que l’on peut observer, la guinguetta est aussi un endroit où des objets culturels du terroir sont exposés. Sous le hangar du petit restaurant, on aperçoit des tam-tam traditionnels qui pendulent et des ruches artisanales qui jonchent la terrasse. De la poterie et d’autres produits artisanaux parsèment la mini-forêt. Un bel exemple de brassage culturel et environnemental.

L’histoire de la Guinguetta

Pour le promoteur Alain Sanou, l’histoire de la guinguetta remonte à 2007. Reproduire ‘’la guinguette’’ qui se trouve à quelques kilomètres des lieux est la volonté qui a animé le promoteur du site écotouristique d’où l’appellation de ‘’guinguetta’’ comme pour dire la petite guinguette.

La Guinguetta, un rêve de Alain Sanou devenu réalité

A l’image de cette forêt protégée de Kou communément appelée guinguette, Alain Sanou a délimité un espace de sept (07) hectares sur la berge gauche du marigot Kou qui n’était faite que de sable. Il commence alors à aménager et à planter. Mais il est confronté aux services de l’environnement. Sans rien comprendre de son projet, ceux-ci lui opposent une interdiction formelle d’exploiter les lieux.

Les premiers plants qu’il a mis en terre ont été arrachés pour cause d’exploitation illégale des berges d’un cours d’eau. La direction régionale de l’environnement des Hauts-Bassins d’alors faisait comprendre au porteur du projet de la mini-forêt de l’interdiction d’exploiter les berges d’un cours d’eau sur une distance de 100 mètres.

Déterminé et engagé à réaliser son rêve, Alain Sanou ne reste pas les bras croisés. Il entame des démarches pour mieux faire comprendre son projet. Il parvient ainsi à convaincre la direction régionale de l’environnement de sa vision. Le directeur régional de l’époque dépêche une mission sur le site avec à sa tête le directeur provincial de l’environnement. Ces autorités en charge de l’environnement lui autorisent en fin de compte la mise en œuvre de son projet avec un cahier de charge à respecter. De là, plant par plant, la petite guinguette prend forme sur la berge gauche du marigot Kou entre Nasso et Konkorowé.

Objectifs de ce projet de mini-forêt inspiré de la guinguette

Pour Alain Sanou, l’idée de la mini-forêt est née du fait que la guinguette de laquelle son projet s’est inspiré n’est pas valorisée à sa juste valeur. Il estime que la guinguette aurait pu attirer plus de touristes si le site était très bien aménagé. « La guinguetta est selon mon entendement la petite guinguette. En mettant en place ce projet de mini-forêt comme lieu de détente, c’est pour moi une manière de mettre en valeur un patrimoine auquel on n’apporte pas de plus-value. C’est ce que je souhaitais voir à la forêt Kou communément appelée la guinguette que je suis en train de faire doucement ici. Pour ceux qui ont connu la guinguetta au début peuvent témoigner qu’au fil des années, le site devient de plus en plus dense en plantes et en objets culturels. L’objectif est d’en faire une forêt dense avec une plantation et préservation d’espèces végétales en voie de disparition », explique Alain Sanou.

Ce dernier précise qu’au-delà de la dimension touristique et environnementale, un de ses objectifs était de dynamiser l’économie locale en faisant à travers le site la promotion des potentialités de la localité. Ainsi les produits artisanaux locaux utilitaires ou décoratifs sont présents à la guinguetta.

Tam-tam exposés à la Guinguetta

C’est une manière pour l’homme de vendre les talents des artisans locaux afin de leur permettre de vivre de leurs arts. « J’expose ici à la guinguetta des produits des artisans locaux. Il arrive des fois où des touristes s’intéressent à ces objets et passent des commandes avec les artisans. L’objectif est de valoriser les talents de ces artisans et leur permettre de vivre de ça. Ce qui va permettre de perpétuer ces talents qui attireront les jeunes. Sinon ces produits vont disparaitre un jour. Alors qu’ils représentent pour la plupart notre identité culturelle. Par exemple, celui qui savait bien faire les ruches traditionnelles dans le village de Konkorowé est décédé il y a environ deux mois. Ce n’est pas sûr qu’il y ait quelqu’un pour le remplacer valablement. Mais si cet outil avait été valorisé à temps, des jeunes se seraient intéressés à sa fabrication et il serait perpétué », fait savoir Alain Sanou qui entend poursuivre ses actions de promotion culturelle locale et de foresterie.

Magic System à la guinguetta

La beauté de la guinguetta a attiré sur son site le groupe musical planétaire ivoirien ‘’Magic System’’ en 2019. De passage à Bobo-Dioulasso, ce groupe a voulu découvrir cet espace écotouristique situé à une quinzaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso. L’arrivée de ce groupe dans le village de Konkorowé a mobilisé la quasi-totalité des populations de tous les villages autour de la guinguetta. « L’arrivée du groupe Magic System à la guinguetta a été un grand évènement qui a réuni les habitants de la localité qui n’ont pas marchandé leur présence. Vous comprenez avec moi que cela a été une occasion pour ces populations de se frotter. C’est visiblement un facteur de cohésion sociale et de valorisation de la culture locale. Emerveillé par la culture et l’accueil hospitalier des populations, le groupe musical a promis une école au village de Konkorowé. Pour ce groupe, cette école n’est que le début d’un partenariat de développement au profit des villages de la localité », se souvient encore le natif de Konkorowé qui vise plus loin avec la guinguetta même si son activité est durement éprouvée par plusieurs évènements.

Résilience de Alain Sanou pour préserver la guinguetta qui a fait l’objet de mémoires de master

La guinguetta grouillait de monde depuis sa création. Tout roulait bien pour le promoteur Alain Sanou. Selon lui, le site accueillait des milliers de visiteurs par semaine. Les week-end, la guinguetta refusait parfois du monde. C’était l’occasion pour Alain Sanou et son équipe de faire la promotion de la guinguette qui se trouve à quelques kilomètres des lieux. Certains, après s’être détendus continuaient pour visiter la guinguette. Toute chose qui a permis aux gérants de la guinguette d’enregistrer un nombre record de 4043 visiteurs en 2014.

Mais depuis l’avènement de l’insécurité en 2016 et accentuée par la covid-19 en 2020, l’activité de Alain a pris du plomb dans l’aile. Les touristes se font de plus en plus rares et les restrictions sanitaires ont limité les mouvements des populations vers la guinguetta à un moment donné. A ces deux situations vient s’ajouter l’effondrement partiel du pont d’accès au site avec les crues des pluies de la mi-juillet 2022. Ce qui fait qu’il est aujourd’hui difficile pour Alain Sanou d’avoir 2 à 3 dizaines de visiteurs par semaine à la guinguetta.

A la Guinguetta, tout est organisé

Or il emploie une vingtaine de personnes sur le site et cela sans compter la dizaine de balayeuses qui intervient sur le site une fois par semaine. Mais cela n’entame en rien la détermination du promoteur de la guinguetta à poursuivre son projet en gardant malgré ces difficultés tous ses employés. « La philosophie de la création du site est plus sacrée que l’aspect financier. Si c’est seulement du business que je voulais faire avec la guinguetta, j’aurais pu investir dans un domaine qui me rapporterait plus. Préserver l’environnement, protéger les berges du Kou, promouvoir la culture locale, valoriser les potentialités locales et créer de l’emploi sont entre autres ce qui anime ma volonté de pérenniser ce projet. Il faut noter que la guinguetta a fait l’objet de certains mémoires de master. Il est donc hors de question pour moi d’abandonner la guinguetta parce qu’il y a des difficultés », rassure l’ancien maire adjoint de la commune de Bobo-Dioulasso.

Sans être spécialiste de l’environnement ni de la culture, Alain Sanou a pu mettre en place un espace de détente où culture et environnement forment un écosystème harmonieux. A regarder de près les actions, la détermination et les ambitions du natif de Konkorowé, on se rend compte que pour lui l’enjeu environnemental, culturel et social de la guinguetta dépasse de loin l’enjeu économique. A l’heure du bilan des objectifs de développement durable (ODD) en 2030, il faudrait donc compter avec Alain Sanou dont le seul nom suffit pour parler d’environnement et de culture à Bobo-Dioulasso.

Abdoulaye Tiénon 

La rédaction
La rédaction
Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Captcha verification failed!
Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!

spot_img

Autres Articles

Bobo-Dioulasso : La Cohorte 3 de l’École de la Citoyenneté prône la cohésion sociale autour d’une rupture collective de jeûne

Les Alumni de la 3ᵉ cohorte de l’École de la Citoyenneté (ECIT) du Netherlands Institute for Multiparty Democracy (NIMD) ont clôturé, le dimanche 08...

Burkina Faso : Major à la 47ᵉ session du CAMES avec un taux de succès de 96,95 %

Le Burkina Faso s’illustre sur la scène académique africaine. Le pays a occupé la première place au classement général de la 47ᵉ session du...

Burkina Faso : 1 301 décès liés à l’insuffisance rénale en 2024

À l’occasion de la Journée mondiale du rein, célébrée ce jeudi 12 mars, le ministre burkinabè de la Santé a dressé un état des...

Autres Articles