spot_img
spot_img

Burkina: A Bobo-Dioulasso, la tontine séduit toujours malgré les risques

La tontine est une pratique de plus en plus répandue à Bobo-Dioulasso. Qu’elle soit journalière, hebdomadaire, bimensuelle ou mensuelle, elle mobilise de nombreuses femmes et hommes. Bien qu’elle ne soit pas légalement encadrée, la tontine attire de plus en plus de personnes qui y voient un moyen d’épargner, de financer des achats ou d’investir sans trop de contraintes. Si cette pratique solidaire présente plusieurs avantages et fait le bonheur de nombreux participants, son caractère informel expose également certains adhérents à des risques, notamment en cas de mauvaise gestion ou de disparition des organisateurs. Afin de mieux comprendre les réalités de cette forme d’épargne et de crédit collectif, Ouest Info est allé à la rencontre des acteurs de la tontine à Bobo-Dioulasso.

Qu’elles soient cumulatives ou rotatives, quotidiennes ou périodiques, les tontines portent sur des cotisations en argent liquide, mais aussi sur des biens tels que des pagnes, des plats, des téléphones, des motos, des kits alimentaires, des voyages et bien d’autres services. À Bobo-Dioulasso, de nombreuses femmes, ainsi que quelques hommes, en ont fait une activité génératrice de revenus.

Chez les femmes, la tontine se manifeste principalement sous deux formes. La première est individuelle. Les organisatrices ciblent des personnes intéressées qui cotisent des sommes déterminées.

La tontine, un moyen pour certains de réaliser des projets

Elles collectent ensuite l’argent pour un partage ou pour des prises rotatives, avec une retenue de 10 % en guise de rémunération pour leurs services. Elles proposent également souvent des articles à leurs clients tontiniers, qui cotisent progressivement afin de se les procurer. Cette forme de tontine repose essentiellement sur la confiance.

La seconde forme est celle organisée en groupe, sous forme d’association communément appelée « ton ». Ce type de tontine est structuré autour d’une « Maman tontine », chargée de gérer la caisse de l’association. Cette responsable bénéficie généralement de 10 % des cotisations versées par chaque membre, tout en assumant les risques liés à la gestion de la caisse et aux éventuels défauts de paiement de certains adhérents.

La tontine, source de cohésion entre les femmes

Assiatou Goro est « Maman tontine » d’un « ton » composé de dix membres. Chaque adhérente lui verse 12 500 F CFA par mois. La somme collectée est remise chaque mois à un seul membre, selon un système rotatif. Pour elle, cette technique de cotisation permet aux membres de réaliser leurs projets sans recourir à un prêt formel.

Assiatou Goro est une Maman tontine d’une association tontinière.

« Grâce à la tontine, j’ai pu réaliser beaucoup de choses. Par exemple, je paie la scolarité de mon petit frère, je couvre certains besoins de la famille et j’ai pu mener d’autres projets. Au-delà de l’aspect financier, la tontine renforce aussi la cohésion entre nous », explique Assiatou Goro.

Mariam Carolle Kantiono est membre d’une association tontinière de vingt personnes. Pour elle, la tontine joue à la fois un rôle économique et social. Elle estime qu’elle favorise la cohésion entre les membres du « ton ». Cette couturière a adhéré à la tontine afin de réunir un capital pour investir dans son activité.

« Nous cotisons 25 000 F CFA par mois et nous sommes vingt membres. J’ai besoin d’un capital pour acheter de nouvelles machines pour mon atelier de couture. C’est pour cela que j’ai adhéré à cette tontine. Mais depuis que j’y suis, je remarque aussi qu’elle renforce les liens entre nous », confie-t-elle.

Mariam Kantiono

Djouldé Diallo, membre d’un « ton » de dix personnes depuis environ trois ans, poursuit le même objectif : financer sa petite entreprise. Mais au-delà de l’aspect financier, elle considère la tontine comme un véritable cadre de solidarité.

« Souvent, nous nous réunissons autour d’un dîner. Nous échangeons des idées et partageons nos expériences. La tontine contribue vraiment à renforcer les liens sociaux. Je me souviens qu’à un moment donné, j’avais urgemment besoin d’argent alors que ce n’était pas mon tour. Après avoir expliqué ma situation à la personne concernée, elle m’a laissé prendre la somme. Depuis ce jour, nous avons gardé de très bonnes relations », raconte-t-elle.

Forte de son expérience, Djouldé Diallo conseille toutefois aux personnes souhaitant intégrer une tontine de s’assurer de la fiabilité et de la solvabilité de la « Maman tontine » avant de s’engager.

Djouldé Absétou Diallo

« Ce qui est primordial, c’est la confiance. J’ai déjà été dans une tontine où j’ai dû menacer de porter plainte pour récupérer mon argent. J’invite tous ceux qui veulent intégrer une tontine à prendre des garanties avant de s’engager », recommande-t-elle.

« J’ai perdu plus de 1 500 000 F CFA dans les tontines »

Aïcha Florence Ouédraogo est une habituée des groupes de tontine. Mais son expérience est loin d’être positive. Pour elle, la tontine est devenue un « miel amer ». Elle affirme avoir été dupée dans au moins trois groupes de tontine, compromettant ainsi son projet de construire une maison pour sa grand-mère. Malgré cela, elle continue de participer à d’autres tontines.

« Actuellement, je suis membre de trois tontines. Mon rêve était de construire une maison pour ma grand-mère grâce à mes cotisations. Mais j’ai perdu plus d’un million cinq cent mille (1 500 000) F CFA dans des tontines, sans jamais pouvoir récupérer mon argent », déplore-t-elle.

Aicha Florence Ouédraogo, Tontinière

Interrogée sur le rôle de la tontine dans le renforcement des liens sociaux, Aïcha Florence Ouédraogo se montre plus nuancée, tout en reconnaissant avoir noué de bonnes relations avec certains membres.

« Malgré les difficultés rencontrées, j’ai créé de bonnes relations avec certaines personnes dans les groupes de tontine que j’ai fréquentés », indique la jeune étudiante.

Assiatou Goro partage le même constat concernant la mauvaise foi de certains adhérents. « Certaines personnes prennent l’argent dès les premiers tours puis disparaissent. Elles changent de numéro et fuient les autres membres. Dans ces situations, c’est souvent la “Maman tontine” qui assume les conséquences. J’ai déjà vécu ce genre de cas. J’invite tous les membres à être de bonne foi », dénonce-t-elle.

Une agence de tontine formalisée à Bobo-Dioulasso

Face à la multiplication des cas de fraude dans les tontines informelles, Djina Ouattara a créé Djina’s Consortium, une structure formalisée spécialisée dans la tontine, basée à Colma. L’entreprise propose des services de tontine sécurisés et encadrés.

Selon son promoteur, la particularité de Djina’s Consortium réside dans son caractère formel. La structure offre plusieurs types de souscriptions à ses clients, notamment dans les domaines du crédit, de l’épargne, des voyages et d’autres biens et services.

Djina Ouattara fait des tontines de voyage, d’argent et de crédits.

« Nous proposons par exemple des tontines voyage pour ceux qui rêvent de se rendre à Dubaï ou dans d’autres pays. Le client choisit la formule qui lui convient selon ses moyens. Chez nous, tout est formalisé. Cela permet de poursuivre les débiteurs en justice si nécessaire, et vice versa. Les clients sont davantage en sécurité », explique Djina Ouattara.

Les cas évoqués ne représentent qu’un aperçu de la pratique des tontines à Bobo-Dioulasso. Véritable moyen d’autofinancement pour de nombreuses personnes, la tontine offre plusieurs avantages. Toutefois, l’absence d’un cadre légal clairement défini expose de nombreux adhérents à des risques de fraude et à des difficultés de recours en cas de litige.

Serge Palm & Ali Djibey (Stagiaires) Ouest Info

La rédaction
La rédaction
Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Captcha verification failed!
Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!

spot_img

Autres Articles

Burkina Faso : le gouvernement fixe des prix plafonds de vente du riz local

Le gouvernement burkinabè a annoncé de nouveaux prix maxima de vente du riz local dans les différents chefs-lieux de région du pays. La mesure...

Engins saisis à Bobo-Dioulasso : un mois accordé aux propriétaires avant la vente aux enchères

Dans un communiqué en date du 18 mai 2026, le Tribunal de Grande Instance de Bobo-Dioulasso invite les propriétaires d’engins roulants saisis, abandonnés ou...

Bobo-Dioulasso : Wend-Toin Daved dédicace son premier single gospel « Yamb ya wen am »

L’artiste-chantre Wend-Toin Daved a procédé à la dédicace de son tout premier single dans l’après-midi du dimanche 17 mai 2026. La cérémonie de présentation...

Autres Articles