A Bobo-Dioulasso, le riz local se fait une place dans les habitudes alimentaires. vendeurs, consommateurs et restaurateurs témoignent de l’intérêt croissant pour le riz local. Si le goût et la qualité séduisent, le coût et la texture de ce riz restent des facteurs qui influencent le choix des restauratrices et consommateurs. Dans le but de mieux comprendre la place du riz local dans les habitudes alimentaires des bobolais depuis la suspension de l’importation du riz dans le cadre de la politique du « consommer local », une équipe de ouest Info est allée à la rencontre de consommateurs et de certains acteurs de la filière riz à Bobo-Dioulasso. C’était dans la journée du mardi 18 août 2026.
Soigneusement disposés, des sacs de riz de différents formats occupent les étals, les uns à côté des autres. Nous sommes au secteur 21, dans un magasin spécialisé dans la commercialisation du riz local. On y trouve principalement du riz long grain et du riz brisure de production locale. Le tenancier de ce commerce plein de sacs de riz local, ne se plaint pas du marché. Un marché qui lui était déjà favorable depuis la mise en marche de la politique du « consommer local ». Mais la mesure gouvernementale de suspension des importations du riz depuis avril 2026 semble avoir boosté le marché du riz local.

« Le marché a changé depuis la suspension des importations. Depuis cette mesure, nous pouvons écouler en moyenne sept tonnes de riz local par mois », nous confie Adama Ouattara, tenancier d’un magasin spécialisé dans la vente du riz local basé au secteur 21. Cette forte demande se traduit, selon le commerçant par l’intérêt grandissant des consommateurs pour le riz local. Pour lui, cet engouement s’explique notamment par la qualité et le goût du riz localement produit. « Les gens préfèrent le riz local pour son goût. Même si c’est cher, ils l’achètent quand même », avoue Adama Ouattara. Ce dernier précise que l’intérêt des consommateurs du riz local ne tient pas seulement à son goût. La qualité y est aussi pour quelque chose. « Avant, les gens disaient que le riz local contenait beaucoup d’impuretés. Mais maintenant, le riz du Burkina est bien propre et de grande qualité », rassure le commerçant du riz national.
Le riz national gagne de la place dans les assiettes des consommateurs
Issiaka Belem est producteur et consommateur du riz local. En tant que producteur de riz, le riz importé n’a pas sa place dans ses habitudes alimentaires. Il consomme le riz qu’il produit et n’hésite pas à s’approvisionner en riz localement produit lorsque sa production se montre insuffisante pour la consommation annuelle de sa famille. « C’est le riz local seulement que nous consommons à la maison. Je le préfère pour son goût délicieux. C’est une manière de soutenir l’économie nationale car comme on le dit souvent chez nous, c’est l’enfant intelligent qui achète les beignets de sa mère », dit-il avec un sourire satisfait au coin des lèvres.
Fatoumata Barro est une consommatrice irréductible du riz local étuvé. Pour elle, ce choix est lié à sa situation personnelle. « Je consomme uniquement le riz étuvé de Bama parce que je suis diabétique. C’est ce que les médecins m’ont recommandé », confie-t-elle.

Il est 13h quand nous arrivons dans un restaurant dans le quartier ‘’Petit Paris’’. Des clients se régalent. Nous lançons un ‘’bonjour’’ à la maitresse des lieux. Elle nous répond gentiment avec la conviction d’avoir affaire à des clientes. Mise au courant de l’objet de notre présence, elle développe tout d’un coup une réticence. Rassurée par l’objectif de notre démarche, elle s’ouvre à nous. Son nom, c’est Adeline Koho. Elle sert du riz préparé à des clients depuis maintenant plusieurs années. Malgré la mesure de suspension, elle continue de servir comme toujours du riz importé à ses cleints. Elle ne manque pas de justification à ce choix pour son commerce. « Nous vendons du riz importé ici parce que c’est moins cher, facile à cuire et il augmente en volume quand on le prépare. Ce qui nous permet de faire un peu de bénéfices », justifie Adeline Koho.

Cette dernière est toutefois consciente de la bonne qualité du riz national car c’est ce qu’elle consomme avec sa famille. « Nous savons que le riz local est de bonne qualité mais il a des limites pour les restaurants. C’est un riz qui est difficile à préparer au gras et en plus de cela, il ne remplit pas la marmite comme le riz importé. Sinon c’est le riz local que nous consommons en famille et nous le faisons généralement en riz sauce », explique la restauratrice.
Pour nous faire une idée du goût du riz qu’elle sert à ses clients, nous commandons un plat de riz gras après nos échanges. Nos premières bouchées confirment que nous avons effectivement affaire à du riz importé tant son goût est différent du goût du riz local. Habituées au goût du riz local, nous peinons à terminer le plat qui nous est servi. La facture réglée, nous prenons congé de notre jeune restauratrice et ses clients dont certains ne cherchent juste qu’à manger du riz, peu importe qu’il soit local ou importé.
Du contact avec consommateurs, vendeurs et restaurateurs de riz à Bobo-Dioulasso, le riz local semble s’imposer dans les assiettes des consommateurs par sa qualité. Une situation qui permet de renforcer la chaine de valeur de la filière riz burkinabè. C’est une part de victoire pour le ‘’consommer local’’ et une mamelle de plus pour l’économie nationale.
Fatimata Barro, Marina Ouedraogo ( stagiaires) /Ouest Info




