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Burkina/Médias: Mountamou Kani, un pionnier du journalisme de proximité à Bobo-Dioulasso

À Bobo-Dioulasso, l’histoire de l’information de proximité est relativement récente et s’associe très souvent à un nom : celui de Mountamou Kani. Journaliste expérimenté, il a, par sa plume, contribué à construire un capital de sympathie politique et culturelle en faveur de l’Ouest du Burkina Faso. Directeur de publication de L’Express du Faso, seul quotidien imprimé hors de Ouagadougou, Mountamou Kani est aujourd’hui une figure emblématique du paysage médiatique bobolais et burkinabè. Dans les coulisses du riche parcours de l’un des doyens de la presse bobolaise, portrait d’un pionnier du journalisme de proximité.

« Mountamou » signifie en langue bwamu « enregistrer la voix ». C’est comme si la signification de ce prénom scellait son destin avec le journalisme. Ce métier l’a effectivement conduit à enregistrer des voix depuis maintenant plus de trente ans. Ces voix enregistrées lui ont servi d’outil pour défendre des causes nobles.

Lui, c’est Mountamou Kani, ce journaliste expérimenté qui rêvait pourtant d’être médecin. Enfant, il pensait qu’il fallait seulement être médecin pour pouvoir sauver des vies. Il n’est certes pas devenu médecin mais, il semble avoir sauvé plus que des vies avec la force de sa plume.

Mais comment Mountamou est-il devenu journaliste ?

C’est après le BEPC que le rêve d’être médecin de Mountamou Kani se brise puisqu’il est orienté en série littéraire au Lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso. Il se rend compte de la noblesse et de la force de la plume, du micro et de la caméra, symboles du journalisme. « Quand j’étais à l’école primaire, je voulais être docteur comme un médecin qu’on appelait à l’époque Docteur Kaboré. Avec le temps, j’ai compris que dans la presse aussi, on peut sauver des vies, non pas avec des sirops et des aiguilles, mais avec la plume. Le journaliste porte la voix des populations, sensibilise et oriente les décisions », témoigne-t-il.

Dès sa prise de conscience de la force et de la portée du journalisme comme il le souligne, il a alors dans son collimateur la profession de journaliste dès sa classe de 2nde. Après le Baccalauréat, il est orienté en sciences et techniques de l’information et de la documentation à l’Université Cheick Anta de Dakar au Sénégal. Après sa formation, il rentre au bercail avec son diplôme de technicien en sciences et techniques de l’information documentaire. Sans tarder, il embrasse le journalisme avec passion. C’est au « Regard », un journal hebdomadaire panafricain que Mountamou Kani fait ses premiers pas dans l’univers médiatique au début des années 90. A son arrivée, il est d’abord chargé de la documentation et de la recherche de l’information du média.

Mountamou Kani, Directeur de Publication de l’Express du Faso

Travailleur rigoureux et passionné, il fait ses preuves à son poste initial avant de changer de casquette pour vivre sa passion pour le journalisme. Jeune journaliste, il gravit rapidement les échelons pour devenir en quelques années rédacteur en chef. En 1997, le jeune Kani rejoint le service d’information du projet de lutte contre l’onchocercose de l’OMS.

Kani, le parcours professionnel d’un journaliste de proximité

Après quelques années d’expériences journalistiques au journal « Regard » puis au service d’information du projet de lutte contre l’onchocercose de l’OMS à Ouagadougou, Kani débarque à Bobo-Dioulasso avec une idée derrière la tête. Celle de démocratiser l’information pour les populations locales. À une époque où toute l’attention médiatique était concentrée sur Ouagadougou, le jeune journaliste choisit ainsi de mettre en lumière les réalités locales. Il était bien conscient que les périphéries comptent autant que les grandes villes du pays. « La base compte autant que le sommet. Les zones périphériques ont aussi besoin que l’on porte leurs voix », défend-t-il son choix de faire dans l’information locale à son arrivée à Bobo-Dioulasso.

C’est du haut de cette conviction que Mountamou Kani rejoint le quotidien régional L’Express du Faso en septembre 1998 comme rédacteur en chef. Il travaille à l’ancrage du jeune canard aux niveau local et national. Très rapidement, L’Express du Faso devient une vitrine des réalités locales. Son ascension est fulgurante. Le jeune quotidien régional devient le miroir de l’ouest du Burkina. Par sa plume, Mountamou Kani se fait le porte-voix des populations locales dans les colonnes du média. De 2000 à 2002, il assure la direction du média avant de redevenir rédacteur en chef jusqu’en 2018. De 2018 à nos jours, Mountamou Kani est le Directeur de Publication de l’Express du Faso.

Pour mieux comprendre la gestion et le fonctionnement d’un média local, il effectue des voyages d’études dans des médias régionaux européens. République des Pyrénées, Ouest-France, Le Progrès de Lyon sont des médias régionaux français qui ont reçu Kani en 2007 pour un partage d’expérience. Les journaux français Le Monde et Le Parisien ont également accueilli le journaliste en quête de solides expériences pour consolider les assises de L’Express du Faso. Le premier média régional du pays s’impose et est désormais de presque toutes les missions présidentielles à l’étranger. Les grands rendez-vous nationaux et internationaux comptent aussi désormais avec L’Express du Faso toujours valablement représenté par « Chef Kani » comme l’appellent affectueusement les jeunes journalistes.

Mountamou Kani ou le coup de pouce d’un doyen aux jeunes journalistes

Aujourd’hui, à Bobo-Dioulasso comme dans plusieurs régions du Burkina Faso, le nom de Mountamou Kani sonne comme un modèle de journaliste pionnier de l’information de proximité. Président de l’Union des Journalistes, Communicateurs et Correspondants de Presse des Hauts-Bassins et actuel président de l’association des éditeurs de presse privée, il est un des acteurs majeurs de la mise en place du Master en Techniques des Métiers de l’Information de l’Université Nazi Boni en collaboration avec l’Université Lumière Lyon 2 et Reporters Solidaires. Sur son implication dans les négociations pour la formation et le perfectionnement des journalistes qui a abouti au Master en journalisme, le doyen de la presse bobolaise estime que pour une presse libre, crédible et de qualité, il faut des journalistes bien formés. Des principes professionnels qualitatifs qui lui sont très chers.

Pour ce faire, il a priorisé les jeunes journalistes pour les formations et les perfectionnements en journalisme dans le cadre de la collaboration entre Reporters Solidaires, l’Union des Journalistes, Communicateurs et Correspondants de Presse des Hauts-Bassins et l’Université Nazi Boni. « Nous avons envoyé deux promotions se former en master en journalisme à l’Université Lumière Lyon 2. Ensuite, nous nous sommes demandés pourquoi ne pas créer un institut ici pour former les jeunes. Aujourd’hui, l’Université Nazi Boni forme des étudiants en master en journalisme dans le cadre de cette volonté de donner des possibilités de formations aux jeunes journalistes », raconte-t-il avec fierté.

En bon doyen, il a d’abord laissé la place aux plus jeunes de se former à la création du Master en Techniques des Métiers de l’Information à l’Université Nazi Boni avant de lui-même s’inscrire pour la 4è promotion. On est donc tenté de dire qu’avec Kani, la charité bien ordonnée commence avec les autres. Ce qui lui vaut un important capital de sympathie dans l’environnement médiatique local et national.

Kani : patron exigeant, père modèle et ami tolérant

Ainsi des témoignages au sujet de « Chef Kani » fusent de son entourage. Ali Konaté, ancien collaborateur, décrit un homme exigeant, profondément attaché au travail bien fait. « Quand on ne le connaît pas, on peut penser qu’il est dur. En réalité, il est tout simplement rigoureux et direct. Mais il reste aussi à l’écoute de ses collaborateurs », affirme-t-il.

Derrière le journaliste modèle se cache également un père de famille attentif et exemplaire. Son fils, Ayméric Kani, journaliste à L’Express du Faso, évoque un père présent malgré les exigences du métier. Il se souvient toutefois de certains sacrifices imposés par la profession. « Je me souviens qu’en 2008, il était à Montréal pour le sommet de la Francophonie lorsque ma petite sœur est née. Une autre fois, pendant la célébration de ses 50 ans, il a quitté sa propre cérémonie d’anniversaire parce que son travail l’appelait », se souvient-il.

Alain Sanou, ami de Mountamou Kani

Alain Sanou est un ami de longue date à Mountamou Kani. Sur ce dernier, l’ancien maire adjoint de la commune de Bobo le présente comme un homme sociable et généreux. « C’est quelqu’un qui sait écouter et partager. Même après une dispute, il revient te parler naturellement dès le lendemain. Il ne garde pas rancune », témoigne-t-il. Toutefois, Alain Sanou reproche à son ami Kani d’être exagérément tolérant. Ce qu’il trouve à la limite comme un défaut. « Kani est parfois trop tolérant et trop gentil. Il supporte beaucoup sans faire de reproches », confie Alain Sanou.

Par-dessus tout, Mountamou Kani se réjouit aujourd’hui de voir de nombreux journalistes qu’il a formé faire sa fierté dans les médias parfois même comme responsables de rédactions. « Chef Kani » entretient cependant une déception quant à la faible implication des médias locaux lors des grands événements organisés à Bobo-Dioulasso. «Souvent, les membres du gouvernement viennent avec des médias de la capitale, alors que les médias régionaux existent et travaillent sur le terrain », déplore-t-il en appelant les autorités à accorder aux médias locaux la place qui est la leur.

Passionné par son métier et du haut de sa riche expérience, Mountamou Kani reste et demeure un fervent défenseur de la déontologie journalistique pour un journalisme de qualité. Pour lui, les faits sont sacrés et la plume doit servir l’intérêt général. « La plume n’est pas faite pour régler des comptes personnels, mais pour servir la cause publique. Il ne faut jamais déformer les faits. Et en tant que journaliste, lorsqu’on est en faute, il faut savoir demander pardon », conseille-t-il.

Du reste, Mountamou Kani est né en 1969 à Gombèlèdougou dans la commune de Koumbia, province du Tuy. Il effectue ses premiers pas scolaires à l’école publique de Kari A, située à plus de trente kilomètres de son village natal. De ce parcours modeste jusqu’aux grandes rédactions, « Chef Kani » s’est forgé une expérience singulière en se positionnant comme un des pionniers du journalisme de proximité au Burkina Faso.

Ali Djibey et Jean-Baptiste Ye (stagiaires) / Ouest Info

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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